LES VREGENS

Des bruits de guerre

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Je me faisais la réflexion il y a quelques jours.

L’ambiance devient délétère dans l’ancien pays des droits de l’homme. Celui de 1789, celui de la Commune.

Aujourd’hui, il plane comme des miasmes des années 30.

Je ne regarde plus du tout la télé, je lis assez peu les journaux (sauf le Diplo et Fakir, on ne se refait pas) mais les quelques fois ou je tombe sur des liens du Figaro (encore là, ça paraîtrait presque « normal », c’est le journal de Dassault, et il est à droite depuis toujours) mais de l’Obs ou de Libé (journaux « de gauche », qui certes, appartiennent désormais à des milliardaires), et quand, outre l’article lui-même, je lis aussi les commentaires, je me dis qu’on est mûrs.

Et c’est vrai aussi sur Médiapart, pourtant estampillé de gauche et indépendant.

Médiapart où les blogs commerciaux se multiplient sans que personne ne moufte. Drôle de conception du participatif. Consommez, consommez (enfin, ceux qui peuvent) surtout ne pensez pas, c’est les vacances…

Y’a plus qu’à tomber. Dans la dictature. Dans la haine. Et même dans la guerre. Et pas seulement la guerre « au terrorisme ».

Déjà, depuis « Charlie », il y a eu les « Charlies » et les autres. Et c’est rédhibitoire. Ainsi, depuis cette époque, j’ai perdu quelques amis. Avec lesquels je partageais pourtant des idées, des envies, des rêves. Avec des gens de gauche. Enfin, peut-être. Et c’est vrai que ça m’a profondément blessée.

Des gens qui ont accepté.

De manifester le 11 janvier derrière Hollande et Valls, et derrière un certain nombre de gens pas très recommandables, pourtant. Des assassins, au même titre que les terroristes, mais à grande échelle, ceux-là. Des assassins « légaux ».

Sous prétexte de « protéger la sécurité », devenue valeur cardinale, ils ont accepté l’état d’urgence, les 49.3 successifs. La CGT a distribué des fleurs à la police, et son « service d’ordre » a même donné un petit coup de main pour canaliser ces petits cons de « l’ultra gauche ». Tout ce petit monde a manifesté gentiment, bien poliment dans les cases/cages autorisées par le pouvoir, et puis, à la fin de l’épisode, ils sont rentrés chez eux, en fustigeant les « casseurs ».

Surtout, ils ont accepté la guerre.

La guerre aux bronzés, appelés « musulmans » (parce qu’on est pas raciste, on défend juste la « laïcité », hein). Les noirs sentent mauvais, et les roms sont des voleurs qui viennent bouffer nos allocs. Quant aux musulmans, ils sont pas comme nous. Ce sont des terroristes potentiels, le principe de précaution doit donc s’appliquer.

Ils ont accepté la guerre sur notre sol, les assignations à résidence, les manifestations interdites, les militaires dans nos rues, la police désormais équipée d’armes « non létales » qui mutilent notre jeunesse, mais aussi de canons à eau et même d’armes de guerre… Les morts dans les commissariats (oui, mais « ils l’avaient bien cherché »).

La petite entreprise de M. Alain Bauer est florissante.

Après avoir pleuré sur le cadavre du petit Aylan, ils ont accepté que nos « représentants » vendent les migrants à la Turquie, parce qu’on ne peut pas accueillir tout le monde, n’est-ce-pas. Des centaines de petits Aylan continuent de mourir devant la porte, mais il n’y a pas de journalistes, et donc pas de photos pour pouvoir pleurer. Et la Méditerranée, c’est loin.

Ils ont accepté la guerre partout ailleurs, les « opérations humanitaires » pour apporter la démocratie aux barbares, à coups de bombes si nécessaire. De toutes manière, les barbares ne comprennent que ça, les coups dans la gueule. Nous sommes les dignes descendants des Lumières, et vive Christophe Colomb.

En plus, chez les barbares, ce qu’il y a de bien, c’est qu’il y a souvent du pétrole, de l’uranium, des matières premières, des « marchés » potentiels. Faut bien vivre, et tant pis pour les pauvres, « dommages collatéraux » oui, mais pour une bonne cause : pour nous permettre de continuer à profiter de la vie.

Ils ont accepté.

Et la guerre, bientôt, c’est ici qu’elle viendra, à défaut d’insurrection. « Comme en 40 », disait-on. Donnera-t-on les « pleins pouvoirs » au futur « défenseur de la France » ? Sans aucun doute.

Il y a ce salaud de Poutine, qui « menace l’Europe ». Heureusement, l’ami américain va nous aider. Il envoie déjà des troupes en Europe de l’Est, des fois que. L’Allemagne augmente son budget militaire. La « crise » et le chômage qui va avec, ça ne concerne que les sans-dents, qui ne votent plus, alors on s’en fout. La « crise », c’est pas pour les fabricants d’armes, chez nous, c’est l’embellie, les bénéfices explosent, et la vita e bella…

Faut bien trouver des raisons pour accepter l’impérialisme, toujours là, mais baptisé « géopolitique ». C’est sûr, ça passe mieux, comme mot. Mais ce sera toujours leurs guerres et nos morts, à nous, les sans-dents du monde entier.

 

 

 

 

 

Written by Gavroche

8 août 2016 à 11 h 07 min

2 Réponses

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  1. Ce que j’aime, chez toi, c’est cet optimisme inoxydable et irréductible.

    Ce qui m’inquiète, chez moi, c’est que je relativement proche de ton avis, quoiqu’il me reste quelques réserves.

    Mais content de savoir que tu as enfin lâché cette foutue télévision.

    gemp

    8 août 2016 at 14 h 10 min

  2. Oui ! Un petit air de déjà vu, déjà vécu… L’indécrottable stupidité, que dis-je, la folie humaine dont Erasme fit l’Eloge avec une lucidité toujours et plus que jamais d’actualité mène le bal. Nous sommes en train d’épuiser les réserves du satellite sur lequel nous tournons autour de notre soleil et tout le monde s’en fout, comme jadis, les habitants de l’île de Pâques ont réussi à abattre le dernier arbre de leur île puis ils ont disparu. Une ch’tite guerre serait en vue ? Pas impossible. La Syrie est en train de se suicider, l’OTAN a rompu sa promesse faite à Gorbatchev de ne pas s’implanter à la frontière de la Russie et accuse aujourd’hui le Poutine de ne pas être d’accord et même d’être fauteur de troubles. Pourtant n’est-il pas notre allié contre Daech ? Et depuis quand la Russie ne fait-elle pas partie de l’Europe ? Même « mon général » parlait de l’Europe de « de Brest jusqu’à l’Oural ». Il est vrai qu’il avait une culture plus étendue que celle de nos « padrone » en place, chefs plus ou moins mafieux et fondés de pouvoir du Kapital. Une vision à long terme, une lucidité, et un amour immodéré pour une France qu’il voyait à sa taille, « grande », ouverte, indépendante, non alignée sur les USA, donneuse de leçons, un phare pour les autres pays et possédant un « Empire colonial » qu’il sut exploiter pendant la IIe Guerre Mondiale et même après en installant la « Françafrique ». En ces temps farouches où le moral n’est guère au beau fixe, « cultivons notre jardin » et « faisons bien notre métier ». Résistons en dépit de tout avant que l’hankou nous emmène en sa promenade sans retour. La vità è bella ! Quand même !

    Gerard Planterose

    8 août 2016 at 19 h 12 min


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