LES VREGENS

Mais qu’est-ce donc que l’AFIS ?

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Malgré le récent procès contre Monsanto, jugé pour écocide, et le rachat de cette société (à l’image quelque peu écornée il faut bien le dire) par Bayer (quoi de mieux justement que de changer de nom quand une réputation est écornée), depuis quelques mois fleurissent ici et là, et notamment sur Médiapart, des articles émanant d’une structure (?) baptisée « association française pour l’information scientifique », dont l’adresse intitulée assez curieusement « pseudo-sciences ».

Le lien est là : AFIS

A la rubrique « qui sommes nous », on peut lire ça :

L’AFIS se donne pour but de promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques. Elle se veut indépendante de tout groupe de pression et veut éviter toute concession au sensationnalisme, à la désinformation et à la complaisance pour l’irrationnel.

Petit récapitulatif des « œuvres malfaisantes » dénoncées par l’AFIS :

Celles des anti-OGM :

En 2007 déjà, l’AFIS s’était élevée contre le moratoire européen sur les OGM. Des articles sur le sujet avaient été publiés,  dans l’Express, et  sur Médiapart. Ce moratoire étant sans doute considéré comme « une œuvre malfaisante ».

Les braves gens de l’AFIS avaient aussi dégommé (évidemment) l’étude de Gilles Eric Séralini. Et notamment avec des articles signés Michel de Pracontal, comme celui-là.

Michel de Pracontal, comme chacun sait, journaliste « scientifique » officiant aussi chez Médiapart… par exemple, dans cet article, à propos du même Séralini. J’étais abonnée à cette époque, et je lui avais d’ailleurs répondu dans ce commentaire.

Quant à Marie-Monique Robin, elle avait également donné quelques éléments en réponse à cette polémique bien orchestrée,  dans un article publié sur son blog.

Les membres de l’AFIS sont donc des humanistes, qui œuvrent pour le bien de l’humanité toute entière, celui des agriculteurs, de la FNSEA, des semenciers et producteurs de pesticides (pardon, « produits phytosanitaires », le sens des mots quand même, hein).

Celles des chercheurs du GIEC

Par exemple ici, ou l’auteur de l’article écrit que dans les rapports du GIEC, on trouve bien peu de choses sur la manière dont les sociétés peuvent s’adapter au changement climatique et aucune analyse sur les développements et l’usage de certaines technologies qui pourraient contribuer à l’adaptation comme, par exemple en agriculture, les biotechnologies.

Celles des médecines dites alternatives

En vrac, l’homéopathie, l’ostéopathie, l’acupuncture, etc. la seule ayant grâce à leurs yeux étant la médecine scientifique [qui] laisse de côté toute idéologie pour ne s’intéresser qu’à l’efficacité avérée des traitements, à la connaissance acquise sur le corps humain et aux modes d’action des thérapeutiques mises en œuvre.

Les pseudos-médecines

Et tant pis pour les niakoué et autres sauvages, qui se soignent pourtant autrement depuis des millénaires.

Mais de manière générale, ce sont tout bêtement les écologistes qui sont dans le collimateur de cette « association ».

Comme par exemple, dans un article signé par « le Dr. Jean Marrat » (ou Marrot?), un illustre inconnu (rien sur gogole, qui est pourtant notre ami, d’habitude). Le « Dr » en question (Docteur en quoi, mystère) y cause des « écologistes profonds » (moi, le terme m’a fait rire) faut dire que les termes « taliban écolo », ou « écolo terroriste » n’existaient pas encore, l’article initial datant de 1993. Il faudrait m’expliquer comment un tel article peut être qualifié de « scientifique »…

Mais qui trouve-t-on dans les instances dirigeantes de l’AFIS, et dans le « comité scientifique » ?

En fait, un certain nombre d’étranges personnages, parmi lesquels :

  • Marc Fellous, accessoirement mis en examen pour « faux et usage de faux » (comme quoi, on fait dire à « la science » à peu près ce qu’on veut, en fonction de ses intérêts) et condamné pour diffamation à l’encontre de Gilles Eric Séralini.

Car à l’époque, M. Fellous était le président de l’AFBV (Association Française de Biologie Végétale) dont certains des membres, euh… comment dire… ? Sont légèrement de parti pris, comme par exemple :  Claude Allègre (sans commentaires), François Traoré, ancien Président de l’Association des producteurs de coton africains (Aproca), Philippe Aymard, agriculteur, administrateur Groupe coopératif Limagrain, Xavier Beulin, agriculteur (rires), Président de FNSEA, Jean-Louis Duval, Ingénieur agronome, gérant Société JL Duval Consulting, Luc Esprit, Directeur général Maiz’Europ’, Gérard Faure, Ingénieur agronome, ancien Directeur Société semences et association semencière, Jean-Yves Foucault, éleveur, administrateur Groupe coopératif Limagrain, Régis Fournier, Directeur général Maisadour Semences, Président SEPROMA, etc.

  • Jean de Kervasdoué, entre autres opposé à l’inscription du principe de précaution dans la Constitution, et qui considère par exemple que le réchauffement climatique touchera en premier les habitants des pays pauvres (donc, c’est pas grave, et nous autres riches, on a le temps), et que le nucléaire est « moins mortel » que le charbon… Il devait être en coma dépassé au moment de Tchernobyl et de Fukushima..

Évidemment il est lui aussi très critique de l’étude de Gilles Eric Séralini.  Mais il a aussi des avis :

sur l’alimentation bio  qui selon lui, n’est pas meilleure pour la santé que la traditionnelle arrosée d’additifs et de pesticides,

sur l’aspartame  qui n’est pas si dangereux que ça …

Gérard Pascal présidait aussi à une époque, le comité scientifique de l’Union Européenne qui avait donné un avis favorable, en janvier 1998, à une levée partielle de l’embargo sur la viande bovine britannique (à la suite de la « crise de la vache folle »). Sa fonction au sein de ce comité venait de son expérience en matière de « sécurité alimentaire », alors qu’il soulignait lui-même qu’il n’était pas un « spécialiste de l’ESB » :  Gérard Pascal, expert européen…

Il a été aussi, évidemment, président du conseil scientifique de l’AFSSA (association nationale pour la sécurité sanitaire des aliments) devenue depuis, l’ANSES.

Et il est membre de l’agence de lobbying et de marketing Entropy Conseil

qui est elle-même une société de Protéines Groupe  dont la liste des clients  est révélatrice, par exemple le CIV (centre d’information des viandes), Danone, Mac Donald, mais aussi ISA (groupe de travail en France de l’association internationale des édulcorants regroupant des industriels producteurs ou utilisateurs d’édulcorants, comme Coca-Cola, Mérisant, Wrigley, Ajinomoto, Nutrasweet, …). On comprend mieux pourquoi Gérard Pascal considère que l’aspartame est parfaitement inoffensif…

  • Et j’ai gardé Louis-Marie Houdebine pour la fin. Parce que c’est une vieille connaissance. Il est présenté par l’AFIS comme biologiste et directeur de recherche honoraire de l’INRA de Jouy en Josas.  Mais ce que l’AFIS ne précise pas, c’est qu’il est aussi le fondateur et l’un des dirigeants d’une société baptisée Bioprotein Technology. Cette entreprise française de biotechnologies est spécialisée dans la recherche de techniques d’immunofluorescence et produit notamment des protéines thérapeutiques avec du lait de lapin transgénique.  La société en question annonçait même en 2003  qu’elle fabriquait des vaccins dits « recombinants », avec une technologie applicable à de nombreuses maladies  , telles que des infections virales fatales (comme le VIH) et les cancers.

Et tout cela m’a rappelé une vieille histoire, où j’avais réagi (déjà) sur la démolition d’un certain Pierre Rabhi (ben oui, le récent article de Jade Lindgaard ne vient apparemment pas de rien) dans un ancien billet (du 16 mars 2013), que j’avais publié sur Médiapart, puis supprimé, et que je reproduis ici, dans son intégralité :

OGM : vous avez dit conflits d’intérêts ?

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Cette semaine, après avoir lu sur Médiapart le billet de Yann Kindo (qui écrit régulièrement pour l’AFIS) intitulé Quand Bastamag voit ce qu’il croit, consacré à un dézingage en règle de Pierre Rabhi et du Mas de Baulieu, j’avais écrit un commentaire :

L' »AFIS », c’est l’association francaise pour l’information scientifique.

Voici ce qu’on peut lire là-dessus sur Wikipédia :

Un des membre du comité scientifique de l’AFIS, le Docteur Marcel-Francis Kahn, Professeur émérite de Médecine Paris 7, a démissionné de l’association au motif que « l’AFIS s’est transformé – sans que notre avis soit sollicité – en un véritable lobby pro OGM. », et a dénoncé le fait que la rédaction de « Science et pseudo-sciences » aurait refusé de publier une de ces lettres où il demandait à certains membres de l’AFIS (en particulier Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine) d’indiquer leurs liens supposés avec Monsanto et ses filiales. 

L’AFIS a critiqué publiquement le contenu du film sur Monsanto de Marie-Monique Robin diffusé sur une chaîne publique, et a été à l’initiative d’une pétition contre le moratoire sur le maïs OGM en France en 2007.

M. Louis Marie Houdebine, président de l’AFIS, fait partie du Comité d’experts de l’ANSES sur les biotechnologies, voir sur ce lien , mais en cliquant sur son nom pour connaître ses DPI (déclarations publiques d’intérêts) on tombe sur une « page non trouvée »…

De là à imaginer bêtement que ce Monsieur a peut-être des choses à cacher…

Dans mon commentaire, j’avais également donné le lien sur l’article de Benjamin Sourice, (toujours sur Médiapart) Ces conflits d’intérêts qui nuisent à la science. Dont je conseillais la lecture. Il parlait entre autres choses, des « experts » de l’AFIS, dont M. Houdebine est le président : M. Houdebine est également fondateur de la start-up Bioprotein Technologies SA, créé en 1998, et spécialisée dans la « production de protéines et de vaccins recombinants dans le lait de lapines transgéniques. »

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Et tout à l’heure, une journaliste de MDP me transmet ce message (sans doute reçu par la rédaction) de la part de M. Houdebine lui-même :

Nous avons reçu ce message à votre intention suite à un de vos commentaires sous l’article intitulé «Agroécologie : quand Bastamag voit ce qu’il croit» écrit par Yann Kindo.

«Réponse à des arguments me concernant
– Je ne suis lobbyiste rien du tout, si on considère que prôner la science et non les pseudo-sciences n’a rien à voir avec le lobbyisme puisque cette activité est totalement bénévole et par essence dépendante d’aucune source d’argent
– Ma déclaration d’intérêt existe à l’ANSES et à l’EFSA car c’est la loi. La consultation  de ces déclaration est possible car c’est la loi. Si vous n’arrivez pas à les trouver, demandez les à ces agences qui sont tenues de  vous indiquer comment y accéder.
– Je ne suis plus expert à l’ANSES depuis juillet 2012. Après 10 ans à l’AFSSA/ANSES j’ai considéré que j’avais atteint une limite d’âge pour cette activité.
Je n’ai jamais fait partie de l’entreprise BioProtein car cela est incompatible avec le statut de chercheur. Je n’en suis donc pas le PDG. Cette entreprise a 7 employés.
– Le glyphosate a le même niveau de toxicité (DL 50) que le sel de cuisine.

Louis-Marie Houdebine »

En vous souhaitant une bonne journée

M.

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Ce message m’ayant quelque peu interpellé au niveau du vécu, voici le fruit de mes réflexions :

Sur la DPI de M. Houdebine :

Je n’ai effectivement pas trouvé la DPI de M. Houdebine sur le site de l’ANSES (ce qui s’explique vu qu’il nous dit qu’il a quitté ses fonctions en juillet) … Elle n’est pas non plus sur celui de l’EFSA, et pourtant, j’ai cherché… J’attends donc qu’il me l’envoie, ou encore mieux, que M. Kindo la publie, ici, sur Médiapart. Tout le monde pourra en profiter, et ça m’évitera d’éplucher le site des agences de « sécurité sanitaire » de fond en comble.

Sur le glyphosate :

Là, j’ai failli m’étrangler avec ma gorgée de café… Il est coquin, M. Houdebine. Il joue sur les mots.

Parce qu’effectivement, le glyphosate employé seul ne sert à rien. De là à dire qu’il n’est pas toxique…

Glyphosate

Parce que, qu’est-ce qu’il y a dans le Roundup ? Juste selon wikipédiatre :

Les produits Roundup contiennent plusieurs substances : la substance active qui est le glyphosate, et des substances dites « inertes » telles que le POEA (polyethoxylated tallowamine), AMPA, ou l’isopropylamine.

Une étude de l’université de Caen, publiée dans Chemical Research in Toxicology fin décembre 2008, met en évidence l’impact de diverses formulations et constituants de cet herbicide sur des lignées cellulaires humaines (cellules néonatales issues de sang de cordon, des cellules placentaires et de rein d’embryon). Les auteurs signalent diverses atteintes de ces cellules humaines (nécrose, asphyxie, dégradation de l’ADN, etc.), induites soit par le glyphosate, soit par un produit de sa dégradation (AMPA), soit par un adjuvant (POEA) qui facilite son incorporation par les plantes cibles, soit par des formulations commerciales de l’herbicide.

Évidemment, l’AFSSA a quelque peu rué dans les brancards, faisant peu de cas du « principe de précaution », ce qui n’est pas très étonnant, vu les « experts » qui la composent (ou la composaient) :

Cette étude a été critiquée par l’AFSSA notamment pour des raisons méthodologiques et pour l’interprétation des résultats fin mars 2009. L’agence estime que « les auteurs [de l’étude] sur-interprètent leurs résultats en matière de conséquences sanitaires potentielles pour l’homme, notamment fondées sur une extrapolation in vitro-in vivo non étayée».

L’Agence américaine de protection de l’environnement (US Environmental Protection Agency, EPA) détaille les effets nocifs sur la santé que pourrait provoquer l’exposition à de fortes doses de cette substance : « Congestion des poumons, accélération du rythme de la respiration » à court terme, « endommagement des reins, effets sur la reproduction » à long terme.

Ces amerlocains deviennent carrément parano.

Sur les responsabilités de M. Houdebine au sein de Bioprotein Technologies

Ni moi, ni Benjamin Sourice n’avons déclaré qu’il était le PDG de Bioprotein Technologies.

En revanche, il fait bien partie de la société Bioprotein, en qualité de « Ph. D, ingénieur en chimie, conseiller scientifique senior, et cofondateur »…

Exactement ce qu’avait écrit Benjamin Sourice : il est l’un des fondateurs de cette société.

Lien

La preuve par l’image (copie d’écran) :

 

bptAlors de deux choses l’une, ou M. Houdebine perd la mémoire, ou alors… Mais non, je ne peux pas le croire.

Voici de qu’en dit Bastamag, encore lui :

Un super lapin qui produit vos médicaments

Le chercheur a cofondé une start-up, Bioprotein Technologies Inc., spécialisée dans la production de protéines et de vaccins, grâce au lait de lapines génétiquement modifiées : « À partir d’un gène identifié par ses clients, BioProtein Technologies conçoit des lignées de lapines transgéniques secrétant la protéine d’intérêt dans leur lait. » Dans des quantités allant du gramme à la dizaine de kilogrammes. BioProtein Technologies propose aux sociétés pharmaceutiques de nombreux services, de la « production rapide de quelques dizaines de grammes de protéines pour des travaux de recherche », à « l’élaboration de modèles animaux pour l’étude fonctionnelle de maladies humaines ». Remplacera-t-on bientôt les usines pharmaceutiques par des élevages de lapins ?

En France, l’animal transgénique, c’est aussi de l’art ! Le projet « GFP Bunny » est né à Jouy-en-Josas, sous l’impulsion de Louis-Marie Houdebine. En 2000, l’Inra crée le premier lapin fluorescent (sous une lumière ultraviolette), grâce à un gène de méduse. Le lapin est exposé lors d’événements culturels. Une affaire qui a fait polémique au sein même de l’Inra …

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Alors, ça ne vous tente pas, une petite gibelote de lapin ?

 

 

 

 

5 Réponses

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  1. d’utilité publique !

    zozefine

    21 octobre 2016 at 17 h 50 min

  2. CQFD ! Merci.

    lilivanille

    21 octobre 2016 at 18 h 12 min

  3. Ah, ma chère Gavroche ! Ça fait longtemps que je n’ai pas publié de commentaires ici, mais sache que je lis le blog régulièrement, et que je suis toujours réjoui par ce que tu y écris (et atterré quand on pense à ce qu’on nous fait avaler, dans tous les sens du terme).
    Encore une fois, bravo !

    (est-ce toi qui a flingué Burdeau sur Mediapart à propos de Loach ? Ce type, comment dire, enfin, oui, bon, on s’est compris…)

    sleepless

    24 octobre 2016 at 15 h 40 min

    • Salut Sleepless, drôlement contente de te lire !!!
      Merci pour les compliments, parce que venant de toi, ça fait mouche…
      Et oui, hein, Burdeau, comme disait une copine, « à fusiller, affaire suivante ! »
      M’a fait penser à des temps pas si lointains où on se marrait bien dans les fils des billets d’un
      certain Rafik…🙂

      Gavroche

      24 octobre 2016 at 16 h 06 min

  4. Lu voici quelque temps un texte de l’AFIS à propos de jardinage. Bon, ces gens se veulent des scientifiques. Faudra qu’ils apprennent un minimum de notions de technique agricole avant d’écrire une critique de jardiniers. Ça leur évitera de passer pour des ânes.

    quotidienlimousin

    25 octobre 2016 at 22 h 04 min


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