LES VREGENS

Seul sous la pluie

with 6 comments

17 novembre 1973.

Il y a quarante-quatre ans, les étudiants de l’école polytechnique d’Athènes, et beaucoup de grecs avec eux, se révoltent contre la dictature des colonels mise en place après le coup d’état militaire du 21 avril 1967 (avec l’appui des amerlocains, évidemment). Pendant cette période, toute expression politique est interdite, les hommes politiques sont arrêtés et emprisonnés. La population grecque, terrorisée, ne réagit pas.

Sur wikipédia, on peut lire :

Le régime des colonels favorisa le développement de la télévision qui entreprit de diffuser et rediffuser les grandes comédies du cinéma populaire des deux décennies précédentes. L’idée était de garder la population grecque chez elle et d’éviter qu’elle se réunisse pour parler, aussi bien dans les salles de cinéma que dans les files d’attente…

Une vieille recette, toujours d’actualité, partout.

A la suite de cette révolte populaire, l’armée envoie les chars contre l’université. Il y aura officiellement 34 morts, mais dans la réalité, sans doute beaucoup plus. Des centaines de blessés se cachent pour éviter d’être arrêtés. Des milliers de personnes seront torturées par la police militaire.

Alors que plusieurs milliers de personnes avaient commémoré ce souvenir le 17 novembre 2013 au centre d’Athènes, cette année, c’est un vieil homme de 95 ans, toujours debout, qui est allé se recueillir devant l’université, il y a trois jours : 

Il s’appelle Manolis Glezos

Seul, sous la pluie.

Aujourd’hui, les grecs ont chassé la dictature militaire. Ils en subissent pourtant une autre, propre sur elle, en costume et sans visage … ou presque…

 

Dans le dernier livre de mes amis de Tarnac, Maintenant, il y a écrit ça, page 45 :

Contre la possibilité du communisme, contre toute possibilité de bonheur, se dresse une hydre à deux têtes. Sur la scène publique, elles affectent d’être chacune l’ennemie jurée de l’autre. D’un côté, il y a le programme de restauration fascisante de l’unité, de l’autre, il y a la puissance mondiale des marchands d’infrastructure – Google autant que Vinci, Amazon que Veolia, etc. Ceux qui croient que c’est ou bien l’une ou bien l’autre auront les deux. Car les grands bâtisseurs d’nfrastructure ont les moyens de ce dont les fascistes n’ont que le discours folklorique.

Plus loin :

Contre cela, il y a à sortir de chez soi, aller à la rencontre, prendre la route, travailler à la liaison conflictuelle, prudente ou heureuse, entre les bouts du monde. Il y a à s’organiser. S’organiser véritablement n’a jamais été autre chose que s’aimer.

Et puis, en exergue, sur la couverture, on peut lire ça :

Ne plus attendre.

Ne plus espérer.

Ne plus se laisser distraire, désarçonner.

Faire effraction.

Renvoyer le mensonge dans les cordes.

Croire à ce que nous sentons.

Agir en conséquence.

Forcer la porte du présent.

Essayer. Rater. Essayer encore. Rater mieux.

S’acharner. Attaquer. Bâtir.

Vaincre peut-être.

En tous cas, surmonter.

Aller son chemin.

Vivre, donc.

Maintenant.

Enfin, ma Sylvie, ma frangine grecque, elle qui vit dans un pays ou les MacronPen règnent en maîtres, m’a envoyé ça, que j’avais envie de partager avec vous, parce que ça fait du bien :

Written by Gavroche

20 novembre 2017 à 6 h 57 min

6 Réponses

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  1. MERCI pour ce rappel de mémoire et ce devoir de LUTTES,
    « hasta la Victoria si emparé !… »
    hermine 75

    hermine

    20 novembre 2017 at 8 h 40 min

  2. MERCI pour ce rappel de mémoire et ce devoir de LUTTES,
    « hasta la Victoria siempré !… »
    hermine 75

    hermine

    20 novembre 2017 at 8 h 43 min

  3. salut ma soeurette, ma pote

    pour la petite vidéo : « se tenir debout » , léonidas balafas, ghiorgos nikiforou (nikiforou, si je me trompe pas, littéralement : « qui apporte la victoire » 😉 ) cette vidéo très fâchée, très couillue, très tonique, et qui donne envie, ben oui, de se tenir debout, est crétoise.

    pour la grèce : je pense que la potion amère, mortelle, qu’on nous fait avaler depuis 8 ans n’est pas « personnalisable ». macron faux nez de lepen traduit en grèce, oui dans la mesure où le capitalisme débridé et mondial (et son fer de lance, son cheval de troie, l’UE) qu’on nous vend, dont on nous gave (comme les oies), ce « progrès », cette « croissance », avec le lot d’iniquités et de sociocides qu’il implique, parce qu’il a besoin pour se nourrir de ce 1% qui a tout et qui pense naturel que 99% n’aient rien (et il se nourrit de chairs, de larmes, de souffrances, d’abandons, de désespoirs, de haines, de révoltes vaines des 99% mais aussi de cet hybris du 1% de la possession, du fric, du pouvoir, de l’ivresse d’ « en être » quand les autres « ne sont rien » et d’en jouir), n’est jamais que le triomphe, parce qu’il faut bien se dire que, pour l’instant, c’est un triomphe, des dominants, quel que soit le nom dont on les affuble, ou qu’ils se donnent eux-mêmes.

    dans ce rapport de force merdique dans lequel on vit maintenant, et tout particulièrement en grèce, pour l’instant, c’est KO pour le peuple.

    alors GLEZOS tout seul sous la pluie, c’est à la fois le symbole de la faiblesse (d’un homme solitaire très âgé sous la pluie levant le poing) mais aussi l’espoir, parce que tant qu’il y en a un pas dompté, pas prudent, pas pusillanime, qui continue à dire OXI (NON) de toutes ses forces, avec entêtement, alors on peut peut-être espérer que le vent tourne pour prendre le large, glezos nous montre obstinément, depuis des décennies, la direction.

    sylvie zozefine

    zozefine

    20 novembre 2017 at 8 h 59 min

    • 💞 Sylvie sœurette 🌸
      merci pour ta réponse pertinente éclairée édifiante didactique et pleine d’analyses passées présentes et futures..
      et je profite de ces quelques lignes à tous pour vous préciser que tous les jeudis de 19H à 20H il y a une manifestation place de la République à Paris contre la peine de mort en Arabie Saoudite ☮️

      hermine

      22 novembre 2017 at 0 h 00 min

  4. Manolis Glezos
    pas un vieil homme
    un homme, simplement.

    un exemple

    randal

    20 novembre 2017 at 10 h 47 min

  5. 30 mars 2020, en pleine pandémie : le vieux lion est mort à 98 ans aujourd’hui. et j’ai eu du plaisir à relire ton article, merci encore gavroche !!!
    quand je pense que c’est cette génération là (et éventuellement celle d’avant) qu’on laisse mourir faute de lits de réanimation (mais Glezos est pas mort, en théorie, du covid19)

    zozefine

    30 mars 2020 at 14 h 08 min


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