LES VREGENS

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Saperlipopette ..! il se trouve que j’ai une (grande) fille qui est absolument amoureuse de la ville de New-York. Elle a pu y faire récemment deux séjours qui l’ont conforté dans son engouement …

Evidemment je comprends ça, je pense pour ma part qu’on rattache toujours un lieu à une époque précise, pour moi, c’est le 14ème parisien de mon adolescence, de Montsouris à la place Denfert, de Montparnasse à la porte de Vanves … et ça ne nous rajeunit pas !
On échange pas mal à ce sujet, avec ma fille, mais pour tout l’or du monde aujourd’hui, je ne voudrais aller aux États-Unis d’Amérique … Pourtant il y a bien sûr le souvenir d’amis américains qui nous ont procuré tant de bonnes et belles choses .
Tout à fait par hasard, je tombe sur un film dont j’avoue n’avoir rien su lors de sa sortie, en 2013, pourtant signé par les frères Coen et primé à Cannes !

je vais à la pêche, parce que -LLewyn Davis- ça ne me dit fichtrement rien. Alors je tombe sur ce résumé : « Le personnage qui a inspiré Inside Llewyn Davis, le film des frères Coen, a laissé son nom à une rue de Manhattan, il était le gourou des guitaristes de sa génération, il a enregistré une trentaine d’albums entre 1958 et 2002 … et vous ne le connaissez pas.« 

et là, tout d’un coup, ça a fait tilt, vers la fin des années 80, une période où j’ai eu un sérieux coup de mou , il m’est arrivé de squatter le canapé chez mon ami Yacoub à Paris …

A l’époque, sa compagne était Nikki Matheson, une musicienne proche de Suzanne Vega, et Gabriel, après Malicorne, commençait sa carrière solo, avec de fréquents concerts dans les universités américaines, où il avait un public. Le folk, c’est une famille sans frontière : Gabriel, Nikki, les soeurs Mac Garrigle, les Wainwright et le petit Rufus, Richard Shindell, Linda Rondstadt, tout ce monde se fréquentait … C’est à cette époque qu’il m’a parlé d’un ami, du mouvement folk américain, mais qui était bien plus que ça : le pionnier du genre, à la voix incroyable, comme sa vie. Dave Van Ronk.

Le film des frères Coen s’inspire, en grande partie, de son livre de mémoire (traduit chez Robert Laffont)

Dans la presse, on lira ce genre de truc :

« Ce livre est un événement : écrit par un musicien aussi modeste que grande gueule, il est le récit du New York folk des années 1950 à 1970. À l’opposé de l’autobiographie trafiquée d’une vedette aigrie, il retrace avec malice et franc-parler le parcours d’un amoureux du jazz passant par le blues avant de devenir le virtuose d’une musique par essence collective (entre « folks », on propose une phrase et une mélodie que chacun répète et modifie). Dès l’adolescence, Van Ronk adopte l’atmosphère de vie de bohème qui règne à Greenwich, quartier ou se réfugient alors intellectuels, artistes, activistes divers et gauchistes. »

Je rajouterai que c’est un ouvrage de fin musicologue, érudit sans la moindre suffisance, récit d’une vie proprement incroyable, comme le soulignera un autre critique

« On entend résonner la voix de stentor de Van Ronk, on découvre sa passion dévorante pour le jazz, le blues ou le folk, mais encore sa culture (de Brecht aux poètes élisabéthains), ses convictions libertaires radicales et, par-dessus tout, son humour ravageur.

Entre deux saillies hilarantes, vous apprendrez comment on peut, dans une même existence, croiser James P. Johnson, Monk et Coltrane, mener une vie de SDF, être marin pour ne pas crever de faim, jouer avec Coleman Hawkins avant de renoncer à être jazzman pour devenir un pilier de la folk music, au carrefour de tous les débats politiques et esthétiques. 

à l’époque, ça en a inspiré quelques-uns …

Avec l’art du conteur qui a fait sa légende, il révèle ainsi les débuts chaotiques de Bob Dylan, Joan Baez, Tom Paxton, Simon et Garfunkel … et tant d’autres. Ami généreux ou insupportable puriste, il se fait constamment piller et ne s’en plaint jamais. Au-dessus de la mêlée, Van Ronk fait surtout figure d’incorruptible. »

 

Le film ne prétend pas restituer la personnalité de Van Ronk, mais son but est de nous replonger dans l’époque, à Greenwich Village, le long de Mac Dougal Street, dans l’atmosphère du Gaslight et du Kettle of Fish, tout près de Washington Square. C’est vraiment réussi … Le film commence comme ça , par une chanson intégrale, après un carton à l’ancienne, Gaslight 1961

Inside Llewyn Davis  » Hang me, hang me »

 

la version de Dave Van Ronk


au début des années 50, Dave s’enrichit du jazz des origines, donc des blues du sud, ainsi que des gospels . Il écoute beaucoup Bessie Smith, se rapproche des mouvements politiques de la gauche américaine, plutôt anarchiste que communiste. Pour s’améliorer à la guitare, il va à la rencontre de nombreux bluesmen (Leadbelly, Mississipi John Hurt …) ainsi que du Rvd Gary Davis, auprès duquel il apprendra quelques précieux doigtés de « finger-picking » ainsi que … « Cocaïne blues » !

magnifique, non ..? en présence de Donovan, bouche bée

maintenant, laissons la parole à Dave Van Ronk :

 

… je commençai à diriger les hootenannies du mardi soir et continuai jusqu’au début des années 1960. La scène était ouverte sans audition préalable – hors de question que je vienne à 4 heures de l’après-midi pour écouter tous ces nuls. Quiconque en avait envie pouvait se lancer ; si les gens n’étaient pas assez bons, ils le découvraient très vite.

 

… Dès que mes hootenannies se mirent à tourner convenablement, je passai le plus clair de ces soirées à côté, au Kettle of Fish. L’atmosphère y était beaucoup plus conviviale, je retrouvais les copains, et il me suffisait de descendre l’escalier de temps en temps, de pointer le bout de mon nez à l’entrée du Gaslight. Si tout allait bien, je jouais deux morceaux, puis je retournais avaler mon verre au Kettle. C’est à cette époque que Babe, le barman, me trouva le surnom de « Maire de MacDougal Street. »

et ça, si c’est pas une savoureuse madeleine, à la Peter, Paul and Mary …

Stark Sands, Carey Mulligan, et Justin Timberlake

A propos de Bob Dylan

X, Dave, Terri, Suze, Bob

L’hiver 1960-1961 fut terrible – de la neige jusqu’aux yeux et un froid à décorner les bœufs. Avec Terri, nous habitions à Chelsea, et il fallait une éternité pour naviguer entre les congères jusqu’à MacDougal. En partie à cause du temps, ce fut probablement la première et la dernière fois que le quartier était vraiment à nous. On savait qu’on parvenait juste au bord de quelque chose d’important, même s’il était difficile de préciser quoi. De nouvelles boîtes poussaient partout comme des champignons, avec la rumeur d’autres à venir, et on aurait dit que chaque cave, que chaque réserve à charbon désaffectée du Village allait se métamorphoser en café équipé d’une scène, uniquement pour notre gloire. De nouveaux musiciens faisaient leur arrivée à un rythme quasi quotidien …
Une routine se mit en place : nous étions une brochette, installés au Figaro ou au Kettle, et un collègue entrait précipitamment nous dire : « Faut que vous veniez écouter ça, c’est vraiment quelque chose. » Et nous partions en troupe jeter un coup d’œil au nouveau phénomène.
Cet après-midi-là, ledit point de chute était le Café Wha ?, au coin de MacDougal et de Minetta Street. À notre arrivée, Fred Neil était sur scène avec sa guitare, et celui qui l’accompagnait à l’harmonica avait l’air d’un fugitif sorti d’un champ de maïs ; je crois que je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi dépenaillé. « Où est-ce qu’il a dégoté ce style de jeu blues harp ? Sur Mars ? » demandai-je à mes compagnons. Mais ça me plaisait. Il y avait un côté excessivement zélé, dada, qui m’en bouchait un coin. Puis, Fred céda sa place au gamin qui joua deux ou trois morceaux. Si je me souviens bien, c’étaient des chansons de Woody Guthrie, et son chant avait la même dimension jusqu’au-boutiste que son jeu d’harmonica.
Après le set, Fred nous le présenta. Bob Dylan, et ça s’épelait D-Y-L-A-N. Je fis pour la première fois connaissance avec sa fameuse poignée de main façon poisson mort, et nous retournâmes tous ensemble prendre un verre au Kettle. La mafia des cafés avait trouvé une nouvelle recrue.
La première chose qui vous frappait chez Bobby à l’époque, c’était qu’il bouillonnait d’une énergie nerveuse. Il avait une bougeotte pas possible et se dandinait constamment sur le rebord de sa chaise. Et jamais vous n’obteniez une réponse claire sur quoi que ce soit. Mais il y avait quelque chose derrière tout ça. Par exemple, son affection sincère pour Woody Guthrie. Ce qu’il disait alors, et je le crois toujours, c’est qu’il était venu afin de rencontrer Woody. La maladie de Huntington avait déjà mis Guthrie en très sale état. Bobby se rendit à l’hôpital et, par je ne sais par quel baratin ou danse du ventre, il parvint à lui être présenté, à chanter pour lui, et il réussit bel et bien à nouer une relation. À mon avis, c’est aussi ce qui l’amena à écrire ses chansons. Il composa « Song for Woody » à seule fin de la lui interpréter à l’hôpital. C’était pour lui qu’il écrivait.

woody guthrie « house of the rising sun »

la première version par Dylan, très semblable à celle de Woody

Bob Dylan  « house of the rising sun » 1ère version

Si on regarde un peu en arrière, les gens ne comprennent pas à quel point les choses furent difficiles pour Bobby au départ. Il était nouveau dans cette ville, il avait une voix particulièrement abrasive, ce n’était qu’un gosse au timbre érodé.

Bobby acceptait toute invitation à partager le set de quelqu’un d’autre, à accompagner d’autres chanteurs à l’harmonica, mais il n’y avait pas vraiment de boulot pour lui. Il mendiait ses repas et dormait sur des canapés, à commencer par le mien.

Enfin bref, peu après être arrivé en ville, Bobby devint membre du gang et séjourna régulièrement chez moi. Et plus je l’entendais jouer, plus j’étais impressionné par ce que je le voyais faire, c’était l’un des musiciens les plus drôles que j’aurai vu sur scène.

Il s’était composé un personnage scénique que je peux seulement comparer au « petit homme » de Charlie Chaplin. C’était un artiste très cinétique, il ne tenait jamais en place ; il était bourré de tics gestuels, de maniérismes nerveux. À l’évidence, il était sujet à un vrai trac mais il se débrouillait pour que ça fasse partie du spectacle. On entendait une phrase, un marmonnement, un murmure, une autre phrase, un accord plaqué sur la guitare, il se lançait dans cette pantomime faussement maladroite, en tripotant son porte- harmonica et des trucs comme ça, et il parvenait à fasciner le public sans prononcer un mot. Je le vis une fois sur scène où il jouait un chœur à l’harmonica qui consistait en une seule note. Il grattait sa guitare et de temps à autre, il soufflait cette unique note, et au bout de quelques mesures vous étiez fasciné, vous essayiez de deviner à quel moment viendrait la prochaine salve. Après deux refrains, il nous avait tous pliés de rire, avec une note d’harmonica.

House of the rising sun – the real story

Je l’avais apprise je ne sais quand, durant les années 1950, d’après un enregistrement de Hally Wood, le collecteur et chanteur texan qui l’avait lui-même récupérée parmi les reliques d’Alan Lomax, en l’espèce de la version d’une femme du Kentucky dénommée Georgia Turner. Je l’avais attaquée sous un angle différent, en modifiant les accords et en me servant d’une ligne de basse qui descendait graduellement par demi-paliers – un type de progression banale dans le jazz, mais inhabituelle en folk. Dès le début des années 1960, la chanson était devenue l’un de mes titres phares, et il m’était impossible de quitter la scène sans l’avoir interprétée.


Et puis un soir de 1962, alors que j’étais installé à ma table de prédilection au fond du Kettle of Fish, Dylan était arrivé, de sa démarche voûtée. Il sortait des studios Columbia où il préparait son premier album avec John Hammond. Il se montrait extrêmement mystérieux à ce sujet, personne n’avait pu assister à aucune des sessions hormis Suze, sa compagne. J’essayai de lui extorquer quelques infos, mais il resta vague. En résumé, tout se passait bien, et :
— Hé, tu serais d’accord pour que j’enregistre ton arrangement de « House of the Rising Sun » ?
Et merde.
— Bordel, Bobby, je vais moi-même l’enregistrer en studio d’ici quelques semaines. Ça ne peut pas attendre ton prochain album ?
Un long silence.
— Oh-oh…
Ce son-là ne me plut pas.
— Qu’est-ce que tu veux dire exactement par « Oh-oh » ?
— Eh bien, me dit-il tout penaud, je l’ai déjà enregistrée.
— Tu as fait quoi ? !
J’entrai dans une rage à la Donald Duck, et je crains bien d’avoir dit des choses fort peu aimables qu’on entendit jusqu’à Chelsea.

House of the Rising Sun, d’après l’harmonisation de Dave Van Ronk

L’album de Bobby sortit, mais même s’il présageait un tournant décisif dans la musique américaine, ses premières ventes furent décevantes. « Rising Sun » était dessus, naturellement, et c’était pour l’essentiel mon arrangement… Puis les événements prirent une tournure que je n’aurais jamais pu envisager. Les gens se mirent à me demander de jouer « cette chanson de Dylan, celle sur La Nouvelle-Orléans. » La requête devint de plus en plus fréquente, je décidai de renoncer à cette chanson jusqu’à ce que tout le soufflé finisse par retomber.
Et puis en 1964, Eric Burdon and the Animals crevèrent le plafond du hit-parade avec ce maudit morceau. Même arrangement. Enfer et damnation. J’appris aussi que Bobby avait également retiré la chanson de son répertoire parce qu’il en avait assez qu’on lui demande de jouer « cette chanson des Animals, celle sur La Nouvelle-Orléans. »

toutes les musiques du film sont des chansons folk, comme celle-ci

la même, par Van Ronk, incomparable …

une seule chanson dans le film est originale, elle est due à Justin Timberlake, et vaut son pesant de drôlerie, « please, Mr Kennedy« 

Oscar Isaac, Justin Timberlake, Adam Driver

le film s’achève à l’arrivée sur la scène d’un jeune gars, à la drôle de voix, dans la cave du Gaslight …

 

Tout en s’écartant petit à petit de la vague des « song-writers » qui lui devait tant, après avoir continué son bonhomme de chemin, peaufinant son sens musical, s’améliorant sans cesse , alors bien plus tard, dans les années 90, Dave Van Ronk voulut saluer des amis, même lointains, en sélectionnant une trentaine de chansons, comme pour les rapprocher de son Village, de son New-York … et voilà comment boucler ce petit voyage au coeur d’un si vaste talent


Dave Van Ronk « The simple things we said »

the simple things we said
© 1990 gabriel yacoub

it’s when the night is long and I can find no rest
it’s when the night is long and I can find no rest
when desire comes to me, and you are not near

it’s when I pass my days trying to forget those nights
it’s when I pass my days trying to forget those nights
when I call for you – and you cannot hear

and then I think about the simple things we said
the things we promised never to forget
the simple things we said
never to forget

and so I walk the length of this solitude
and so I walk the length of this solitude
or lose myself in our empty room

and the seasons lost between the heart and sea
and the seasons lost between the heart and sea
a longing that rises and crests in me

it’s when the night is long and I can find no rest
it’s when night is long and I can find no rest
but blessed, you sleep on in your dream

alors je me souviens des choses les plus simples
les choses qu’on a dit ne jamais oublier
les choses les plus simples
jamais oublier

adaptation en anglais de les choses les plus simples par ellen hinsey, nikki matheson et gabriel yacoub

la rue

 

les photos de 1963, prises vers la  6th Avenue, à New York City sont de Jim Marshall

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(H) Igelin, génération *

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Il n’y en avait déjà pas beaucoup des bébés nés entre 1940 et 1945 …

On se reconnaissait entre nous, à l’armée on nous appelait « les classes creuses » , alors ceux qui ont passé le cap de la guerre furent les premiers à être porteurs d’espoir, et d’un futur de joie et bonheur. Après l’horreur, toujours présente dans les têtes, malgré la pauvreté de la vie pendant les années qui suivirent la libération, il y avait un incroyable désir, plutôt un besoin, de vivre à tout prix . Utopiste et joyeux

En réalité ce chant venait du front populaire de 1936, mais c’était l’air du temps dans les milieux populaires et ouvriers, et j’en étais, ma mère était communiste, petite fille de communards, une histoire familiale qui se transmettait de génération en génération …

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je dis ton nom …

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La liberté est l’état d’une personne ou d’un peuple qui ne subit pas de contraintes, de soumissions, de servitudes exercées par une autre personne, par un pouvoir tyrannique ou par une puissance étrangère. C’est aussi l’état d’une personne qui n’est ni prisonnière ni sous la dépendance de quelqu’un.

La liberté peut être définie de manière positive comme l’autonomie et la spontanéité d’une personne douée de raison.

c’est la seule raison d’être de ce blog et il faut continuer de la maintenir.
c’est notre richesse, pour tou(te)s ce(ux)elles qui le veulent.
il est bon de se redire parfois les choses simples
Articles et commentaires sont les bienvenus, et le drapeau noir flottera longtemps sur la marmite.
le gavroche dans l’image contient tout l’espoir de l’humanité.

Written by randal

22 juillet 2012 at 18 h 05 min

Publié dans Non classé

De quelques anniversaires …

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Cette nouvelle année devait être le plus bel âge de ma vie.

Songez donc, on n’a pas toujours 20 ans, et ce serait bientôt mon cas.

Heureux ? A vrai dire, pas exactement car je ne serai pas chez moi pour cet anniversaire.

Chaque jour je pouvais voir dans le regard de ma mère cette inquiétude qui ne la quittait pas.

Jamais.

En Algérie, c’était toujours la guerre, même si on parlait beaucoup de pourparlers pour la finir.

A Paris, l’OAS frappait encore et toujours, à l’aveugle.

Alors, avec le parti communiste, les organisations de gauche et les syndicats organisèrent une manifestation de protestation, pacifique. Mais rien à faire, le pouvoir gaulliste ( Papon, préfet de police !) interdit celle-ci. Il fut décidé, dans la journée, de la maintenir. Il y avait beaucoup de policiers ou autres CRS aux points stratégiques de la rive droite de Paris. Il y eut ainsi cinq cortèges entre République et la gare de Lyon, personne ne pouvant accéder à La Bastille.

Avec deux copains de la SNCF, j’étais dans celui du Boulevard Voltaire. On ne pouvait pas déboucher sur la Bastille : c’était noir de flics. Alors, à l’angle de la rue de Charonne, il y eut un bref discours avec une consigne de dispersion. On écoutait tous, la tête du cortège tournant le dos au barrage policier. Moi avec mes copains, devant l’escalier du métro.

On n’a rien vu venir, juste senti quelque chose de pas normal, puis une poussée brutale dans mon dos par ceux qui étaient près de moi, les cris, bizarres, inhumains, et ce bruit un peu mat mais sonore aussi, que je ne peux oublier aujourd’hui : celui du « bidule » sur un crâne, partout autour de moi … et pas sur moi ? Pourquoi ? Je me suis cramponné au pilier de l’escalier pour ne pas tomber avec plein d’autres dans l’escalier, j’ai lutté de toute mes forces pour revenir sur le trottoir, je me suis retrouvé collé à la vitrine d’un magasin de télé, je crois. Je suis tombé à l’intérieur quand la vitre a explosé et aucun éclat ne m’a blessé, c’était pas mon jour, décidemment.

Ce ne fut pas le cas pour neuf de mes camarades, camarades de coeur, inconnus à ce moment et unis pour que cesse l’injustice, et la guerre.Je n’ai jamais oublié le nom de cette jeune mère de famille, Fanny Dewerpe, je ne sais pas pourquoi, je pense que trop souvent les femmes sont un peu plus victimes que les hommes.

Je suis rentré à la maison, troublé, mais sans savoir la gravité de ce qui venait de se passer à la station de métro Charonne, ce 8 février 1962, il y a tout juste un demi-siècle.

Ce fut un crime d’état.

Le 1er Mars, je suis parti faire mon service militaire de 18 mois, le moral dans les chaussettes.

Le 19 Mars fut signé le cessez-le-feu en Algérie, à Evian.

Ce fut le plus cadeau d’anniversaire que reçut ma mère, pupille de la nation, née le 19 Mars 1914.

Written by randal

9 février 2012 at 0 h 59 min

Publié dans histoire

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Un chant de résistance …

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Toute période humaine douloureuse se doit d’avoir une raison d’espérer.

Ainsi, même dans les pires moments, on trouve d ‘étonnantes expressions de beauté.

Souvent la poésie, la littérature sont les moyens de la transporter. La musique, parfois dans le plus grand dénuement, arrive encore à la magnifier. Et quand on n’a pas d’instrument, il n’y a plus que la voix, véhicule de la pensée, support de l’émotion.

Ainsi naissent les chants de la révolte, chassant toute idée de résignation.

Ils ont alors une farouche tendance à s’expatrier !

Ainsi Die Moorsoldaten, peut être considéré comme l’un des premiers chants de la déportation et de la résistance. Il s’agit d’une œuvre collective composée par des détenus du camp de concentration de Börgermoor ouvert en juin 1933 par le régime nazi.

Dès l’été , Johann Esser écrit un texte intitulé Bögermoolied, remanié  par Wolfgang Langhoff. Rudi Gogel et Herbert Kirmsze, leurs compagnons d’infortune mettent le texte en musique en 1934. Les détenus du camp sont principalement des antifascistes et des juifs allemands.

Hannes Wader le chante ici devant des ouvriers. Mais si, vous le connaissez bien, c’est notre chant des marais

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Les années de la modernité (1)

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Un cheval qui n’a pas de nom, et voilà que l’esprit se met à vagabonder…

C’était quoi, ou quand ? En 73, non, 74 peut-être, mes années d’errance, d’envie d’autre chose, de vide au creux de l’estomac, d’étreinte dans le cœur. Rien de triste là-dedans, au contraire . Ne rien renier ET tout repenser. L’espoir, enfin une espérance. Pas d’appréhension pour le lendemain, et vivre comme dans l’enfance, retrouver ses joies de la moindre découverte, l’emballement des premières amours au plus petit regard échangé, un air du temps incroyablement beau, et lumineux, suspendu et permanent .

Et pas un rond, lait Gloria et Nescafé, et une baguette pour le soir. Le paquet de Gitanes quotidien, merci les copains. J’ en avais un, de copain, qui me faisait travailler, dès qu’il le pouvait,  sur des tournages télé. Des fois, on allait à la station régionale du « NoooooooOOOOôôôôrd », à Lille. J’y reviendrai plus tard.

Et là, un monteur de films nous fit entendre un tout nouveau groupe :

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Written by randal

31 juillet 2011 at 16 h 40 min

brut de décoffrage…

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bon…

encore un souvenir… du temps où je faisais un peu de télé, en y croyant encore.

on faisait pourtant déjà du travail à la chaîne : 5 x 26′ dans la journée…

« une pêche d’enfer » , ça s’appelait.

On y recevait des invités de tout genre, plutôt orientés public « djeune ».

V’là t’y pas qu’il nous arrive un drôle d’oiseau, comme sorti d’un bouquin de faulkner, et totalement inconnu de mon univers… Pourtant je m’y connais en Big Bill Bronzy et autre Lightnin’ Hopkins, mais  Calvin Russell … nib de nib, jamais entendu…

Et là, la claque, le blues blanc, tranchant, rauque, tendu et pourtant si tendre, humain… trop humain…

et un regard,  clair, en même temps si las. Un choc.

Il nous a chanté ça, en une prise, en direct. J’ai pas raté une image, les cadreurs non plus.

Les jeunots présents étaient scotchés, ils se sont précipité pour lui parler à la fin.

C’est depuis deux ans sur mon tuyau, depuis ce matin, les visites explosent.

Adieu, vieux camarade

Written by randal

4 avril 2011 at 16 h 33 min

Publié dans Musique

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