LES VREGENS

C’est la rue !

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Oui, Mélenchon a une grande gueule. Pas assez même, des fois, à mon avis.

Certes, Mélenchon a un ego qui ne passe pas les portes. Mais finalement, pas plus que le petit Emmanuel Badinguet, qui se prend pour Jupiter, curieusement sans que les larbins qui officient dans les médias ne s’en émeuvent. Pas plus que le mètre et talons Sarkoléon, qui une fois élu nous a balancé à la gueule « vous m’avez élu, alors fermez-là », pas plus même que le normal Hollandréou, qui s’autocongratulait sur ses brillants résultats, alors même que sa cote de popularité se cassait la gueule dans les sondages. Pas plus que DSK, Balkany, La Pen et sa clique, et tous les autres.

Et le plus marrant, c’est que tous ces ardents « démocrates » trouvent tout à fait normal que leur chef gouverne par ordonnances, sans même passer par la case parlement, pourtant peuplé de godillots. Sans jamais demander leur avis aux principaux cons cernés, nous, le peuple.

Allons, allons, on ne va pas donner le droit de vote (ou mieux, le droit de l’ouvrir et de gouverner, vraiment) aux riens, aux inutiles, aux chimpanzés…

Alors, depuis deux jours, « la polémique » autour de la « petite phrase » de Mélenchon agite le landerneau politico-médiatique. Hier, en zappant sur les chaînes de télé (pas grand’chose à se mettre sous la dent un dimanche soir), ça piapiatait là-dessus à tout va. J’ai tenu dix minutes.

Et dans la presse (vendue aux milliardaires, il est utile de le rappeler) tous en causent, à tort et à travers, font de puissantes analyses (qui vont toutes dans le même sens) en se gardant bien de retranscrire cette phrase dans son contexte et dans sa totalité. Ils sont « choqués », « indignés » et causent ad nauseam de la « violence » de Mélenchon, en mettant soigneusement sous le tapis la violence des ordonnances, la violence de la répression des manifestants, la violence intrinsèque du libéralisme à l’encontre des riens, des pauvres, des feignants, des « pas augmentés », des inférieurs.

Petit florilège, qui montre ce que ces gens-là, les « honnêtes gens », pensent du peuple :

Nathalie Loizeau, ministre chargée des affaires européennes

 

Thierry Mandon ancien secrétaire d’Etat PS

 

Julien Aubert député LR Vaucluse

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin :

Jean-Claude Mailly FO

 

Alors, comme je suis bonne fille, cette petite phrase, là voilà :

« C’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a abattu les nazis, c’est la rue qui a protégé la République contre les généraux félons en 1962, c’est la rue qui a obtenu le droit de créer des sections syndicales, qui a obtenu la 4ème semaine de congés payés et 30 % d’augmentation du Smic en 1968, c’est la rue qui a fait reculer la loi Devaquet sur la sélection à l’université, c’est la rue qui a abattu le plan Juppé, c’est la rue qui a abattu en 98 l’accord multilatéral sur les investissements qu’on nous a ramené aujourd’hui par la fenêtre, c’est la rue qui a obtenu en 2006 le retrait du CPE, c’est la rue qui a obtenu le droit au logement opposable grâce à la mobilisation des associations, c’est la rue en 2008 qui a obtenu le retrait du plan Darcos sur la réforme des lycées, c’est la rue qui a obtenu, suite à la grève générale dans les Antilles la surcompensation de 200 euros sur les bas salaires, et ainsi de suite. C’est la rue toujours qui porte les aspirations du peuple français lorsqu’il ne peut les faire entendre autrement… »

Et Mélenchon en a même oublié quelques uns :

– c’est la rue qui a pris la Bastille

– c’est la rue qui est allée chercher le roi, la reine et le petit mitron à Versailles. La rue, ouais, ces femmes de pauvres, ces harpies, ces folles, avec leurs piques et leurs bâtons, avec leurs mioches dans les bras, face à la garde …

– c’est la rue qui a ramené Louis Capet depuis Varennes

– c’est la rue qui a été assassinée en 1793, par ceux qui aujourd’hui se gargarisent de « la Terreur », par ceux qui aujourd’hui veulent nous museler. Encore. Oui, ils ont la pétoche, et c’est tant mieux !

– c’est la rue qui était là, toujours, sur les barricades, en 1830 et en 1848 : souvenons nous des massacres de juillet. Et de Gavroche.

– c’est la rue qui a obtenu les congés payés, qui ne figuraient pas dans le programme du Front populaire : souvenons nous des grèves de 36, du pays paralysé, des premières vacances au soleil.

– pendant que les « élus du peuple » se couchaient, c’est la rue qui a pris le maquis, dès 1940 : souvenons nous de Guy Môcquet et de Georges Guingouin, de Yitzak Manouchian et de tous les « justes » anonymes.

– c’est sous la pression de la rue que la sécurité sociale est née, et avec elle, les avancées du Conseil national de la Résistance. Souvenons nous d’Ambroise Croizat.

– c’est dans la rue que les mineurs ont été massacrés par la troupe en 1948.

– c’est dans la rue qu’à éclaté l’insurrection menée par Toussaint Louverture, celle de l’indépendance de l’Algérie et de l’Indochine, celle des territoires d’outre mer avec Elie Domota…

– c’est la rue qui est à Notre Dame des Landes, à Sivens et à Bure, et partout dans le monde, où les droits des gens à une existence digne sont bafoués. Souvenons nous de Vital Michalon et de Rémi Fraisse.

– Les justes, ils sont dans la rue.

etc.

Et c’est dans la rue qu’est née la Commune : la seule, l’unique « révolution sociale », celle de l’égalité et de la fraternité entre tous les hommes. Celle qui a appliqué dans les faits la déclaration des droits de l’homme.

Écrasée dans le sang des Communards, cette Révolution-là reste à refaire.

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6 Réponses

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  1. Magnifique !

    JEAN CHERASSE

    25 septembre 2017 at 10 h 51 min

  2. Franchement, quelle ordure ce Mailly, il cherche quel poste en récompense de ses bons et loyaux sévices ?

    emmanuelesliard

    25 septembre 2017 at 11 h 23 min

  3. rien à rajouter à l’appréciation de Jean Chérasse …
    Le peuple, le capitalisme issu des fameuses « Lumières » et triomphant partout dans le monde – jusqu’en Chine, un comble ! – ça ne passe pas dans le cerveau des possédants … alors ils en ont fait le populisme.
    Toujours très forts ces gens-là, et leurs dévoués serviteurs diplômés de SciencesPo (t de chambre) pour remplacer un mot par un autre. Pour faire croire ainsi qu’on ne verra plus la réalité …
    La chanson dit que « non, la Commune n’est pas morte … » mais notre temps fait son possible pour l’effacer de la mémoire du peuple justement, en semant la confusion des idées (ils ont les relais médiatiques en nombre pour ça) et en faisant la « révision » de l’Histoire par des « historiens » de télé, aussi peu scrupuleux que rigoureux.
    De toute façon, la – réelle – culture de Mélenchon finit par gêner ses adversaires politiques qui en ont en général si peu ! Et pourtant, ils causent, ils causent, comme dirait Audiard …

    randal

    25 septembre 2017 at 17 h 56 min

  4. Toutafé.
    Tiens je le partage sur mon fessedebouc celui-là.

    Flo

    26 septembre 2017 at 10 h 56 min

  5. Ce qui les rend « dingues », parce qu’ils se montrent souvent « bêtes et méchants », – je parle des commentateurs politiques, c’est que J-L Mélenchon a la parole facile, le ton gaullien et hugolien à la fois, qu’il se fait plaisir à « dire », plaisir que je partage, car il s’agit du fondement même du débat démocratique, le logos.
    Maîtriser la parole, pratiquer l’art oratoire, et se mettre au service de ceux qui ont peu ou pas les moyens d’exprimer ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent, ce qu’ils aimeraient devenir…
    Effets de style ? Absolument ! Qu’on se souvienne de certains discours de Malraux. Les « chiens de garde » admiraient la forme et le fond. Aujourd’hui où le tweet est de rigueur, la forme les dépasse et le fond les enrage.
    Donc, l’énergumène vise juste et le poids de ses mots peut avoir la force des balles. C’est ce qu’ils craignent. Il faut donc ridiculiser, éructer, salir, vilipender, ostraciser ce « bateleur », ce vieux politicard de retour, ce « gourou », cet apprenti dictateur, ce franco-bolivarien, ce nouveau maître robespierriste, ce violent, on attend pour bientôt ce psychopathe. Ce qui prouve qu’il est bien le seul vrai opposant au fondé de pouvoir de la finance.
    Leurs injures, en réalité, ne s’adressent pas tant à l’ancien sénateur qu’au peuple des insoumis qu’ils méprisent et craignent depuis toujours. Classes travailleuses, classes dangereuses.

    Quant à la rue… elle possède ses jours de gloire, de sacrifice illustre, et ses jours de honte, de manipulation, de vilenie. Je me souviens toujours, dans « Le chagrin et la Pitié » de la foule parisienne acclamant une visite du Maréchal Pétain quelques semaines avant l’insurrection et l’accueil à De Gaulle. Certes, certains ne devaient pas être aux deux manifs. Mais d’autres… La foule est versatile. La grande manif de la droite gaullo-conservatrice de juin 68 met un terme au joli mois de mai où la rue était devenue une agora.

    Mais quand les représentants légaux, quand la justice et la police faillissent, il est du devoir des citoyens honnêtes de descendre dans la rue pour leur rappeler leurs devoirs.

    Max Angel

    26 septembre 2017 at 11 h 58 min

  6. Ceux qui dans leurs tweets assimilent nazisme, Terreur, Communisme, commettent une erreur historique bien plus grave que Mélenchon. Ils insinuent que l’humanisme inclu dans l’idée communiste est aussi voir plus détestable que l’idéologie raciste des nazis. Ce genre d’amalgame s’étale dans les musées de certains pays de l’Europe de l’Est, Hongrie, Pays Baltes, Pologne. En Lituanie ils considèrent comme héros de la nation les « patriotes » collabos des nazis et tueurs de juifs, parce qu’ils sont morts en combattant les communistes.
    Les arrangements avec l’histoire que l’on voit poindre un peu partout en Europe sont dangereux, cela nous prépare des lendemains difficiles.

    Robert Spire

    26 septembre 2017 at 19 h 50 min


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