LES VREGENS

Le peuple étant con, faut-il en changer ?

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Devant mon café, je lisais hier, un article *du Diplo de ce mois-ci, signé Evelyne Pieiller, qui m’a tellement énervée que moi qui avais un peu la tête dans les nuages et le potage réunis, ça m’a réveillée, dis-donc.

Alors, je vais encore me faire taxer de « violence ». Comme Serge Halimi me le disait par mail en réponse à ma lettre ouverte au sujet du livre de Houria Bouteldja  « Le ton de votre réplique est relativement violent. » …

Et ça me rappelle la réponse de Xavier Mathieu au dénommé Pujadas sur la « violence »…

Joyeusement, Madame Pieiller amalgame donc dans un joli gloubi-boulga, l’extrême droite pétainiste, buissonnesque et maurrésso-barrésienne, les zinzins de la manif pour tous, avec en vrac, les zadistes, les copains du Comité Invisible, Michéa, etc. Pas très original, me direz-vous, mais que ce texte soit publié sur le Diplo me turlupine quand même au niveau du vécu.

Par exemple, à partir d’un extrait de deux lignes du livre Maintenant, elle présuppose/affirme que les gars de Tarnac (et ces écolos de zadistes aussi) ne sont au fond que de méchants identitaires. Des pétainistes. De gros vilains réacs opposés au « progrès ». Un peu archaïques sur les bords, voyez.

L’article en question étant très court, elle ne dit pas vraiment d’abord d’où elle parle, qui elle est (si on ne connaît, pas il faut chercher).

Alors, j’ai (un peu) cherché. Et dans un autre article *, daté de juin 2017, toujours dans le Diplo, elle dit exactement la même chose : le « populisme », même de gauche, c’est pas bien. Et de citer exactement le même passage du livre du Comité Invisible. A croire qu’elle n’en a lu qu’une seule page. De l’art de sortir une phrase de son contexte, vu que « les petites phrases », ça fait vendre. Mais passons.

Et ensuite, du haut de son bureau (ou de son salon) elle ne dit pas non plus ce qu’elle proposerait, elle, à la place « du terroir. »

La mondialisation heureuse ?

Avec ses délocalisations, son travail détaché, ses transports planétaires de marchandises et la mort de la planète (et celle des riens qui y vivent) qui va avec …

L’institution ?

Comme si les mots « droite » ou « gauche » avaient encore un sens après nous être tapés pendant des décennies des « alternances » qui n’en étaient pas.

Comme si la démocratie était une réalité. Comme si on nous demandait notre avis. Remember Versailles, 4 février 2008…

Comme si l’abbé Sieyes, n’avait pas déclaré, dès 1789 : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. Ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait une démocratie. »

« Tous ensemble » ?

Comme si « l’universel » auquel elle prétend aspirer était une réalité, et pas une promesse non tenue, depuis toujours, par « les élites ». Comme si défendre la conservation de quelques misérables miettes devait être le but suprême de la populace. 

Bref, si je lis bien, pour elle, les gens sont cons. Ils « oublient de voter, ou ils votent mal. »

Et d’ailleurs, dans Maintenant, le Comité Invisible lui répondait par avance :

ce qui nous rend à ce point étrangers les uns aux autres qu’en guise d’explication à tous les malheurs du monde, nous nous satisfaisons de l’idée débile que « les gens sont cons ».

Alors, Madame Pieiller oublie :

– que « le retour à la terre » ne date pas d’hier. Mais par exemple chez nous, des années 70. De l’après mai 68, ou les « hippies » sont allés élever des chèvres dans le Larzac et ailleurs. Pas forcément pour y trouver « des racines » ou « une identité », comme le prétend la dame, mais pour essayer d’inventer une autre manière de vivre. Et essentiellement pour lutter à leur manière contre l’institution. Et accessoirement, un camp militaire.

– que le mouvement des « paysans sans terre » existe aussi depuis très longtemps, en vertu du principe que « la terre appartient à celui qui la travaille, et qui y vit ». Sans doute madame Pieiller ne connaît-elle pas l’histoire de l’Amérique du sud. Sont pas « civilisés », là-bas.

– qu’aux États-Unis, les gens ont voté Trump. Pas parce qu’ils étaient foncièrement tous réactionnaires, ni obtus, ni mentalement atteints (même si certains le sont, j’imagine), mais peut-être parce que Madame Clinton (et d’autres avant elle) avec ses beaux discours, n’était au service que de l’oligarchie friquée de la cote Est, et pas à celui des bouseux de l’Amérique profonde. Qu’elle était au service du capitalisme mondialisé, justement.

Lire Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite.

– qu’en France, et pour les mêmes raisons, « le peuple » (ceux que la novlangue a baptisé « les catégories modestes »), faute de mieux et faute du moindre espoir de propositions de vie bonne (et pas simplement de « pouvoir d’achat ») de la part de « la gauche », vote Le Pen. Mais curieusement, à part leur cracher à la gueule, elle ne répond pas à la question qui pourtant est essentielle : pourquoi ? Sans doute parce que répondre à cette question reviendrait à pointer du doigt la responsabilité entre autres de gens comme cette dame…

– que « la terre, c’est l’endroit où l’on est venu au monde », c’est de moins en moins vrai aujourd’hui. Les migrations sont de plus en plus importantes, partout sur la planète. Lire dans le même numéro du Diplo les articles au sujet de l’émigration en Europe.

– que la ZAD, et d’autres formes de résistance « locales » (horreur, malheur) accueille tous les peuples de la terre, locaux comme « étrangers ». Et que, même si « les écologistes catholiques » les soutiennent, les ZAD sont bel et bien des exemples à suivre, si on veut sauver ce qui reste de la planète : j’écoutais Gilles Clément hier soir sur Arte, qui avec le plus grand calme, et le sourire, a quand même réussi à en placer une à ce sujet, face aux rombières baptisées journalistes qui lui coupaient la parole.

En clair, du haut de ses talents réels ou imaginaires (je ne sais pas, n’ayant jamais rien lu d’elle, à part ces articles) Madame Pieillier, amalgamant le « populisme » de gauche à celui de droite, prétend donner des leçons de démocratie et de justice aux gens. Des leçons de « citoyenneté ».

Comme si aucune issue n’était possible en dehors des institutions, des partis, et des élections. Comme si les sans culottes qui ont pris la Bastille avaient « respecté la loi », et demandé la permission. L’ennemi, c’est « la radicalité ».

Comme si on ne pouvait pas sortir des sentiers battus pour tenter autre chose, pour construire, pour créer, et qu’on soit de droite ou de gauche, qu’on soit une mémé catholique, un ouvrier au chômage, un paysan qui galère, un migrant, simplement vivre autrement. Car non, le local n’empêche pas l’universel. Des gens venus de tous horizons peuvent bel et bien se retrouver sur des projets communs.

Bref, il est urgent d’agir concrètement, partout sur terre, au lieu de se contenter de blablater, entre « gens du même monde ».

*Les articles du Diplo étant réservés aux abonnés, je partage. 

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4 Réponses

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  1. Bonjour Gavroche,

    J’ai compris de cet article, certes un peu confus,qu’Évelyne Pieiller voulait, certes maladroitement, dénoncer l’individualisme de tous bords : de droite, de gauche, du centre, du nord, du sud, de l’est, de l’ouest…. Que, paradoxalement, l’on trouve sur les mêmes « champs de bataille ».
    Cet individualisme m’a conduit à me replier sur un terroir qui n’est pas à moi : le Commun (lire P.Dardot; Ch Laval COMMUN essai sur la Révolution au XXIè siècle..
    Et je m’interroge : Appartiens-je à ceux qui consomment le Commun ou à ceux qui le cultivent ?

    Merci Gavoche, merci Randal d’avoir renoué avec deux migrants en Corrèze.
    papounic le 5 juin 2018

    papounic

    5 juin 2018 at 11 h 52 min

    • Salut et fraternité, mon Papou et ma Mamou, migrants corréziens chers à mon cœur,

      Je pense que les articles d’Evelyne Pieiller sont certes confus, mais est-ce volontaire, est-ce une preuve de méconnaissance totale de l’état du monde, des conditions de vie des gens ? Nos « intellectuels »‘ seraient donc tellement déconnectés ?

      Je ne peux le croire.

      Ou est-ce une leçon qu’elle prétend donner aux riens et autres sans-dents que nous sommes ? Ou pense t-elle, comme la plupart des « experts », que « le peuple » n’est motivé que par des pulsions déraisonnables ?

      Et pour répondre à ta question, les deux, mon général :
      Le Commun, il est peut-être à nous, mais on le partage !

      Et c’est toute la différence. Nous ne fermons la porte à personne.

      Et sinon, c’est ta faute ; je viens d’acheter (encore) un livre… !

      Gavroche

      5 juin 2018 at 12 h 14 min

  2. Je ne connaissais, ni cette rombière, ni son caca. On s’en moque. Mais que le Diplo publie cet étron est assez décourageant.

    Voici quelques jours j’ai trouvé sur Twitter un visuel reprochant aux chômeurs, aux miséreux et aux smicards d’avoir manqué, ces imbéciles, la Marée populaire. Ça ne volait pas bien haut mais, au moins, ce n’était pas publié par le Diplo…

    À Malville, en 1977, nous avons manifesté pour « arrêter le progrès ». Alors, se faire taxer de gros vilains réacs, c’est rien chouette ! Aussi chouette que les trois cent mille nouveaux cancers annuels. Aussi chouette que les personnes souffrant d’Alzheimer. Aussi chouette que la tapée des autres maladies dites « de civilisation ». Aussi chouette que l’empoisonnement universel dont les agriculteurs ou les ouvriers sont à la fois victimes et coupables…

    Soyons modernes. Comme Monsanto. Et comme une tôle en amiante-ciment.

    Un partageux

    5 juin 2018 at 12 h 17 min

  3. […] avez peut-être lu mon récent coup de gueule au sujet de l’articled’Evelyne Pieiller dans le […]


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