LES VREGENS

Collabos et milices

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Le 20 décembre dernier, dans la Maison de la chasse et de la nature (rires) d’Agnetz dans l’Oise, la gendarmerie expliquait leur fonction aux chasseurs du dispositif dit « chasseurs vigilants ».  Quelques mois auparavant, ce dispositif a fait l’objet d’une convention de partenariat signée entre le préfet de l’Oise, le  colonel de gendarmerie du coin, et le ci-devant Guy Harlé d’Ophove, président de la fédération départementale des chasseurs de ce même département. Il s’agirait d’un « échange d’informations » entre les gendarmes et les chasseurs, censés lutter contre l’insécurité et la délinquance. Le bouzin est d’ailleurs financé par … l’État ? Perdu. Par les chasseurs eux-mêmes…

Si ce n’était pas assez terrible d’imaginer être « protégés » par les chasseurs, il y aurait de quoi rire :

Extraits des interviews des uns et des autres :

– gendarmes  : « Souvent, les gendarmes sont aussi chasseurs et ils connaissent bien ce milieu ».

– chasseurs : « Nul doute que la convention « chasseurs vigilants » ne doit pas plaire à tout le monde, en effet cette dernière réaffirme et conforte plus que jamais la présence des chasseurs dans les territoires ruraux. »

– Guy Harlé d’Ophove : les chasseurs « font preuve d’un sang-froid sans faille, même si les éco-terroristes existent ». « On est souvent pris à parti, mais on a toujours gardé notre sang-froid » … « Et si ces gens ne sont pas contents, qu’ils restent dans les villes. »

Mais ôtez-moi d’un doute, qui est Guy Harlé d’Ophove, le président des chasseurs de l’Oise ?

En 2010, il avait remis la Médaille d’Or de la Fédération des chasseurs de l’Oise à Monique de Rothschild, la mère du gars qui a dézingué récemment un cerf réfugié dans une propriété privée, et qui avait été abattu « sous couverture de la gendarmerie ».

Ce type n’aime pas l’écologie (qui comme chacun sait, commence à bien faire), il avait bavé contre les « Khmers verts », les « extrémistes à la limite du terrorisme » et autres « chiens de la bien pensance et du bien-être animal ».

Et lui aussi se prend pour le premier de cordée : « notre liberté de penser et de vivre selon nos traditions en considérant que l’homme est et doit toujours être le sommet de la pyramide des espèces. »

L’homme, peut-être, mais le chasseur ?

Le plus marrant, c’est qu’il est aussi conseiller régional depuis des années (FN d’abord, puis « Les républicains », comme quoi, n’importe qui peut s’intituler républicain, tout en étant nostalgique du bon vieux temps) et … président de la Commission Environnement du Conseil régional des Hauts-de-France. Si si.

Mais il n’est pas le seul :

– il y aussi le 1er vice-président de cette Commission Environnement, un dénommé Jean-Michel Taccoen qui est aussi vice-président des chasseurs du Pas-de-Calais dont le boss est… Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs.
– Yves Butel, président des chasseurs de la Somme, député européen de 1999 à 2004 sous l’étiquette CPNT.
– Jean-Marc Dujardin, ancien président des chasseurs du Nord jusqu’en juillet 2016,
– Paul-Henry Hansen-Cata (FN), ancien président des chasseurs de l’Aisne.

Ou quand les chasseurs s’occupent « d’environnement… » et sont tous « présidents »… et bien à droite.

Et tiens, juste pour rire (oui, je sais, on avait dit « pas le physique », mais quand même, hein), des portraits « représentatifs » de la racaille des talus  (qui n’a pas bu que de l’eau, ni mangé « cinq fruits et légumes par jour) :

Willy Schraen, le boss de la FNC

Et Guy Harlé Machin

Ces gens-là veulent être les seuls maîtres à bord : Guy Harlé d’Ophove a réclamé la baisse des subventions régionales aux associations de défense l’environnement.

Il avait annoncé, en avril 2016, lors de l’AG annuelle de la Fédération des chasseurs de l’Oise, sa décision de sucrer les subventions des associations qui ne courbent pas l’échine devant les chasseurs : « Je puis vous assurer que tout cela va changer, et que plus jamais nous ne subventionnerons des associations qui veulent la disparition de la chasse et des chasseurs ». Tout en octroyant une subvention de 20 000 € à la FDC de l’Oise.

Le mélange des genres, ça s’appelle, ou « c’est bien d’être dans la place pour distribuer l’argent public aux copains ».

Et ça s’est concrétisé au début de l’année dernière : les Hauts-de-France ont baissé les subventions de 35 % pour les associations environnementales comme la Ligue de protection des oiseaux.

Guy Harlé d’Ophove, en dehors de  sa rémunération de conseiller régional (payé avec notre pognon, quoi) possède aussi le domaine de 100 hectares des « étangs de l’Abbaye » acheté par sa famille, un centre de « pêche sportive (enregistré sous le nom d’European Carp Angling Center et c’est son fiston Sébastien qui en est le gérant (on reste en famille). Il est aussi dirigeant d’une agence de pub, Marketing Publicité 2000, qui a entre autres pour clients … les chasseurs.

On est contents : il n’y a plus de problèmes d’effectifs désormais chez les flics de l’Oise. Et le Guitou a eu la légion d’honneur. Chevalier Guitou, il s’appelle.

Moralité : ils ne sont pas tous morts en 1789. La féodalité est de retour.

Auschwitz commence partout où quelqu’un regarde un abattoir et pense: ce sont seulement des animaux.

T. Adorno

L’autre jour, un ami se posait la question (et il me la posait aussi, par contrecoup) qu’aurions nous fait, en 1940, pour survivre ? Nous serions nous révoltés ou aurions nous accepté ? Aurions nous eu le choix ?

Ça m’a rappelé la série Un village français. Qui montre d’un côté une poignée de vrais salopards, de vrais collabos (qui d’ailleurs, s’en sortent très bien après dans leur grande majorité), quelques résistants sincères de la première heure (communistes ou non, puis gaullistes) et une grande majorité de gens qui n’étaient ni noirs ni blancs. Ils étaient gris. Acceptaient des compromis ou des compromissions, faisaient ce qu’ils pouvaient pour survivre. En essayant de faire du mieux qu’ils pouvaient. Ou le « moins pire »…

Ça m’a rappelé aussi une vieille chanson de Goldman :

Une question finalement sacrément actuelle.

Pouvons-nous, sommes-nous encore capables de « choisir un camp », et si oui, lequel ? Quand il s’agit de survie, la révolte est-elle encore possible ?

 

Perso, idéalement, j’ai choisi dans le passé, et je choisirais toujours « le camp » de l’opprimé, quel qu’il soit. A une époque, je militais activement pour toutes sortes de « causes » qui me motivaient : le syndicalisme, la politique, l’écologie, la défense des sans papiers, celle des animaux.

Mais aujourd’hui, à part les mots, quelques billets ici, la signature de quelques pétitions… Je m’indigne. Mais c’est tout.

Et quand je lis les commentaires des articles de la presse poubelle (ah, France Info, aka la Pravda) je me dis que la « collaboration » est de retour, peu ou prou. Et même la mienne.

Il y a eu les policiers municipaux et maintenant des vigiles des sociétés privées, désormais armés. Ce qui est bel et bien « en marche », c’est la politique sécuritaire (la France a peur). En quelques mois, on a eu l’état d’urgence dans le droit commun, on a continué avec la chasse aux migrants (cocorico, a dit le gars Collomb, 14000 bougnoules en moins) on va avoir l’armée l’armée pour déloger la ZAD de Notre-Dame-des-Landes… (bon, la FNSEA et ses sbires avaient déjà « aidé » à Sivens). Il y a quelques années, on avait eu les « voisins vigilants », aujourd’hui, au fait encore mieux (Sarkozy : Macron c’est moi, en mieux), ce sont les bas du front en treillis qui vont faire la loi dans nos campagnes…

Du coup, il y a le grand troupeau des collabos, muets, tétanisés, résignés, il ne nous manquait plus que les milices. Eh bien, voilà qui est fait.

Il y a quand même quelques petites lueurs d’humanité, pourtant, qui prouvent que quelques uns résistent encore :

Didier Epsztajn et Patrick Silberstein : Nous, melons, bamboulas, ritals, espingouins, portos, niakoués, polaks, youpins, romanos, métèques…

Nous sommes les filles et les fils de ce que Louis-Ferdinand Céline désignait comme « ce grand ramassis de miteux, de chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde ».

Nos parent-e-s et nos grands-parent-e-s ont figuré sur l’affiche rouge un jour de 1944 ou ont été jetés dans la Seine un jour de 1961. Nous sommes les enfants de celles et ceux que les Papon ont arrêté-e-s, déporté-e-s, raflé-e-s, ratonné-e-s, interné-e-s aux Milles, à Argelès ou à Drancy.

Ici, un jour, nos grands-parent-e-s et nos parent-e-s ont choisi de construire leur avenir et le nôtre. Il n’y a nulle usine, nul chantier ou atelier qui ne soit empreint de leur sueur et de leur sang. Il n’y a nul combat social ou politique auquel elles et ils n’ont été mêlé-e-s. Mais l’avenir auquel elles et ils pensaient n’avait rien à voir avec l’apartheid urbain, la chasse au faciès et à l’enfant.

Ce dont elles et ils rêvaient, c’était de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ce dont nous avons besoin, nous qui avons un nom à coucher dehors avec un billet de logement, nous habitant-e-s de ce pays, nous, melons, bamboulas, ritals, espingouins, portos, niakoués, polaks, youpins, romanos, métèques et autres racailles, c’est d’un grand ministère de la citoyenneté et de l’égalité.

Nous avons besoin, de mesures concrètes et précises pour combattre les assignations identitaires, les discriminations, les ségrégations, les rejets. Nous n’avons besoin, en revanche, ni de mots creux sur la République, ni de commisération, ni bien sûr d’évacuation musclée, de contrôle au faciès, de violences policières.

Nous voulons l’égalité et la justice, ici et maintenant, tout de suite, pour toutes et tous.

Didier Epsztajn et Patrick Silberstein

Et d’humour :


Et de courage. Ils sabotent une chasse à courre avec des croquettes…

Bonne année. Quand même.

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Written by Gavroche

11 janvier 2018 à 16 h 09 min

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