LES VREGENS

Où atterrir ?

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D’aucuns me reprochent quelquefois le ton de mes billets ici. Il faut bien le dire, souvent ni très marrants, ni très optimistes sur l’avenir du monde, de la planète, et par extension, de l’humanité.

Alors, j’ai lu ce matin le dernier billet de Fabrice Nicolino sur son blog, et je constate qu’il pense comme moi. Comme moi, c’est la « tempête sous un crâne », et depuis un bon moment.

L’heure est grave, nous dit-il, et comme pour le reste, nos « représentants » (et leurs larbins dans la presse avec) s’en tamponnent grave.

Extrait :

Ainsi que vous le savez, nous vivons une Apocalypse des insectes. Une étude de grande qualité (ici) indique que 76 % de la biomasse des insectes volants auraient disparu en 27 années. Ce travail a été mené en Allemagne, et douteuse cerise sur le gâteau, dans des zones protégées comme les réserves. Notez : depuis 1989. Il est possible, sinon probable, que le pourcentage de biomasse disparue pourrait être, en prenant comme date de comparaison 1960 par exemple, de 90 % ou plus. J’ai donc bien le droit de parler d’une Apocalypse. Au reste, elle touche à des degrés divers, mais toujours à des hauteurs vertigineuses, les oiseaux ou les batraciens.

L’espèce humaine n’a jamais connu pareille menace. En plus de deux millions d’années, si l’on part d’Homo Habilis, les hominiens auront affronté famines, incendies géants, guerres meurtrières, épidémies et malheurs en tout genre, mais jamais ce risque inouï d’un effondrement des formes de vie qui soutiennent l’édifice général. J’ajoute, mais le faut-il réellement ici ? que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a encore battu ses précédents records en 2016 (ici). On n’a pas vu cela depuis au moins trois millions d’années, et à cette époque, peu importait au fond que la mer – et ce fut le cas – soit 10 à 20 mètres au-dessus de son niveau de 2017. Il n’y avait pas de mégapoles, susceptibles d’être submergées. Il n’y avait pas des milliards d’humains regroupés au bord des côtes.

Il n’y a rien de récupérable – immédiatement en tout cas – des billevesées du discours politique ambiant.

Dans Où atterrir ? (La Découverte), Bruno Latour exprime avec sagesse ce que beaucoup pressentent : une partie des classes dominantes, croissante, entendent désormais faire chemin seules,  reléguant aux marges – en attendant pire ? –  ceux dont elle n’a plus besoin, et qui sont désormais trop nombreux pour elles.

La première chose à faire c’est de rompre mentalement avec ce monde et ses dérisoires représentations. Il ne faut plus écouter le bruit des anciennes structures, ne plus regarder béatement les innombrables écrans, car ils nous entraînent dans le vide des extrêmes profondeurs. Il nous faut devenir des refuzniks complets, des refusants intégraux, des dissidents absolus. Quand ? Demain, aujourd’hui, tout de suite, à la seconde, au plus vite

On pourra toujours dire que j’exagère, après ça…

Effectivement, la réalité « sur le terrain », le mien, ici, c’est ça :

– il y a de moins en moins d’insectes, plus du tout d’abeilles, moins de guêpes et de frelons, moins de moustiques (et des pare- brises propres), plus de scarabées …

– du coup, il y n’y a plus de hérissons, plus de grenouilles ni de crapauds, ou si peu, encore moins de salamandres.

– plus de serpents

– plus d’oiseaux : les moineaux ont disparu des villes, oui, nos bons vieux piafs, ici, les sittelles torchepot ont disparu, les chardonnerets se font rares, comme les verdiers.

Des inutiles, les oiseaux ?

Depuis que je nourris les oiseaux en hiver, les chenilles processionnaires ont disparu des pins environnants : car les mésanges en sont friandes…

Alors, je ne parle même pas de la disparition d’autres espèces, partout dans le monde. De la mort des océans, de la pollution, du réchauffement.

Et pendant ce temps, les ploucs du coin élèvent de la viande sur pattes pour leur « sport » favori, et/ou dézinguent peu à peu ce qui reste de vie sauvage : plus de lapins, de lièvres, de renards, de blaireaux, et encore moins de belettes ou de genettes. Plus d’ours, de loups, de chevreuils et de biches, plus de mouflons et de chamois.

Quand la terre sera pétrifiée, quand tout sera mort, dézingué, écrasé, ils seront contents : sans doute s’attaqueront-ils à leur voisin, pour ne pas laisser leur pétoire rouiller dans le placard. On nous rejouera The Walking Dead en vrai.

Et pendant ce temps, nos « représentants », de droite comme « de gauche », et même « écologistes » (rires), tous veulent « relancer la croâssance » (celle des portefeuilles des plus riches, n’ayons pas de doute là-dessus).

Tout ce beau monde blablate des plombes pour savoir s’il convient vraiment (vraiment, vous êtes sûr ?) d’arrêter le glyphosate, les nicotinoïdes, et autres saloperies, si on doit discuter sur le diesel oui ou non, et crient victoire après la « Cop 21 », ce cirque médiatique sans aucun intérêt sauf pour les gogos.

Et oui, mille fois oui, ce que raconte Bruno Latour dans son livre Où atterrir, est parfaitement vrai :

L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.

Le premier chapitre de son livre est à lire ici.

Vous me direz, et Dieu, dans tout ça… ?

A mon avis, ce n’est pas un hasard si les nationalismes et les religions font un grand retour en force : devant le spectacle désolant d’un monde en train de s’effondrer, l’humanité cherche des réponses, et sûrement aussi une espèce de réconfort. Le troupeau se rassemble pour se protéger des agressions du monde extérieur, et de l’apocalypse, qui finalement, arrive.

Du coup, ça m’a rappelé deux de mes récents billets sur les nouveaux esclaves

et sur la solution finale à la crise.

Comme qui dirait que les « migrants » et nous, c’est exactement la même chose : nous ne servons plus à rien, et si nous disparaissons, nous autres, ce n’est pas très grave, ça fera de la place pour les winners.

Et finalement, les prétendus « lapsus » du dénommé Macron n’en sont pas : pour lui et sa clique, nous sommes effectivement des riens, des inutiles, des losers, des incultes, des feignants, on ne sert qu’à foutre le bordel, on n’a pas de costards, on est les derniers de corvée, sans compter la dernière en date, « je ne suis pas le père Noël ». Ben oui, en plus de tous ça, crétins que nous sommes, certains d’entre nous y croyaient encore …

Même si, perso, j’ai d’autres références :

Bref, qu’on vienne d’ailleurs, ou qu’on soit d’ici, on est juste « de l’esclave ».

Évidemment, comme ils s’attendent quand même à une réaction, un frémissement, un début de révolte, enfin quelque chose, de notre part, et pas seulement en Chine ou en Russie, mais aussi partout dans nos « démocraties », la censure se met en place : google et fesse de bouc veillent à ce que les « rézosocios » ne véhiculent plus que la « bonne parole ». Et ce n’est même plus secret, ça se passe sur la place publique ou presque : il faut faire taire les sources de rébellion.

La censure, et la répression, bien sûr. Le budget militaire et policier est bien le seul à ne pas être « en crise », et partout dans le monde : il convient de soigner ceux qui défendent aujourd’hui et défendront demain « les gens bien », ceux qui comptent vraiment.

Alors, au lieu de « partager » (mais quel horrible mot, hein) on préfère aller droit dans le mur, et compter sur « la technologie » pour aller détruire d’autres planètes. Stephen Hawking l’a déclaré récemment, dans 100 ans, l’humanité aura disparu à moins qu’elle trouve un endroit … où atterrir.

Et on finira comme dans Elysium. Ou Terminator. Il y aura ceux pourront se payer le voyage, et les autres.

Ce n’est plus de la science-fiction.

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5 Réponses

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  1. je partage ton pessimisme. mais on se rappelle (et c’est probablement la cause de notre colère et de notre désespoir) qu’on est d’une génération qui a connu les aubes assourdissantes de chants d’oiseaux, les vols de sauterelles, les nuits ponctuées par les crapauds accoucheurs, ou enchantées par des rondes de renards… et je me rappelle ma grand-mère, née au début du XXème, me décrivant des ambiances, des choses qui avaient disparu 50 ans plus tard : je ne pouvais en avoir aucun regret, aucune nostalgie, je pouvais juste en juger la disparition inquiétante : donc je ne pouvais voir ces événements que rationnellement. et moi, c’est ça qui me fait le plus peur quant à notre capacité (à nous, l’humanité) de réagir pour arrêter tout ça avant de devoir changer de planète : il faudrait faire appel à la raison des générations qui nous suivent. or demander « raisonnablement » à ceux qui nous suivent d’arrêter de faire des mômes, de voyager, de consommer des tomates en hiver, de prendre un bain par jour, de balancer de l’insecticide contre les moustiques tigres et autres, de rouler en 4X4, de consommer de l’électronique, etc., j’en passe, la liste est excessivement longue de ce qu’il faudrait non seulement pour freiner devant le mur, mais faire le demi-tour de dé-croissance, bref, demander tout cela par la raison, j’ai comme un très très très mauvais pressentiment. nous on peut, parce que nous sommes hantées par ce que nous avons connu et qui disparaît irrésistiblement et pour toujours. les gamins qui n’ont pour image de poisson que le bâtonnet findus, comment leur dire la beauté, la liberté, l’aisance du requin ou de la sole ? et puis dans 50 ans, ils auront les zoos, les jardins botaniques, les vidéos sur internet et les fichiers son pour écouter le chant des rossignols ou le pépiement des moineaux. si vraiment ils sont curieux. sinon, ils auront les défis de leur temps, et l’incroyable, l’incommensurable et répugnant nombrilisme de l’homme, de l’humanité, comme philosophie et horizon.

    zozefine

    3 novembre 2017 at 9 h 43 min

  2. La lucidité a ceci d’agaçant c’est qu’elle oublie l’optimisme.
    Savoir devrait « normalement » entraîner « espoir ». Donc changement de comportement. Les générations nouvelles vont devoir se coltiner avec l’épuisement des « soutes » du satellite Terre, la disparition des espèces et finalement celle de l’homo sapiens qui se croit sapiens, sapiens, rien que cela.
    En réalité, c’est la croissance infinie dans un monde fini, le libre échange, le fric pour le fric et la mentalité « Après nous le déluge » qui font aller l’humanité dans le néant d’où il est sorti.
    A moins que…
    L’anthropocène comme son nom l’indique est cette nouvelle ère où l’histoire de la Terre se trouve perturbée par les activités humaines conséquences de la prolifération de cette espèce animale. Ce que les hommes ont fait, ils peuvent aussi le défaire. Ou du moins imaginer des comportements différents, des substitutions d’actions fatales, des remises en question de leurs habitudes. Encore faut-il qu’ils le veuillent et se donnent les moyens de remettre en question le totalitarisme économique de la finance mondialisée.

    Max Angel

    3 novembre 2017 at 9 h 52 min

  3. merci Gavroche, totalement en phase.

    alainbu

    3 novembre 2017 at 11 h 14 min

  4. La fin du monde est un idée vieille comme … le monde !

    emmanuelesliard

    3 novembre 2017 at 11 h 40 min

  5. Paradoxalement, on aurait peut-être alors intérêt à suivre les philosophes qui prennent la science-fiction comme « compas de navigation », puisque la SF semble en un sens déjà avoir prévu tout cela. Cf. « Science-fiction, spéculations écologiques et éthique du futur », Revue française d’éthique appliquée, 2016/2 (N° 2). URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-d-ethique-appliquee-2016-2-page-74.htm

    Camille

    6 novembre 2017 at 16 h 48 min


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