LES VREGENS

Le rapport dont vous n’avez pas entendu parler : le rapport Degest

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L’aut’ soir, je regardais (d’un derrière distrait, comme disait l’autre) le jité de la 2, présenté par l’inoxydable Delahousse (l’espèce de gendre idéal, mais à la langue chargée, surtout quand il interviouve un ministre).

Sujet, œuf corse, sur « ces salopards de cheminots » (haha) qui font rien qu’à prendre les « bons français » (qui se lèvent tôt et vont bosser, eux) en otages.Y’a plus qu’à les condamner à perpète, du coup.

Avec justement un « sondage » indiquant que la majorité des « bons français » en avaient un peu ras le bol de « ces salopards de cheminots », qui les retiennent en otages (oui, je sais, j’l’ai déjà dit, mais c’est du comique de répétition, et c’est comme ça).

Relire l’article d’Acrimed à ce sujet :  Réforme de la SNCF, la valse des sondages

Et puis, « reportage » devant Matignon, celui-ci consistant en l’interviouve d’un pingouin-journaliste-cravaté devant la porte d’Edouaaaaaard Philippe (ça vous viendrait, vous, d’appeler votre gamin Edouard?) :  y paraîtrait que « le gouvernement ne cédera pas », qu’il « reste ferme sur ses positions » et tout ça. Mais « en même temps » (© Macron) y paraîtrait aussi que c’est « ces salopards de cheminots » qui veulent pas « négocier » ? … J’ai pas vraiment compris leur logique, aux porte-paroles du gouvernement, euh, pardon, « aux journalistes » (beurk, beurk)

Reportage suivant, ces « salopards de cheminots » qui en plus de prendre les « bons français » en otages, « bloquent » un péage d’autoroute pour « remporter la bataille de l’opinion » en distribuant des tracts et en essayant de discuter avec les gens. Les bagnoles passent quand même, mais ça fait rien, y parait que c’est quand même un « blocage ». Au passage, chapeau pour « ces salopards de cheminots », qui ont quand même du courage pour affronter « l’opinion » (cf. mon dernier billet), par exemple, une rombière au volant de son SUV, laquelle déclarait sans rire « moi, j’emmerde personne et moi aussi je travaille la nuit »…

Et sinon, toujours sur les cheminots (ces salopards) vous avez sans doute entendu parler du rapport du dénommé Jean-Cyril Spinetta (ça vous viendrait d’appeler votre gamin Jean-Cyril?) ex patron d’Areva, de la Poste, d’Unilever, d’Alitalia, d’Air France, d’Engie, etc. Et aussi, accessoirement, membre du parti d’en rire … euh, pardon … « socialiste » (rires).

Lequel rapport, comme vous le savez, préconise la « réforme » de la SNCF, c’est à dire la fin du statut de « ces salopards de cheminots », privilégiés en plus, qui coûtent trop cher (le désormais célèbre « coût du travail »), et la fermeture des petites lignes « pas rentables ». En clair, il préconise non seulement la fin de toute lutte syndicale ou opposition d’ampleur au monde que nous prépare la clique macronesque (ce qui se passe aujourd’hui avec les cheminots me rappelle d’ailleurs furieusement la grève des mineurs en Angleterre sous Thatcher. Aujourd’hui, il reste moins de 3 000 mineurs en Grande-Bretagne et ce qui reste de l’industrie a été privatisé … Thatcher et Macron, même combat. Et mêmes objectifs : les élites contre la plèbe).

Mais du coup, il préconise aussi la séparation nette entre ceux qui comptent, et « ceux qui ne sont rien », entre la France des élites, celle des grandes villes, qui se prétend écolo, roule en vélib ou en voiture électrique (merci Areva), célèbre le barnum médiatique de la Cop 21, ou bouffe bio, même si à peu près tout ce que les citadins friqués avalent vient de fermes « bio » industrielles, généralement dans les pays dits « émergents », où la main-d’oeuvre est taillable et corvéable à merci. Mais c’est pas grave, « le bio c’est bon pour la santé ».

et la France « périphérique », celles des pauvres, des riens (qui du coup n’auront plus de halls de gares pour exister) provinciale, rurale ou banlieusarde, laquelle se voit condamnée à l’installation d’éoliennes industrielles (pour alimenter les grandes villes, justement) et au tout-bagnole, à condition évidemment de se débarrasser des vieilles caisses polluantes (cf. le nouveau contrôle technique, par exemple) pour en acheter une neuve à crédit (en plus, c’est vachement bien pour les constructeurs automobiles et les banques), de raquer une amende si on dépasse 80 km/h sur les petites routes de campagne (et devinez qui va payer ces amendes-là, si ce n’est, par exemple, le livreur du coin, celui qui en fait toujours plus pour le même salaire, ou le pépé qui n’a pas fait attention, où la maman qui fait vingt bornes pour amener ses gamins à l’école, vu que les écoles de village aussi ne sont pas « rentables » ?

Voilà pour « l’égalité entre tous les français » et « l’aménagement du territoire ». Dis moi où tu vis, je te dirai à quelle classe sociale tu appartiens.

Le but du jeu est clair : faire porter sur les cheminots, c’est à dire ceux qui bossent pour faire tourner la machine, et par extension, sur tous les autres travailleurs, le poids d’une dette dont ils ne sont pas responsables, et une dette qui va servir à engraisser encore un peu plus les sociétés et banques privées. Un peu comme en 2008, où tous les européens ont raqué pour éponger la dette des banques pourries, ou en Grèce, où la population est exsangue, pour les mêmes raisons.

Mais les « journalistes » (beurk, beurk) ayant été muets sur cette question, vous n’avez sûrement pas entendu parler d’un autre rapport, qui dit exactement le contraire du rapport Spinetta : c’est le rapport Degest, un cabinet indépendant. 

L’Humanité : Le rapport qui démonte les arguments du gouvernement

Degest : et si le cout du capital était l’enjeu clé, plutot que le cout du statut

Chiffres à l’appui, le rapport Degest démontre en effet que depuis 2010, en raison de l’état vieillissant du réseau et de la volonté de développer de nouvelles lignes de TGV (faut bien que les parisiens friqués puissent rejoindre rapidement leurs résidences secondaires, merde!) l’État a engagé SNCF Réseau dans un programme d’investissements dépassant les 5 milliards par an. Et comme au même moment, il a réduit drastiquement ses subventions, SNCF Réseau à été contraint de … s’endetter : 17,5 milliards de dette supplémentaires depuis 2010. Et c’est le serpent qui se mord la queue : la dette est devenue tellement énorme que pour la rembourser, SNCF réseau … s’endette encore plus.

Exemple concret : quand SNCF Réseau emprunte 100 euros, 41 euros seront utilisés pour l’entretien des voies ou la création de nouvelles lignes, et 59 euros serviront à rembourser les banques.

En clair, si l’État avait repris la dette de SNCF Réseau en 2010, celle-ci atteindrait uniquement 7,2 milliards aujourd’hui , au lieu de … 50 milliards…

Et le rapport Degest pose aussi les bonnes questions :

on va fermer les lignes du réseau secondaire, alors que les spécialistes indiquent que le train génère 9 fois moins de coûts « externes » (pollution, embouteillages, accidents, etc.) que la voiture… Mais c’est pas grave, c’est les pauvres qui vont payer.

on va jeter aux orties un réseau que l’on pourrait valoriser, justement pour l’aménagement du territoire, la lutte contre le réchauffement, etc.

– Il fallait bien trouver un bouc-émissaire à l’impéritie de nos dirigeants : les cheminots deviennent tout d’un coup les responsables d’une dette entièrement créée par l’État, alors que leur productivité a augmenté 1,7 fois plus vite que celle de la moyenne nationale en quelques années, et que leur espérance de vie est inférieure de quatre ans à cette même moyenne nationale (ben oui, on travaille plus, on travaille plus vieux, on meurt aussi plus vite…)

Finalement, c’est tout bénéf, tout ça ira directement dans les poches des petits copains du banquier qui habite l’Elysée. Parce qu’il n’est pas autre chose : un pantin au service de ceux qui l’ont désigné.

Sauf si. Une étincelle, un sursaut, quelque chose ?

Certes, il y a de multiples mécontents partout : étudiants et enseignants, hôpitaux, EHPAD, Carrefour, EDF, SNCF, Air France, et aujourd’hui, justice …

Mais déjà se profile à l’horizon une répression féroce : Notre Dame des Landes évacuée manu militari, les étudiants de Nanterre aussi.

Police partout, justice nulle part.

Et pis tiens, des niouzes qui m’ont (presque) fait rire (mais jaune) :

– Chez Carrouf (chiffre d’affaires 86 milliards d’euros en 2016) pour faire cesser la grève actuelle, les patrons ont proposé aux grévistes un bon d’achat dans le magasin. De 150 euros. Allez, les pauvres, v’là quelques miettes …

– Et l’aut’soir au 20 heures, c’est l’ex (Grollandréou) sans honte, qui est venu donner des leçons au nouveau (Macronléon). Où y’a d ‘la gêne, y’a pas de plaisir, comme disait l’autre.

Et à propos de la grève des mineurs anglais, regardez Pride. Un film magnifique.

Et en plus, ça redonne le moral !

Et regardez la série La Casa de Papel : une petite merveille. Ou quand de jeunes espagnols disent merde aux franquistes. Même à ceux qui sont encore au gouvernement …

Pour finir, faites un tour chez Fred Sochard : Ses dessins sont formidables. 

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Written by Gavroche

11 avril 2018 à 15 h 16 min

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