LES VREGENS

Vous avez dit violence ?

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violence
Comme vous le savez, le dernier week-end d’octobre, un jeune homme de 21 ans est mort, tué par la police. Il s’appelait Rémi Fraisse. Durant plusieurs jours, les forces de « l’ordre » ont utilisé des armes de guerre contre les manifestants opposés à la construction d’un barrage controversé en plein milieu de la zone humide du Testet, dans le Tarn.

Rémi Fraisse n’était pourtant qu’un simple botaniste, spécialiste de « la renoncule à feuilles d’ophioglosse ». Voilà qui devait sans doute justifier l’usage disproportionné de la force. Le gouvernement « socialiste » était très occupé à pleurer la mort d’un grand patron, et il a gardé le silence, un silence total, pendant deux jours, alors qu’il savait depuis le début pourquoi et comment Rémi était mort.

En bons relais de la parole gouvernementale, la plupart des politiques et des médias ont alors abondamment parlé de la responsabilité des militants, censés être de dangereux énergumènes, des violents, des drogués, des poivrots, des anarchistes, des « terroristes verts ».

Moi, cette mort m’a fait penser à ND-des-Landes, aux manifestations à la mémoire de Rémi Fraisse à Toulouse, à Marseille, et à celles plus anciennes en faveur des droits du peuple palestinien, toutes interdites, et/ou violemment réprimées par ceux qu’on appelait jadis les « gardiens de la paix ». Mais aussi à toutes ces morts anonymes, depuis des années, au cours de courses poursuites avec la police, où dans les commissariats, toutes ces morts « accidentelles », pour lesquelles personne n’a jamais été inquiété, et encore moins condamné. Toutes ces morts dont les victimes étaient des pauvres dans leur quasi totalité. Et le plus souvent des jeunes.

Pourtant, les manifestations et les saccages de bâtiments et d’installations publics par les agriculteurs de la FNSEA n’ont jamais été réprimées, celles des célèbres et mal nommés Bonnets rouges non plus. Ni celles des manifestants de droite, voire d’extrême-droite au cours de la « Manif pour tous ».

Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ?

Tout simplement parce que la cause première de cette violence, c’est d’abord celle exercée par un système à l’agonie. Peut-on encore croire que le vieux système néolibéral va céder sans violence une once de son pouvoir, même sous la contrainte d’un vote prétendu démocratique ? Rappelons-nous comment nos « représentants » se sont assis sur la volonté du peuple, à Versailles, en 2008.

Ce système a parfaitement compris où était l’ennemi, et qui sont ceux qui un jour, le feront tomber.

Nos politiques font tout pour retarder l’échéance fatale, et d’ailleurs, la seule chose qu’ils proposent encore dans leurs programmes électoraux, c’est de retenir le désastre, d’essayer de limiter la casse, pour que le système ne s’effondre pas tout de suite. Pour qu’il nous reste encore un peu d’espoir, histoire de ne pas nous révolter… Eux-mêmes n’y croient plus, pourquoi donc, nous les sans-dents, leur ferions-nous confiance ? Quant à l’environnement, la nature, la beauté, ils n’ont jamais rien fait pour les préserver, et ne feront jamais rien, à part des promesses.

C’est vrai partout dans le monde et pas seulement chez nous : Égypte, Turquie, Syrie, Espagne, États-Unis, etc, il y a de plus en plus souvent des gens qui essaient de prendre au sérieux la seule question qui vaille, la simple question de leur vie, de notre vie. Il y a des gens qui se retrouvent sur les places, dans les rues, sur les ZAD, dans les manifs, et même dans les émeutes. Ces gens, ce sont nos enfants. Ce sont les jeunes. Des jeunes qui ne vont plus voter (à quoi bon choisir entre la peste et le choléra) mais qui ont choisi de se défendre quand la police aux ordres leur balance des grenades, les tabasse, les mutile ou les tue.

En 2012, j’avais lu une tribune du Monde. Trois zadistes de NDDL écrivaient :

Les partisans de la non-violence semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendus, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre.

Dans notre monde malade, où le mot démocratie n’est plus qu’une vaste blague, il y a deux solutions : soit on rentre chez soi et on abandonne, soit on résiste.

Nos résistants en 40, tellement oubliés aujourd’hui, le savaient bien. Eux n’ont jamais renoncé. Ils étaient appelés « terroristes ».

Mandela lui-même, aujourd’hui célébré par les puissants, fut lui aussi un « terroriste ». Antonio Gramsci, lui, écrivait depuis sa prison : « Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. » Même Gandhi, pourtant apôtre de la non-violence, le disait : « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence. »

hhh

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5 Réponses

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  1. Bonjour à tous.

    Il y a trois jours, j’étais le soir à une réunion du comité local contre l’aéroport de Notre Dame des Landes. Comité dont la moyenne d’âge est largement au-dessus de la trentaine (et je suis gentil).

    Comme vous le savez sans doute (ou pas, vu les merveilleux médias qui nous disent tout), il y a eu très récemment des manifestations pour protester contre les violences, en particulier au Testet. Nous de ce coin-ci nous connaissions très bien, vu que ceux du Testet comme ceux du No-TAV (le TGV Lyon-Turin), comme les opposants à la ligne très haute tension partant d’un hypothétique EPR de plus en plus compromis vers le sud, ceux à la LGV Bordeaux-Espagne, au problématique dépôt « sécurisé » de matières radio-actives de Bure, et j’en passe, sont venus à notre appel. Je me souviens cet été, étant à l’accueil du rassemblement annuel de NDL Convergences 2014, avoir aidé une participante à entrer avec son vélo muni d’une remorque spéciale, elle arrivait de Bure. Je vous laisse calculer le nombre de kilomètres.

    Bref, le constat a été sans réplique. Quand des manifs (à Nantes il y en a presque tous les jours désormais) ne gênent pas l’ordre établi, elles font ce qu’elles veulent. A l’occasion de celle « contre l’austérité », avec mes amis nous tractions autour du défilé sans y participer, parce qu’à la différence des organisateurs nous donnions des solutions. Il y a eu à tout casser 700 personnes. Pas un « membre des forces de l’ordre » visible, hormis celui qui s’est entendu sur l’itinéraire avec les cadors du groupe, et qui s’est éclipsé avec sa voiture dès le départ du défilé.

    En revanche, à nouveau comme le 22 février, les Tortues Ninja se sont opposées au passage des anti-violences policières qui tentaient de passer par le centre ville. C’est pourtant une tradition nantaise : les organisateurs annoncent où ils vont passer, point barre. Ils ne demandent pas la « permission ». Il faut croire qu’une certaine catégorie de manifs est exclue du consensus local : celles qui visent les multinationales, les nantis, les apporteurs de violence envers la communauté des citoyens. Il faut noter que les autres manifs organisées le même jour, et rassemblant un nombre significatif de personnes (à Toulouse, à Poitiers par exemple) sur le même thème se sont heurtées à la même violence systématique (pas de grenades de guerre, mais par exemple des « flash-balls » systématiquement en tir direct de près). On sait très bien que ce genre de consigne provient directement de Matignon.

    Nous avons conclu cette partie de la réunion en constatant que militer réellement comporte aussi un risque réel au niveau de l’intégrité physique. Les gens au Pouvoir ont peur, et ne reculent en rien, non rien, pour y rester. Conséquence : ne rien lâcher, même si cela peut devenir dangereux, parce que c’est l’avenir de tous (y compris ceux qui n’ont rien compris) qui est en jeu. Amer, et motivant. Oui, pour les Genzenplace, nous sommes des terroristes au même titre que les Résistants de 1940-1944, même quand nous défilons pacifiquement devant des Robocops qu’on pourrait même imaginer gonflés aux substances illicites.

    Après tout, mon grand-père, pourtant peu prolixe à propos de « sa » Grande Guerre », ne m’avait-il pas confié qu’avant les attaques, les officiers faisaient boire aux soldats une eau-de-vie curieusement « énergétique » ?

    babelouest

    27 novembre 2014 at 12 h 54 min

  2. http://www.capjpo-europalestine.com/spip.php?article75
    pour la violence en Egypte, violence cautionnée par tous les Occidentaux…

    Claudia Luscher

    27 novembre 2014 at 15 h 12 min

  3. Je n’enlèverais pas une virgule à ce texte, dont je partage toutes les analyses et les conclusions.
    Merci d’exprimer tout cela, et de cette façon efficace.
    Je me permets d’en faire une pub sur ma (notre, en réalité) page facebook politique https://www.facebook.com/pages/R%C3%A9sistances-R%C3%A9inventons-la-d%C3%A9mocratie/243536015715344?ref=hl

    bleufushia

    28 novembre 2014 at 19 h 05 min


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