LES VREGENS

Un vent de révolte souffle en mai

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Vous n’avez pas pu les louper, vu qu’on a causé que de ça depuis quelques jours dans la boite à mensonges : au milieu des gentils manifestants qui défilaient bien sagement dans les clous, il y avait des méchants, ceux que les « journalistes » (beurk, beurk) appellent « les casseurs ». Ou les « black blocs ».

Comme si nos braves syndicats avaient démontré une quelconque efficacité, en manifestant une fois par mois, en étant chacun de son coté et en criant sempiternellement depuis vingt ans « tous ensemble », ou « ça va péter » sans que ça ne pète jamais…

« L’imagination au pouvoir », visiblement, c’est oublié.

Et dans une belle unanimité, droite et « gauche » réunies se sont donc empressées de se « désolidariser », et ont appelé à « la plus grande sévérité » vis à vis de la « racaille ».

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon déclarait il y a peu : La violence n’est pas une stratégie révolutionnaire, c’est juste un coup de main qui est donné à nos pires ennemis. Ceux qui se livrent à de la violence, qu’ils appellent à des manifestations de violence, mais qu’ils ne viennent pas dans les nôtres récupérer politiquement et détruire notre message. 

Ce en quoi, malgré sa prétention à la culture, il démontre qu’il a quelque peu oublié les leçons de notre histoire, et (juste un exemple) la prise de la Bastille.

Il a oublié Robespierre qui déclarait, le 22 février 1790 à la Constituante :

Qu’on ne vienne donc pas calomnier le peuple : laissons ses ennemis, exagérer ses voies de fait, s’écrier jusqu’au Parlement que la Révolution a été souillée par la barbarie…

Ne proclamons pas une nouvelle loi martiale contre un peuple qui défend ses droits. Devons-nous déshonorer le patriotisme en l’appelant esprit séditieux et turbulent, et honorer l’esclavage par le nom d’amour de l’ordre ? Le peuple se remettra bientôt, et de lui-même, sous le joug des lois, lorsqu’elles ne seront que protection et bienfaits.

Vous voulez la révolution sans la Révolution.

Il a oublié le discours de Jaurès (qu’il faut lire, parce qu’il est criant d’actualité, et surtout parce qu’il est magnifique), face à Clémenceau, après la tragédie de Courrières (plus de 1000 morts parmi les mineurs) en mars 1906 : les compagnies avaient préféré sauver le matériel plutôt que les mineurs…

Bref, Jean-Luc Mélenchon nous fait gentiment du François Furet… Il a oublié qu’au cours de notre Histoire commune, les insurrections furent assez systématiquement provoquées par réaction à une répression violente des dominants, ce qu’on appelle aujourd’hui les « violences policières », qui ne sont que la suite logique de la violence institutionnelle et légale : celle des inégalités qui se creusent, celle de la misère institutionnalisée, celle de la violence d’État. 

Comme quoi, la « stratégie révolutionnaire » de M. Mélenchon se borne à défiler une fois de temps en temps (et sur un itinéraire fixé par les « autorités ») et à ne pas effrayer ses électeurs potentiels, et à toux ceux qui aiment « l’ordre »

Seul Philippe Poutou a considéré que cette « violence », si elle n’était pas « légale » (à la différence de celle de ceux qui nous gouvernent à coups d’ordonnances et de matraques), qu’elle était l’expression d’un ras-le-bol, d’une colère qui est réelle et qui est légitime.

Vous avez dit violence ?

Et cette semaine, un titre m’a fait rire : il paraît que « les riverains » seraient inquiets des « violences possibles » aujourd’hui 5 mai, lors de la « Fête à Macron ». En fait de riverains, on découvre en lisant l’article que ce sont les commerçants d’un quartier huppé de la ville qui ont la pétoche pour leurs précieuses vitrines. La France, pays de boutiquiers.

Pour en terminer sur le sujet des « casseurs », un billet excellent sur Médiapart :  On a trouvé la fabrique des casseurs. (le texte date de 1994, mais il est bien d’actualité).

LA CASA DE PAPEL

Alors, tout ça m’a fait penser à une série que j’ai regardé récemment. Et putain, regardez la, c’est une merveille. Le pire, c’est qu’au début, je n’étais pas intéressée. Une réaction complètement con, basée en gros sur « si ça plaît tellement aux p’tits djeun’s, c’est que ça doit être gnangnan ». Comme quoi, on peut atteindre un « age certain », et garder des a priori débiles.

Car cette série (espagnole, merde, et pas amerlocaine, comme d’habitude, ça nous change) a fait un carton.

Et puis, finalement, j’ai regardé. Et là, divine surprise…

Une merveille de série. Une formidable histoire. Une bande son géniale, avec plein de chansons populaires espagnoles, et fabuleuses. Reprise dans la série, la chanson Bella Ciao est (re)devenue un « tube planétaire ».

Car à travers l’histoire d’un banal braquage (enfin, pas si banal que ça, et même complètement fou et délirant, et c’est ça qui est génial) et deux milliards d’euros à la clef, c’est aussi une histoire profondément anar, libertaire, une histoire de résistance, oui, et finalement, rien d’étonnant qu’elle ait été tournée en Espagne. Le pays des républicains espagnols en lutte contre Franco, mort tranquillement dans son lit sans jamais avoir été inquiété, et dont les descendants gouvernent encore aujourd’hui le pays.

On se rend compte (en regardant le générique de fin) que les véritables motivations du « Professeur », qui a organisé le braquage, ne sont peut-être pas celles qu’on croit : on y aperçoit des images du « krach » de 1929, et des manifestations qui ont suivi, causées par la misère de tous les pauvres jetés à la rue.

Deux milliards d’euros, répartis entre les huit braqueurs, qui rêvent d’une autre vie que celle qu’ils ont connue : au soleil, sans soucis, recommencer à zéro, avoir une nouvelle chance.

Et cela, sans tuer personne. Aucun otage ne sera tué. Et sans voler quiconque, car l’argent n’appartient à personne, un billet de 50 euros, ce n’est qu’un vulgaire bout de papier. Un juste partage en quelque sorte, la récupération de ce qui leur a été volé, tout à fait « légalement », et sans leur demander leur avis. Car depuis quand on demande son avis au populo, hein ?

Le « cerveau » du braquage, qui a tout organisé, planifié (sauf l’humain et parfois ses aléas), pour moi, c’est l’homme politique par excellence : soucieux du bonheur des autres avant le sien propre… Foncièrement non violent (justement), il n’hésite pourtant pas à se défendre quand la situation l’exige, mais toujours de manière raisonnée.

 

On ne peut que les aimer, ces gars-là (et ces filles aussi), parce qu’ils nous ressemblent, à nous autres riens. 

Et dans La Casa de Papel, rien de simple, rien de manichéen. Les flics aussi sont des êtres humains, avec leurs doutes, leurs faiblesses, leurs sentiments.

Les vrais méchants ?

Un système injuste (celui que les flics défendent), fondamentalement violent, et par exemple les banques, qui ont « injecté des liquidités » dans le système, avec la complicité bienveillante des politiques de tous bords, sans que jamais elles ne soient inquiétées …

Et d’ailleurs, dans l’histoire, l’opinion publique est totalement du coté des braqueurs, des voleurs, de la « racaille ». Parce que La Casa de Papel, c’est surtout une histoire de gens, de vrais gens blessés par la vie, qui à la fin des fins, décident eux aussi « d’injecter des liquidités… »

C’est sans doute ce qui explique le succès (et tant mieux) de la série.

Malgré les « critiques » des jaloux comme celui-là… J’ai pas réussi à savoir si c’était de l’humour, ou du second degré, parce que proposer de regarder à la place Joséphine Ange Gardien (qui regarde ça, à part mémé Ginette qui vote FN au fond de sa cambrousse?), comme « acte de résistance à la tyrannie de la masse » … ??? Ou le gars avait bu, ou il avait pris des substances illicites, pas possible autrement.

Du coup, après avoir vu la série, j’ai réécouté différentes version de Bella Ciao.

L’histoire de cette chanson est racontée dans ce billet issu d’un blog (vraiment très très chouette) que je vous recommande vivement.

L’auteur démolit la version erronée de wikipédiatre à propos de cette chanson, qui est une « chanson de femmes », celles qui trimaient comme des esclaves au début du Xxème siècle dans les rizières en Italie :

Elle fut simplement reprise en 1944, par un homme (si, si) pour créer la version qu’on entend le plus souvent aujourd’hui. Une version au masculin…

Quelques exemples (y’en a plein sur ton tuyau) :

Flash mob dans le métro, en Italie :

Celle-là, je vous l’avais déjà montrée dans un lointain billet (ce curé là, je l’adore) …

 

Une chanson de révolte universelle

Quelques unes des versions dans La Casa de Papel :

 

 

 

Et regardez La Casa de papel, une histoire qui fait du bien, une histoire qui montre que finalement, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes nombreux. Et la jeunesse est là, et ça, c’est génial ! Comme disait j’sais plus qui, « ils ont les millions, nous sommes des millions. »

C’est la racaille ? Eh bien, j’en suis !

 

 

 

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6 Réponses

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  1. ça fait un moment que ma voisine de l’île en face me dit : mais regarde la casa de papel. bon, si toutes mes frangines s’y mettent, je vas m’y mettre itou !!!

    zozefine

    5 mai 2018 at 16 h 05 min

  2. Bon, ben moi j’ai pas de télé… Où c’est que je peux la voir, La casa de papel ??? siou plaît !

    lilivanille

    5 mai 2018 at 21 h 12 min

  3. Assimiler les Black Blocs et le peuple à grands coups de citations, c’est aller un peu vite en besogne. La violence et la casse, pourquoi pas si elle est utile pour la grande cause et ne sert pas uniquement à alimenter la machine à faire peur?.
    En tous cas, le bon peuple est toujours là et les Black Blocks, où sont-ils et où en sont-ils dans la lutte contre l’oppression capitaliste?

    jean-marie Roos

    6 mai 2018 at 13 h 16 min

    • Bonjour Jean-Marie,

      Au sujet des blacks blocs, j’ai réussi à visionner la dernière émission d’ASI, j’y ai appris beaucoup de choses intéressantes. Tu devrais la regarder.

      Sans « assimiler les blacks blocs au peuple », je pense fermement qu’ils en font partie !

      En tous cas beaucoup plus que la plupart des gens. Poutou a parfaitement raison sur ce coup : la violence est le reflet d’une énorme colère, et pas seulement de la part de quelques bobos et/ou étudiants en mal de sensations. Elle est le reflet en miroir de la violence d’Etat, continuelle et de plus en plus grande depuis des décennies. De la pauvreté, de l’injustice de ce monde. Je n’ai pas oublié ma jeunesse, et je comprends tout à fait cette réaction, j’aurais eu la même.

      Et parmi ceux qui ont été jugés en comparution immédiate (à la différence des voyous en cols blancs, qui eux ont des armées d’avocats et courent toujours), un seul a été condamné … pour avoir eu un fumigène dans sa poche :

      https://www.nouvelobs.com/societe/20180505.OBS6246/violences-du-1er-mai-une-seule-condamnation.html

      Et pour te dire le fond de ma pensée, j’ai ai un peu assez des déclarations niaises des politiques (insoumis compris, hélas) et des syndicalistes. Qui nous débitent du blabla, de quelque bord qu’ils soient. Qui appellent à manifester une fois par mois, dont les directions ont abandonné les Conti par exemple. Même si évidemment j’ai beaucoup de sympathie pour Ruffin (beaucoup moins et de moins en moins pour Mélenchon) qui fait ce qu’il peut, en tous cas beaucoup plus que la plupart des autres. Je lis Fakir depuis très longtemps, je suis même abonnée, malgré mes faibles moyens. J’ai acheté Merci Patron, etc.

      Exemple, sur les syndicats : savais tu qu’en 1968, il y avait eu deux morts, tués par les flics dans une usine en grève ? Par la suite, la CGT a appelé à une grève … d’une heure !

      Personne n’écoute Lordon (trop intello sas doute) qui appelle à ce que les syndicats fassent enfin DE LA POLITIQUE, au lieu de ce cantonner à ce putain de « pouvoir d’achat ». « Naître, consommer, mourir », voilà le monde qu’ils nous proposent. Sans moi.

      Gavroche

      6 mai 2018 at 14 h 50 min

      • Bonjour Gavroche !

        Pas besoin de trop me casser la tête pour te répondre, Acrimed l’ a fait, et de belle manière:

        http://www.acrimed.org/Manifestation-du-1er-mai-a-Paris-les-medias

        Je me méfie quand-même pas mal des BB, je me souviens que lors des manifs contre la tenue du sommet de l’Otan à Strasbourg il y a quelques années, la police les avait regarder faire leurs dégâts habituels et entre autre incendier une pharmacie au Pont de l’Europe, avant d’intervenir.
        Je ne mettrai pas ma main à couper qu’il n’y a aucune accointance entre le BB et le Ministère de l’Intérieur. D’ailleurs ça ne serait pas une grande nouveauté.

        Je suis d’avis qu’ils devraient laisser faire ceux qui, vraiment à gauche, essayent de construire un mouvement, à leur manière (qu’on est bien sûr aussi en droit de critiquer) et non pas pourrir ce qu’ils essaient de construire.
        Pourquoi ne vont-ils pas plutôt pourrir les manifs de droite?. C’est bien là qu’est leur ennemi si j’y comprends quelque chose.

        Quand à Mélenchon… je n’aime pas trop son air d’en avoir deux et de savoir tout mieux, mais par contre force est de constater que c’est lui, avec le PG et la FI qui a réussi à insuffler un nouvel élan à la gauche avec un programme structuré et ce n’est pas un hasard si Ruffin l’a rejoint et d’autres aussi. Grâce à eux j’ai de nouveau un espoir…
        Sans lui où en serait-on? avec qui?

        J’ajoute que si JLM avait viré de bord ou se serait fait acheter, comme presque tous les autres… Avec son intelligence, ses connaissances, son sens de l’analyse et ses talents de tribun mis au service de la bourgeoisie, il aurait sans mal fait un très bon premier-ministre ou même un Président.
        Il aurait pu là, comme les autres, s’en mettre vraiment plein les fouilles et vivre tranquillement, honoré et respecté de tous.
        Au lieu de ça il a fait le choix, rare, de bosser comme un fou et de se prendre des coups à tous bouts de champs. C’est pour cela que je le remercie et ai une immense estime pour lui.

        amicalement
        jean-marie

        jean-marie Roos

        8 mai 2018 at 13 h 20 min

  4. L’article d’Acrimed, s’il est parfaitement juste (que font d’autre les médias des milliardaires que faire peur aux « bons citoyens » ?) ne répond pas à la problématique qu’évoquait mon billet : à savoir la démarche des partis « de gauche » officiels, censés comme tu dis, construire un mouvement.

    A t-on jamais vu le peuple obtenir des droits simplement en le demandant gentiment ?

    L’exemple de Tsipras est parlant : il a « négocié » avec des voyous, le résultat : il s’est couché et a trahi son peuple. Je doute fort que Mélenchon fasse mieux.

    Quant à ta phrase « les blacks blocs sont des flics », ce discours-là, le PC et la CGT le tiennent depuis 50 ans. Voir mon billet sur les « gauchistes ».

    Maintenant, je ne veux pas polémiquer avec toi : chacun est libre d’avoir son propre avis.

    Bonne journée.

    Gavroche

    9 mai 2018 at 10 h 26 min


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