LES VREGENS

Merci Patron ! Merci Fakir !

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J’ai regardé hier l’émission d’Arrêt sur images consacrée au film de François Ruffin, Merci patron !

Avec un Ruffin tel qu’en lui-même, simple, sans langue de bois, sympa, militant, plein d’énergie (à se demander comment il fait, mais en tous cas de quoi nous donner envie de ne jamais baisser les bras, c’est le but de son film, nous dit-il, et il a raison), proche des « vrais gens » (pourquoi le blog où j’écris ces lignes porte-t-il ce nom-là, d’après vous?).

Et un Lordon qui prend assez peu la parole, mais pour dire l’essentiel.

Ce film, et au-delà, ce qu’on pourra en faire, ce qu’il pourra devenir, où nous emmènera t-il, voilà l’important. That is the question, comme disait l’autre.

Car oui, quand on regarde ces images, la maison de la famille Klur, qui vit avec 400 euros par mois alors que M. Bernard Arnault ne sait plus quoi foutre de son pognon, on se dit que nous, la « petite bourgeoisie cultivée » nous avons consenti, consenti à ce que les trois quarts de la population française vive dans cette misère là. Sans même parler de celle des restes du monde, censée représenter « la guerre de civilisation » chère à M. Huntington. Eux les barbares, contre nous, les civilisés. La guerre de tous contre tous, selon le vieil adage toujours d’actualité « diviser pour régner ». Ou « classes laborieuses, classes dangereuses ».

Nous avons accepté, parce que ça nous arrangeait, confortablement installés dans nos petites vies. On ne nous confondait plus avec la populace. Nos indignations étaient propres sur elles, forcément non violentes même quand les bien nommées « forces de l’ordre » nous tapaient sur la gueule. Nos révoltes étaient « citoyennes », ce n’étaient pas des « émeutes », réservées aux voyous et aux « rats à capuche ». On voulait bien s’indigner, mais pas se salir les mains et l’âme, même quand les circonstances l’auraient exigé.

Même les quatre millions de Charlies de janvier dernier, c’était ça. Les autres, les pas Charlies, pourtant majoritaires, étaient devenus les ennemis, les « complices des terroristes ». Faut dire qu’on nous a dit et répété : (tenter de) comprendre, c’est déjà excuser.

Nous avons cru, crétins que nous sommes, que nous faisions partie de l’élite, alors que nous n’étions que son alibi.

Tout ça m’a fait penser que ça fait quelques décennies que nous considérons « les classes populaires » avec mépris. Nous regardons de haut les Bidochons, en passant par les Dupont la joie, et aujourd’hui, les musulmans restés au Moyen Age et pas féministes pour deux sous, ni laïques comme nous, tous ces pauvres qui trouvent refuge dans la religion, celle de l’islam ou celle du consumérisme, tous ces pauvres qui votent à droite, « comme chacun sait », nous dit la presse aux ordres.

Et ce qui manque à cette gauche, notre gauche (d’ailleurs, droite et gauche, cette notion a t-elle encore un sens?) atone, anesthésiée, c’est une perception partagée de la situation. Une perception partagée entre nous, la petite bourgeoisie intellectuelle pas forcément fortunée, mais en tous cas, cultivée, et tous les autres, les ouvriers, les écolos, et comme le dit Lordon, et ça me paraît essentiel, la jeunesse de banlieue. Celle qu’on a abandonnée. Des Goodyear à Notre Dame des Landes. Des Contis au Testet. Des combats des paysans aux révoltes des banlieues qualifiées d’émeutes pour leur ôter tout caractère politique.

Tiens, j’ai lu un très bon article sur Médiapart, intitulé Ahmedy Coulibaly Retour sur ses années de prison.

Un article qui raconte cette jeunesse perdue, qui parle des enfants du chaos tellement bien décrits par Alain Bertho dans son livre éponyme (un livre vraiment essentiel que tout le monde devrait lire). Cet article, signé Warda Mohamed, raconte sa rencontre (en 2008) avec Ahmedy Coulibaly, dont on connaît aujourd’hui la triste fin. Qui cause drôlement bien, pour un gars supposé inculte. Moi, cet article m’a mis les larmes aux yeux devant ce gâchis organisé.

Leurs guerres, nos morts.

Alors, Merci Patron ! est un film « transclasse », dit Ruffin, pour opérer la jonction « des intellos aux prolos » et lycée de Versailles. De Frédéric Lordon à la famille Klur. Ou comme le disent si bien les copains de Tarnac dans A nos amis, la jonction « entre les anarchistes et les mémés catholiques ». Et comme l’explique Lordon, cette jonction et nos actions futures ne passeront pas par les institutions politiques telles qu’on les connaît aujourd’hui.

Le message d’espoir est là : ensemble, oui, on peut. Les intellos tous seuls ne peuvent rien, les Goodyear et autres Contis non plus.

Et nos élites savent bien que le monde ne peut pas continuer comme ça, que la cocotte minute est en surpression, et que « ça va péter ». Que « les fourches sont prêtes », et qu’elles seront dirigées vers l’oligarchie et ses privilèges. Car ce sont bel et bien « les minorités agissantes qui font tout »… genre une nouvelle nuit du 4 août. L’état d’urgence n’est d’ailleurs pas né de rien, il est né de « leur grande trouille », il n’est pas là pour nous protéger nous, mais pour les protéger, eux. Il est là pour nous séparer.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

Written by Gavroche

22 février 2016 à 16 h 56 min

Une Réponse

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  1. Et quand tu auras vu Merci patron ! tu feras bien vite une bafouille pour en causer. Parce que c’est un moment d’intense rigolade et jubilation où on se demande si on ne rêve pas. Et tu peux y amener ta voisine, ton cousin et ton neveu : ce n’est pas un film pour les militants mais un film pour tout le monde et son père. Pendant la projection de l’avant-première où j’étais, des gens applaudissaient pendant le film, oui, comme au théâtre !

    Il ne faut rater Merci patron ! sous aucun prétexte. C’est le film de la décennie. Un « film d’action directe » comme dit Lordon dans le Monde diplomatique de février.

    Un partageux

    22 février 2016 at 18 h 43 min


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