LES VREGENS

Référendum, démocratie, populisme, complotisme …

with 3 comments

Suis-je complotiste ? Des fois, je me pose la question. C’est vrai, quoi, j’ai lu (et beaucoup apprécié) La stratégie du choc, de Naomi Klein. Et ça doit être un signe.

Dans mon Diplo d’octobre (ah, le bonheur de le parcourir, tranquillement assise à la table du p’tit déj, face à une tasse de café fumante …) j’ai lu le très bon article de Frédéric Lordon, intitulé avec tout l’humour qui caractérise le bonhomme, « Le complot des anti-complotistes »…

Quelques extraits :

Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter. Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications.

[…] Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples. D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées… Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité.

[…] les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir. Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante.

[…] Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège » — c’est en effet très différent.

[…]Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas Les décodeurs par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes. Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

A titre d’exemple concret de « disqualification » de la parole des simples gens, et par ailleurs, étant concernée par le Levothyrox (voir dans un de mes derniers billets), j’avais – entre autres – lu cet article  il y a quelques jours, et découvert ceci dans les commentaires :

D’après le ouèbe, M. Arié est médecin cardiologue, et il écrit notamment dans Marianne.

Pour lui, « les conflits d’intérêt des experts » ne sont que du pipi de chat, et donc (et pour beaucoup de ses collègues, j’imagine), que les patients s’interrogent, voire se révoltent, parce qu’ils souffrent, parce que ça les concerne et qu’il s’agit de leur santé, et qu’ils exigent des solutions (parce que les médicaments, oui, ils les payent, en direct ou à travers les cotisations de sécurité sociale, parce que les responsables, ils les ont élus, parce que « les progrès de la médecine » ne devraient pas profiter qu’aux mandarins et aux labos) ce n’est pas normal, ni démocratique, et leurs plaintes relèvent de la théorie du complot. Et point barre.

Et voici la réponse d’Hervé que je partage, évidemment :

Pourquoi les gens se posent des questions et tentent de trouver des réponses (qui ne sont pas forcément justes), tout simplement parce que de grands nombre de médecins racontent n’importe quoi, parce que les autorités sanitaires gèrent par dessus la jambe, et parce que les politiques ne pensent qu’à leur petite pomme.

Alors entendre des médecins venir nous raconter que le débat c’est nul, parce que les ’complotistes’ se lâchent est ahurissant.

[…]

En fait ce qui dérangent ces bons petits médecin soldats (wrinckler aurait adoré) c’est que les patients sortent du joug de la toute puissance du médecin, celui qui SAIT mieux que tout le monde (j’ai fais des études moi mooooonnnnnnsieur) et qui a oublié son humilité au vestiaire en enfilant sa blouse. Il est intéressant de remarquer que ce milieu médical est très représenté à l’assemblée ou ce paternalisme de bon aloi et d’entre soi est une marque de fabrique.

Il faut rappeler à ses médecins, tout de même, les scandales sanitaires et médicaux : ils étaient où ces braves médecins à la papa lorsque l’on prescrivait de coucher les bébé sur le ventre en en tuant 1000 de plus par an pendant _presque 15 ans_ ? Ils étaient où ces braves médecins à la papa lorsque l’hormone de croissance tuait à petit feu des enfants (pas de bol, les risques de la science hein ), ils étaient où ces braves médecins à la papa pendant que la dépakine handicapait des bébés, que le vioxx tuait, que le médiator aussi. Ils étaient ou lorsqu’on transfusait le sida à des hémophiles ou des gens qui avait besoin de sang ? Ils étaient ou ? tout simplement en train de prescrire tranquille mimile et en expliquant au patient que EUX savaient et qu’il fallait faire confiance plutôt que d’écouter les racontars d’ignares dans les livres et les magazines (ancêtres des réseaux sociaux).

[…]

Voila messieurs les médecins pourquoi les gens ne vous croient plus, voila messieurs les médecins (pas VOUS particuliers, mais cette caste que vous défendez bec et ongles) ce que vous avez fait. Comme quoi cet espèce de paternalisme du 19ème siècle crée plus de dommage qu’il ne fait du bien.

Et puisque Hervé en parle (je précise que je ne pense pas le connaître), je suis depuis des années une grande admiratrice de Martin Winckler, et j’ai lu quasiment tous ses livres, dont Les brutes en blanc, publié en 2016.

Sur son blog, et sur d’autres sur le même genre de sujet, on peut lire une infinité de témoignages sur la maltraitance de certains médecins, et de pas mal de pharmaciens, comme le mien, qui m’a déclaré que mes douleurs, que je pensais, béotienne que je suis, dues au « nouveau Levothyrox », étaient seulement « dans ma tête », et qu’il fallait que j’arrête de « lire toutes ces bêtises sur internet ». Ou que les statines à haute dose étaient parfaites pour mon homme opéré du cœur, malgré les effets secondaires, pourtant dénoncés un peu partout.

Voici la présentation du livre de Martin Winckler par l’éditeur :

On attend d’un médecin qu’il écoute, rassure, explique et s’efforce de « Guérir parfois. Soulager souvent. Consoler toujours ». On attend d’un médecin qu’il soigne.

En France, la réalité est autre : de la violence verbale aux jugements de valeurs, de la discrimination au refus de prescription, des épisiotomies arbitraires à la chimiothérapie imposée, bon nombre de médecins brutalisent les patients, à commencer par les femmes. Ces brutes en blanc trahissent la déontologie et enfreignent les lois.

Ce n’est pas un hasard : la caste hospitalière, profondément sexiste, ne se consacre pas aux soins, mais à ses luttes de pouvoir ; dans les facultés, la formation éthique et psychologique est absente, le savoir sous la coupe de mandarins aux valeurs archaïques et l’esprit scientifique parasité par les industriels. Comment s’étonner, alors, que tant de médecins se comportent en aristocrates hautains, et non en professionnels au service du public ?

Le temps est venu de dire non à cette maltraitance d’un autre âge.

La santé des citoyens vaut bien une révolte. Ou une révolution.

Extrait :

Alors quand, sur le pas de la porte, j’entendais un patient murmurer : « Merci, docteur, ça m’a fait beaucoup de bien de vous parler », je mesurais combien l’écoute soigne celui qui en a gros sur le cœur.

J’en ai déduit que, pour soigner sans nuire, il est important avant tout d’avoir le souci de l’autre et de ce qu’il éprouve. Que la confiance du patient naît du respect que le soignant lui témoigne, et non de l’autorité de l’un et de la déférence de l’autre. Et enfin, que celui ou celle qui souffre sait très bien qui lui fait du bien. Ce sont ces idées simples qui m’ont donné envie de devenir médecin.

Et voilà ce que M. Arié en dit, dans Marianne  :  Pour Martin Winckler, les médecins sont des brutes

Après 35 ans d’exercice médical, je mettrai tout de même deux bémols à ces critiques :

1 -les choses se sont nettement améliorées depuis quelques années ;

2- les patients adoptent de plus en plus, vis-à-vis de la médecine, une attitude consumériste : « Je veux tout, tout de suite, avant les autres, et gratuitement ! », « J’exige d’être examiné avant ceux qui ont pris rendez-vous », « J’exige un antibiotique, un scanner, etc. , même si vous n’en voyez pas l’intérêt ! », le tout ponctué par l’éternel argument-massue « Je paye assez de cotisations pour y avoir droit » ce qui n’est pas fait pour améliorer les relations médecin/patient.

En bref, tout ça, c’est la faute des patients, qui exigent qu’on les écoute et qu’on respecte leurs droits… Quel culot, quand même.

Indépendamment de ce problème de santé qui concerne des gens directement , il n’y a qu’a lire les réactions des journalistes bien en cour au sujet, tiens, par exemple du « référendum catalan ».

Jusqu’à maintenant, je n’avais pas vraiment d’avis sur la question, parce que je connais assez mal l’histoire de cette région.

Mais après avoir accepté, voire même applaudi l’indépendance (par exemple) de toutes les ex-républiques soviétiques, du Kossovo, la partition des pays de l’Est de l’Europe, etc… est-il vraiment normal d’interdire (et brutalement) une expression populaire directe ? Est-ce « démocratique » ?

D’autant que. En lisant Wikipedia, à l’article Catalogne, on découvre que : si la Catalogne est bien une « communauté autonome » depuis 1979 (après la mort de Franco), ce n’est qu’en juillet 2010, après quatre ans de tergiversation, que le tribunal constitutionnel espagnol a retoqué l’Estatut catalan, pourtant adopté par référendum en juin 2006, après consensus entre les socialistes et la coalition de centre droit. Cette décision de refus a d’ailleurs entraîné une manifestation rassemblant plus d’un million de personnes le lendemain, composée de la quasi-totalité des syndicats ouvriers et des partis politiques à l’exception de la droite.

Et à de multiples reprises depuis, l’Etat espagnol a tout fait pour empêcher ce référendum.

Demandez-vous pourquoi chez nous, il n’y a plus de référendum depuis 2005 ? Donner vraiment la parole au peuple, mais vous rêvez, mon bon !

Comme l’a dit le chef, « la démocratie, ce n’est pas la rue ». Ben oui, effectivement, on le voit très bien sur ces images. Même si sur France Info et sur quasiment tous les sites français, Le Monde, etc, elles ont été soigneusement expurgées …  Apparemment, ils n’hésiteront devant rien pour que les gens « marchent droit »:

La police franquiste n’est visiblement pas morte… Ni en Espagne, ni sans doute ailleurs.

Du coup, après avoir vu ces images, je me dis que finalement,  je suis pour, totalement pour, l’indépendance de la Catalogne, et que dans l’esprit (chagrin) de beaucoup, que ce soit à propos du Levothyrox ou sur beaucoup d’autres sujets, ben je dois être moi-même un chouïa complotiste…

Publicités

3 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. j’aime ton cheminement argumentatif aboutissant à une conclusion logique, même si pas unique. et je dois dire que je suis le même. j’y mets pas forcément les mêmes faits, les mêmes données, mais j’aboutis aussi au même résultat. partagé sur fesse de bouc.

    zozefine

    2 octobre 2017 at 9 h 37 min

  2. Merki,je rougis de fierté

    hervé

    herve_02

    2 octobre 2017 at 15 h 08 min

  3. Quoi qu’on pense, on ne peut que constater partout un déni de démocratie. Quand le peuple vote mal, comme cela s’est vu avec le projet de Constitution européenne, on renonce à le faire voter ou bien à le faire re-voter jusqu’à l’obtention du « bon vote. » Ce déni de démocratie vaut sur le plan national et européen, la crise grecque a crée un précédent dont la Catalogne risque de faire les frais.

    Robert Spire

    3 octobre 2017 at 14 h 02 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :