LES VREGENS

Emmanuel Badinguet

with 6 comments

De gouverner, toujours avide,

Voilà mon plan: – Il est splendide!-
Je les fais battre tous les deux,
J’attends qu’ils se mangent entr’eux
Et quand la mort a fait le vide
Je rentre à Paris…, si je PEUX !
Napoléon.
Devant ce plan lâche et stupide
Chacun de nous, avec esprit,
À ce monstre chauve… sourit!

Le fils du Père Duchêne illustré, 1871

 

Tout va bien, je vais bien. Enfin, voilà, quoi.

Bon, je vous parlerai un de ces jours des joies des cliniques privées payées avec nos cotisations sociales et hors de prix…

En attendant, je glande, je fais des confitures et autres douceurs avec les fruits du voisin, et je rumine (qu’on se rassure, à la différence des « élus de la République » , je ne vis pas sur le dos des contribuables, mais sur la retraite de plus en plus « modeste » comme on dit, de mon cher et tendre) mais j’ai quand même eu le temps de lire les dernières saloperies ambiantes.

Par exemple, sur les nouveaux enfoirés qui vont désormais peupler les ministères. Enfin, nouveaux, c’est vite dit.

Genre, notre nouveau sinistre de l’intérieur, un certain Gérard Collomb.

70 ans aux pelotes, c’est le gars qui a fait une « carrière », depuis député « socialiste » en 81 (je mettrais dorénavant toujours des guillemets à ce mot, pour parler des membres du parti d’en rire) à ministre (je sais pas bien sous quelle étiquette, je dirais pourriture de droite) aujourd’hui…

Ce type est donc élu depuis précisément 40 ans puisque c’est en 1977 qu’il est entré pour la première fois en fonction au conseil municipal de la ville de Lyon. Depuis, il a enchaîné, souvent en parallèle, tous les types de mandats locaux : maire d’arrondissement, député, sénateur, maire de Lyon et enfin président de la communauté urbaine lyonnaise puis de la Métropole.

Voilà pour la lutte contre le cumul des mandats et pour le « renouvellement de la vie politique ». Voilà pour les gens « issus de la société civile » © Macron.

En loucedé, d’aucuns prétendent qu’il doit être dopé, parce qu’en plus de ses fonctions politiques, il est aussi Président des sociétés publiques locales Part-Dieu et Confluence, (gérées par la collectivité, mais sans passer par des votes en conseil municipal ni les appels d’offre), Président des Hospices Civils de Lyon (14 hôpitaux), Président du Sytral (Syndicat mixte des transports) et donc aussi Président des transports en commun du Rhône, puisque le Sytral a récupéré cette compétence à l’occasion de la réforme territoriale…

Gérard Collomb, c’est aussi le gars qui a fait construire les gogues les plus chères du monde :

le rachat par la mairie (pour près d’1,5 million d’euros) d’un immeuble au 52 rue Montesquieu, démoli pour reconstruire du logement social (coût des travaux : 500 000 euros)… HLM qui ne verra jamais le jour, mais laissera place à … une sanisette. Des gogues à 2 millions d’euros donc, selon le devis des habitants du quartier, qui rappellent que cette somme correspond à «la moitié d’une subvention votée l’an passé par le Grand Lyon pour la réalisation de quelque 300 logements sociaux ou de 2,5 % du budget consacré au logement social par le Grand Lyon en 2014».

Dans la métropole, 28 000 logements sociaux manquent à l’appel, alors que «25 000 appartements sont vides dans la seule ville de Lyon et que 1700 personnes appellent chaque jour le 115 en vain et dorment à la rue».

Gérard Collomb, couronné par un chiotte d’or…

Faut c’qui faut. Vu que Lyon est simplement devenue la ville d’un baron « socialiste » mégalo. Une ville pour les riches.

Comme Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique lyonnais, qui comme son compère Gérard Collomb, a des rêves de grandeur. A n’importe quel prix.

Faut bien que le bon peuple puisse se distraire… Même si les pauvres ne sont pas les bienvenus en centre ville.

Les réfugiés sont interdits dans les jardins publics, sans même parler des roms. Et les pauvres, gosses compris, n’ont qu’à se démerder  même par grand froid

Tous ces gens là peuvent bien crever sous les yeux de nos distingués ministres « socialistes » et apparentés. L’important, comme disait le dénommé Valls, étant de poursuivre le travail de démantèlement et d’évacuation des campements.

Et malgré 30 000 logements vides, 1500 personnes dorment encore dans la rue à Lyon. En 2017.

« Gérard Collomb est un des représentants de cette « gauche moderne » qui a rejoint sur ses thèses le néolibéralisme en le teintant de social. À Lyon, ville réputée de centre droit, il est tout naturellement allé chasser sur les terres de ses adversaires. La démocratie se fonde sur la création d’un clivage entre pouvoir et opposition. Gérard Collomb fait partiellement sauter cette distinction. Sa stratégie illustre cette perspective antipolitique où les différentes forces politiques s’entendent pour réduire la démocratie à une simple gestion de la ville, comprise comme une entreprise, tout en entretenant un débat de façade. »

Mais Gérard Collomb, c’est aussi le pôvre gars qui ne gagnait plus « que 4000 misérables euros par mois » depuis janvier, en tant que sénateur, vu qu’il n’était jamais là.  Le gars qui déclarait sans rire : Dans ces conditions, on n’aura bientôt plus comme sénateurs que des mauvais, des apparatchiks de partis et des retraités. Comme si ce n’était pas déjà le cas…

Essayez, vous, de ne pas aller au taf, et vous verrez si la paye continue à tomber…

Enfin, 4000 euros, c’est ce qu’il prétendait. Parce que dans la réalité, c’était un tout petit peu plus, oh, une bagatelle…

Spécialiste des politiques antisociales, cynique et calculateur, Gérard Collomb a finalement obtenu un boulot à la hauteur de ses qualités : celui de « responsable des politiques de sécurité intérieure » (aka flic en chef), (de répression) des libertés publiques, d’immigration et d’asile. Vu la manière dont il a « géré ces problématiques » dans sa ville, nul doute sur la façon dont il va le faire à l’échelle nationale. Continuer les politiques ultra-sécuritaires, la chasse aux pauvres et aux immigrés, bof, de toute façon il sera bien dans le ton de l’ambiance générale : c’est ce qu’on attend de lui. Le voilà donc « ministre d’État », en récompense de ses bons et loyaux services pour Macron, qui a fait une bonne action : il a sauvé un pauvre de la misère…

Et aujourd’hui, le voilà qui déclare que les migrants calaisiens sont quelque peu « enkystés » « enkystés » , genre maladie honteuse, bref, que ces indésirables constituent «abcès de fixation», ou un «problème » qu’il faudrait «traiter»…

Ben ouais, tout va bien, je vais bien. Parce que du plus haut sommet de l’état (on se souviendra avec émotion de la petite phrase macronesque au sujet « du comorien », ou des « riens » qui se baladent tranquilles dans les gares, les salopards) jusque dans les forums et commentaires des médias, même ceux classés « à gauche », partout, le racisme règne. Anti pauvres, anti bougnoules, anti roms, anti migrants.

Notre banquier président qui, après avoir déclaré que les ouvrières de Gad étaient illettrées (mais c’était paraît-il une « maladresse de ministre débutant ») ; après avoir déclaré que pour se payer des costards, y’avait qu’à bosser, le voilà qui crache aujourd’hui à la gueule des journalistes  (bien fait pour eux), ceux pourtant qui l’ont amené où il est, et des gens décidément trop cons pour comprendre « sa pensée complexe »…

Et après celle des êtres humains réduits à des objets, à « du comorien », il crache à celle des gens « qui ne sont rien ».

Le 18 juin dernier, au mont Valérien, lors de la commémoration rituelle de l’appel à la résistance lancé par le général De Gaulle, c’est la première fois depuis le 1er novembre 1944 que les manants ont été interdits de ce recueillement collectif. Seuls les ceusses, bien en cour macronienne, qui avaient une invitation en bonne et due forme ont pu participer.

Bref, ces pignoufs se prennent pour des dieux , les dieux des petits riens que nous sommes, et ils sont sans complexes (je dirais en langage cru et dru qu’ils « ont chopé le melon ».

Comme si nous avions encore de quoi « être fier d’être français ». Comme si nous ne faisions pas qu’hériter de la nationalité du pays où on est né. Comme si Pétain, Lacoste, Guy Mollet, Jules Moch, Cyril Hanouna, Le Pen, Eric Zemmour n’étaient pas aussi français que Jean Moulin, Franz Fanon ou Victor Hugo. Comme si 80 % de la population ne s’était pas couchée devant les nazis en 40, comme si personne n’avait dénoncé de juifs, comme si certains d’entre nous n’étaient pas prêts à empêcher les ONG de sauver les migrants.

Comme si de nombreux étrangers n’avaient pas marqué l’histoire de notre pays, de Tom Paine, en passant par Samuel Beckett, Pablo Picasso ou Missak Manouchian. Comme si les meilleurs d’entre nous n’avaient pas fait passer avant la nation leur appartenance à une autre communauté, transnationale, celle-là : celle des savants, des artistes, des musiciens, des philosophes, des antifascistes, des femmes, des prolétaires, des damnés de la terre, des nègres ou des bougnoules…

Et dans la suite de nos désormais ministres :

Celle des armées, Florence Parly. Mouillée jusqu’aux oreilles avec la banque Rothshild, mais si, celle qui a ouvert genre 142 sociétés bidons dans les paradis fiscaux.  Et dont le mari, un certain Martin Vial, ex patron de l’APE, a participé au bradage de l’aéroport de Toulouse à un oligarque chinois corrompu… Lire l’article de Laurent Mauduit.

Et puis celle du travail, Muriel Pénicaud, laquelle pratique elle aussi un joyeux et lucratif mélange des genres.  A lire : l’Affaire Pénicaud

Ensuite, dans le registre des bonnes nouvelles bien roboratives, j’ai eu vent des factures qu’on va nous présenter bientôt pour « sauver l’Europe ».

J’ai lu que la France, c’est le pays où les riches sont de plus en plus riches, ben oui, pendant que vous ramez, bande de losers, eux se tapent des barres.

La France, c’est le pays où règne le mépris général des dominants pour le bas peuple.

Pour l’écologie, j’ai vu ce qui nous attend avec notre ministre en carton, le dénommé Nicolas Hulot.

Car malgré une cuve défectueuse, l’ASN, prétendument soucieuse de notre sécurité, laisse EDF décider de mettre en route le bouzin de l’EPR de Flamanville. Et tant pis si.

Et ce qui nous attend dans l’éducation.

Et dans l’agriculture : vous ne voulez pas de pesticides, d’OGM, de viande sur pattes engraissée dans une usine : tant pis pour vous, vous en aurez quand même.

Vous voudriez vous syndiquer ?

Allez donc à la CFDT, pour qui affronter le patronat, c’est ringard. Un syndicat de jaunes. 

la même couleur que celle de « la république en marche ».

Vous voulez une banque « éthique », comme le Crédit coopératif  ?

Encore raté.

Vous voulez aller passer quelques jours au vert ?

Genre, au bon air, dans les Pyrénées ?

Ben non, ça va pas être possible.

J’ai lu ce qui vient sur la santé :

Médecine de riches, médecine de pauvres.

le prix de l’hôpital

J’ai lu aussi le tombereau de merde déversé sur François Ruffin, y compris par le « service public ».

Ruffin, le seul qui soit vraiment lucide, et qui a tout compris.

Parce que oui, mille fois oui, Si Ruffin est parvenu, à la surprise générale, à gagner la législative d’une circonscription pourtant difficile, c’est parce qu’il a assuré une présence de tous les instants avec les ouvriers en difficulté de sa région, à parler avec eux de leurs problèmes concrets et immédiats, et non d’idées aussi générales qu’une constituante ou la lutte contre la loi Travail.

Dernier détail et d’importance : cette communication ne doit pas se limiter à quelques semaines de campagne électorale. Elle s’opère au quotidien, sur la durée.

Et ça, nos amis insoumis (eux qu’on n’a vu s’agiter et prêcher la sainte parole qu’au moment de ces putains d’élections) l’ont-ils compris ? J’en doute. Pour eux, s’ils se sont ramassés, c’est la faute des autres, la faute à la météo, aux médias, aux cons, aux abstentionnistes, aux bobos, aux bourgeois …

Alors, naïfs que nous étions, on croyait que Macron était simplement un produit marketing promu par l’élite du capital financier et médiatique, que son but était l’ubérisation de l’économie, la destruction du code du travail avec toutes les autres conséquences de la « concurrence libre et non faussée ». Le copain de Tina.

Mais il n’y a pas que ça. On a échangé un fascisme saucisson-pinard contre un fascisme plus soft en apparence, en tous cas mieux accepté, faut dire qu’il est tellement meugnon, le Macron… Et Bibi, hein, Bibi, elle est pas craquante, Bibi ?

Car la nature de son projet politique va de pair avec ses « réformes économiques ». Ce que Macron appelle une « révolution », c’est celle qui se profile contre l’État social modèle 1945, et comme ces gens-là savent pertinemment que la pilule aura beaucoup de mal à passer, cela impliquait évidemment et en parallèle un durcissement de la politique autoritaire, sécuritaire, de la Ve République. Tout est dans le symbole : un défilé sur les Champs Élysées en bagnole militaire, une réunion du congrès à Versailles…

Par exemple :

– la mise en place d’une unité spéciale de (prétendue) « lutte contre le terrorisme » (en réalité, une « unité spéciale » pour mater les opposants plus facilement, manifestants et autres syndicalistes) placée directement sous le contrôle du big boss, et non plus sous la bannière de l’intérieur ou de la justice.

– l’intégration de l’état d’urgence à la loi ordinaire, et tant pis pour la sacro-sainte séparation des pouvoirs.

– des ordonnances pour détruire le droit du travail, résultat des luttes populaires depuis plus d’un siècle. Et tant pis pour le parlementarisme, cette vieille chose usée.

– la « convocation » du congrès pour déblatérer devant les parlementaires, et indiquer, sans débat, ce qu’a décidé le gouvernement… Souriez bêtement, et fermez le ban. Qui c’est le chef, hein ? Y’a plus qu’à supprimer le Parlement, qui comme le vote, n’est plus qu’un alibi. Et ça nous fera des économies.

Quant aux journalistes, hélas, les voilà tous ébaubis devant Jupiter et sa clique. Et ça ne les fait même plus rire.

Je me demande, moi, quand Emmanuel Macron sera débaptisé, quand il se décidera, car après tout, au point où on en est, foin d’hypocrisie… On a bien eu Sarkoléon 1er.

Du coup, le Manu, on pourrait l’appeler Napoléon IV.

Ou mieux, Emmanuel Badinguet…

 

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Written by Gavroche

9 juillet 2017 à 15 h 41 min

6 Réponses

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  1. Vachement en forme, tu es… Je vais aller faire des confitures, tiens (ou non).

    gemp

    9 juillet 2017 at 18 h 04 min

  2. Rien à retirer, rien à rajouter… Merci de ce coup de gueule bien argumenté grâce à tous ces liens. Ruffin président!

    Riccardo

    9 juillet 2017 at 18 h 38 min

  3. Bonjour Gavroche!

    Bravo pour votre pertinent billet.
    Je crois me souvenir que pendant les présidentielles vos flèches les plus acérées l’ont été envers Mélenchon.

    On aurait pu avoir les insoumis, qui sait?
    Maintenant il faut faire avec Macron et sa bande.

    jean-marie

    jean-marie Roos

    9 juillet 2017 at 20 h 33 min

    • Bonjour Jean-Marie,

      Mais on s’en fout, de Mélenchon. Je crois que si les insoumis ont raté leur pari, c’est aussi et surtout de leur responsabilité. Le billet du Yéti au sujet de Ruffin est particulièrement juste, à mon avis. Ruffin a réussi, pourquoi pas les autres ?

      Parce qu’on ne les a vus qu’au moment des élections. Une conscience politique, ça prend du temps à mettre en œuvre, c’est difficile. Et ce n’est sûrement pas en méprisant les autres que ça fera avancer les choses.

      A mon avis, il est plus que temps de réfléchir sérieusement à ce problème, au lieu d’accuser la terre entière : moi, les abstentionnistes, les médias, la météo, etc.

      Amicalement,

      Gavroche

      Gavroche

      9 juillet 2017 at 20 h 50 min

  4. C’est vrai que notre Président a des ressemblances avec Napoléon III, sauf que ce dernier avait une approche bien plus sociale que bien des socialistes. C’est lui qui autorise le droit de se syndiquer en supprimant la loi Le Chapelier héritée de la Révolution, c’est lui qui s’appuie sur le peuple, a recours au referendum, qui encourage les mutuelles, ce qui ne plait guère aux plus exploiteurs de la bourgeoisie qui se vengera cruellement après la Commune.
    Non ! Le Macron ne lui arrive pas à l’impériale. Il est plus proche de Thiers que de
    Napoléon le Petit, ce mal aimé de la République bourgeoisie et qui mérite d’être mieux connu.

    Max Angel

    10 juillet 2017 at 10 h 55 min

  5. Excellent! En revanche, je ne sais pas comment pouvoir copier/coller ton article pour le garder dans mes dossiers actu…
    Mais bon.
    Merci, en tout cas.

    Viviane Covos

    10 juillet 2017 at 14 h 20 min


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