LES VREGENS

Le peuple ? Quel peuple ?

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Ores, doncques, le peuple existerait, et nos gouvernants s’en seraient aperçus la semaine dernière. Étonnant, quand on sait comment ils considèrent généralement « le peuple », en ne respectant jamais ce qu’ils promettent lors des foires électorales, et en s’asseyant joyeusement sur la volonté dudit peuple, quand ce crétin ne vote pas bien.

Donc, tarari, tarara, « le peuple était dans la rue » la semaine dernière, en rangs serrés derrière ses « élus », de droite et « de gauche », français et étrangers, et ce fut une belle leçon « d’unité nationale ».

Relativisons.

4 millions de personnes dans les rues des villes, sur 66 millions de pékins qui habitent la « France périphérique ». 4 millions de Charlies, qui représentent finalement ce qui reste de la « classe moyenne », majoritairement blanche et citadine*, et surtout relativement satisfaite de son sort en ces temps de mondialisation heureuse. Bon, je vous accorde que plein d’autres Charlies se sont précipités pour acquérir le collector Charlie N° 1178. Je ne sais pas si c’était par conviction ou juste pour surfer sur l’actualité du moment.

Finalement, quand on y réfléchit, il n’y a pas « un peuple » en France.

Il y a donc le « bon peuple », celui qui suit gentiment, comme la semaine dernière. Celui qui acclame les forces de « l’ordre » néolibéral.

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Il y a le peuple (généralement de droite) qui « proteste », comme celui de la « manif pour tous », ou les « bonnets rouges », ou les « agriculteurs en colère ». Ce peuple là est juste malheureux, il faut le comprendre et lui expliquer. Il faut faire de la « pédagogie ».

Et puis, il y a le peuple qui lui, « vocifère ». C’est celui des manifs, des grèves et des émeutes. Celui de Sivens ou de Notre Dame des Landes. Il convient de le mater, et fissa.

C'était en 2010. Cinq ans, déjà...

C’était en 2010. Cinq ans, déjà…

A Sivens

A Sivens

C’est le « mauvais peuple ». Celui qui vote (forcément) à l’extrême droite. Celui qui s’abstient, de plus en plus massivement. Celui qui vote mal, de toute façon. Celui dont on se moque, parce que c’est de « bon ton ». Celui qui est assisté. Celui qui n’est pas dans la bonne case. Celui qui est pauvre et bronzé. Celui qui n’a pas choisi la bonne religion. L’étranger qui fait peur. Le rom. Le clochard qui nous rappelle que peut-être un jour on pourrait nous aussi n’avoir plus rien que les yeux pour pleurer. Celui qui a honte, et celui qui nous fait honte.

Nostalgie d’un temps révolu, où le peuple se révoltait contre l’injustice. Nostalgie de notre histoire commune, où le peuple se révoltait contre les puissants  : 1789, 1793, 1830,1848, 1871, 1936, 1945.

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Aujourd’hui, « le peuple » a t-il accepté « l’inéluctable » ?

* Lire Christophe Guilluy
La France périphérique

Et sur l’humour, comme vecteur de la liberté d’expression :

Les humoristes sont devenus des gens très sérieux, parlant gravement d’eux-mêmes et de la corporation. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer, sauf à vouloir précipiter la disparition de la sacro-sainte liberté d’expression dont ils seraient l’actuelle incarnation. Ils sont eux-mêmes la solution la plus facile, la solution à l’absence de débat, de critique, de réflexion politique. Ils fleurissent sur la décomposition des convictions et des idées. Ils sont littéralement asphyxiés par leur prétendue « liberté » d’expression. Leurs cibles sont toujours les mêmes : les gens « objectivement » risibles (pape, femmes, vieux). On épargne les vrais puissants. On ne chatouille pas la susceptibilité sacralisée (guère de vannes sur les Juifs, par exemple, ou sur les handicapés).Ils sont dans l’ensemble de gauche. C’est peut-être d’ailleurs le signe le plus évident de l’effondrement de la gauche. Elle n’a plus d’idées, elle se contente de rire.L’animalcule gondolant, celui qui aujourd’hui prospère, est du genre dérisoire. Il fait son trou dans le conformisme et l’assurance tous risques. Il cherche à réussir, à se faire une place au soleil médiatique.Ils n’invitent pas à penser, comme Socrate, ils ne dénoncent pas les puissants, comme Swift. Ils se contentent de caresser dans le sens du poil les valeurs consensuelles, ils sont anti-racistes, anti-fascistes, anti-antisémites, anti-méchants. Ils célèbrent le Bien et lutte contre le Mal. Ils égratignent en surface pour mieux acquiescer à la doxa. 

Homo comicus, ou l’intégrisme de la rigolade
François L’Yvonnet
Mille et une nuits

Written by Gavroche

18 janvier 2015 à 13 h 33 min

2 Réponses

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  1. la vidéo a été mise en ligne en décembre 2011.

    zozefine

    18 janvier 2015 at 13 h 42 min

    • Triste constat… Les dernières « grandes manifs populaires » (dixit les journaleux) se seront faites sans moi…
      Alors que mon passé est jalonné d’énormes manifs populaires où j’échangeais joyeusement avec des inconnus, où je retrouvais des potes, en piétinant bien souvent tant il y avait du monde…
      Je vais faire ma vieille peau : c’était mieux avant ;o(

      Claudia Luscher

      18 janvier 2015 at 16 h 06 min


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