LES VREGENS

A chaud : la boîte de Pandore

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La boîte de Pandore. C’est l’image qui m’est venue instantanément quand j’ai appris les massacres de cette nuit à Paris.

On le savait, les services de renseignements le savaient, la question n’était pas de savoir « si », mais « quand ».

Et ce sont des innocents qui ont payé la facture.

Comme toujours.

Pour des considérations « géostratégiques », pour que Hollande et son gouvernement de « socialistes » puisse aller jouer à la guerre en Afrique, en Syrie et ailleurs, mais aussi (et ça va avec) pour qu’il puisse vendre les avions de Dassault à l’Arabie saoudite (dont on suppose que c’est elle qui fournit des armes aux fous de Dieu de EI et de Daesh) pour le choc des civilisations, pour le capitalisme qui monte les populations les unes contre les autres et entretient la misère, pour les blancs porteurs de valeurs, contre les bronzés restés à l’âge de pierre, forcément.

Le résultat ?

Pas terrible.

Des centaines de sans-dents morts ou blessés, dans la ville symbole de Paris, comme l’était celle de New-York en 2001.

L’état d’urgence décrété, avec toutes les mesures coercitives que cela implique, pour tout le monde. Et la démocratie tant vantée de nos contrées encore un peu plus écornée.

Un avenir bien sombre pour les migrants, qui vont continuer à se noyer en Méditerranée (le petit Aylan est décidément oublié), un avenir bien sombre pour nos compatriotes musulmans ou simplement bronzés, porteurs de barbe ou voilés, car la chasse est désormais ouverte.

S’ouvre un boulevard pour le Fhaine. Qui « nous l’avait bien dit ».

Ce texte, transmis par un ami :

Nous avons eu pendant une belle période de l’histoire récente, ce mouvement des non-alignés dans le tiers-monde qui étaient essentiellement les anciennes colonies françaises et britanniques qui avaient un langage parfaitement laïc, qui n’était même pas ethnique non plus, on ne parlait pas de religion. 

On était encore dans un grand mouvement d’espoir d’une plus grande justice internationale, d’une meilleure répartition des richesses à l’échelle du monde. Et puis, tout ce mouvement, progressivement, a été freiné, voire a été très malmené par l’instrumentalisation qui a été faite politiquement, notamment des trois religions monothéistes, qui se prêtent plus facilement à l’instrumentalisation que le bouddhisme, par exemple. Vous rajoutez là-dessus la révolution de l’économie mondiale avec le néolibéralisme qui se joue des frontières nationales [et] la construction de l’Organisation Mondiale du Commerce où il est désormais interdit de faire le la protection pour pouvoir développer des industries locales, pour pouvoir construire une économie nationale. 

Cette mondialisation a fabriqué de l’exclusion sociale partout dans le monde et donc quand vous avez l’exclusion sociale, le repli identitaire devient une espèce de réflexe compensatoire. Parce qu’on est perdu, on ne sait plus ce qui vous est arrivé, on ne sait plus pourquoi on est déraciné, et à ce moment-là se développent les martyrologes identitaires qui sont extrêmement négatives.

Moi-même j’appartiens à une de ces communautés libanaises. La diversité à l’intérieur de chaque communauté, elle est énorme! Or  quand on est imprégné d’une anthropologie simpliste, qui fait penser que parce que vous êtes chiite, par exemple, tous les chiites sont pareils; parce que vous êtes juif, tous les juifs sont pareils. Donc vous niez la diversité à l’intérieur du groupe, et politiquement le résultat c’est que vous avez l’esprit fasciste qui s’empare de la communauté, et qui veut diriger la communauté. Ça vous donne des postes d’importance politique extrêmement forts. Et qui est du fascisme vulgaire. 

C’est pour ça que je suis extrêmement hostile aux représentations communautaires. Vous avez cette espèce d’essentialisation d’un être humain à partir de la communauté à laquelle il appartient. Et si vous ne répondez pas aux clichés que vous avez dans votre tête, vous dites: « Mais alors qu’est-ce que tu es? », la personne cesse d’avoir une existence.

Georges Corm, Historien (Liban)

Written by Gavroche

14 novembre 2015 à 9 h 54 min

Publié dans Actualité en France

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8 Réponses

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  1. merci G.

    alainbu

    14 novembre 2015 at 10 h 07 min

  2. rien à redire à ce triste constat.
    hélas…
    le vaste boulevard ouvert, par l’ensemble de la classe politique française et ses relayeurs en communication, au fascisme ordinaire, et cela depuis des années, nous mène rapidement à un « matin brun ».
    Cette fois il ne va pas être bon d’être un tant soit peu basané, voire de penser hors des clous.
    je n’aime plus ce pays qui a permis ça, car on est tous responsable (oui, oui) de ce désastre.
    l’enfer, ce n’est pas les autres … c’est nous, évidemment

    randal

    14 novembre 2015 at 10 h 37 min

  3. Et une fois ce constat fait?
    Et même si bien sûr tout ça est le resultat d’une histoire?
    On fait quoi maintenant?
    On fait quoi face à ces abrutis ivres de haine, organisés, qui s’attaquent à la liberté, la joie, la culture?
    On les dédouane parce que nos pays occidentaux ont generé leur extremisme?
    Qui lui-même genère les extremismes bien de chez nous?

    Quand aux victimes, ici ou là-bas, ben, elles sont effacées par de nouvelles victimes, et de chaque coté, le manicchéisme, parce que c’est toujours l' »autre » le méchant…

    Bref, je suis pas specialiste en géopolitique, je suis juste une humaine, choquée et inquiète, mais quitte à passer de femme de gauche à réac, je refuse de dédouaner un tant soi peu ces tarés de leurs actes, ni à les faire passer pour des victimes enfantées par l’occident.
    Trop facile.

    Flodelaciotat

    14 novembre 2015 at 10 h 59 min

  4. Oui, j’oubliais…
    Parce que la responsabilité individuelle, ça existe !?!…

    Flodelaciotat

    14 novembre 2015 at 11 h 06 min

    • oui.
      d’ailleurs ces terroristes n’ont pas hésité à se faire sauter la tronche.
      je propose qu’on fusille les cadavres pour les apprendre à v… euh, à mourir.
      alors que faire face à des irréductibles ? vaste question, que même l’Histoire n’a jamais tranché.
      Par contre, analyser les causes, ce que dit Gavroche d’ailleurs, peut nous faire les supprimer.
      Mais ça c’est du (très) long terme.
      évidemment, répondre au sang par le sang, c’est instinctif.
      c’est ce qu’on fait d’ailleurs ces terroristes fous.
      on va faire pareil avec plus de bombes et d’avions ?

      randal

      14 novembre 2015 at 12 h 18 min

      • C’est ça qui est terrible – la haine et l’extremisme qui augmentent de part et d’autre – et qui font le jeu de….
        Le probleme c’est que je n’y crois pas (qu’on va supprimer les causes…), et que je me demande comment agir face à ça (bon nous on a fui les villes, mais plus globalement…)
        Moi je veux resister – aux cons – blancs ou bronzés, je m’en fous.

        Flodelaciotat

        14 novembre 2015 at 14 h 02 min

  5. Excellente analyse qui rejoint tout à fait mon billet « L’inéluctable boomerang » publié sur mon blog Vingtras de Mediapart

    CHERASSE Jean, alias Vingtras

    14 novembre 2015 at 11 h 38 min

  6. en écho franco-grec à ton post, histoire de se rappeler dans ce merdier sanglant qui sont les vrais ennemis : http://blogyy.net/2015/11/14/non-la-france-nest-pas-une-terre-de-paix/

    zozefine

    14 novembre 2015 at 18 h 08 min


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