LES VREGENS

Archive for the ‘Défense animale’ Category

Quelle fin absurde

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Tout va bien, je vais bien. Rubrique écologie, et toute cette sorte de choses, dont tout le monde ou presque s’en fout. C’qui compte, c’est le pouvoir. Le pouvoir d’achat.

Perso, ce que j’ai constaté à mon humble niveau de campagnarde :

– les abeilles ont presque disparu

– les grenouilles et autres batraciens aussi, une seule salamandre qui se cachait cet hiver dans le boîtier du compteur d’eau… Les autres sont mortes sur les routes.

– beaucoup moins de chevreuils qu’avant

– plus du tout de renards

– plus du tout de belettes, ni de blaireaux

– plus de sangliers

– moins d’espèces d’oiseaux

– je ne vois plus de hérissons, plus beaucoup d’écureuils…

– plus de lapins et encore moins de lièvres

– un faisan, l’autre jour, au bord de la route, tellement imprégné qu’on pouvait le nourrir à la main

Et on continue à massacrer tout ça, les bouquetins, les loups, les ours, les requins, les baleines. Les quelques uns qui restent.

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Written by Gavroche

12 juillet 2017 at 9 h 12 min

Qui a peur du grand méchant loup ?

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loup

J’ai lu ce matin un billet sur Médiapart, signé par une dénommée Françoise Degert, intitulé « Attaque de loups sur un adolescent dans les Alpes « .

J’avais a plusieurs reprises réagi à sa prose quand j’étais abonnée, mais je vous rassure, elle n’a pas beaucoup varié. En gros,  sans le dire tout en le disant quand même, le message est toujours le même  : « Mort au loup ! »

Pour votre gouverne, car autant savoir qui parle pour apprécier, voici qui est cette dame. 

Ores, doncques, reprenant l’article paru récemment dans  La Provence, elle raconte la mésaventure d’un pauvre adolescent, attaqué sauvagement ce week-end par une meute de loups.

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Elle cogne évidemment sur toutes les assos de défense du loup, et en particulier Ferus, qui feraient rien qu’à mettre en doute la version de l’attaqué (sauvagement)  :

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L’humain d’abord ?

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Cela pourra vous paraître un peu choquant, se démener pour sauver des animaux.

Mais dans le slogan « l »humain d’abord », il y a aussi, à mon avis, une part qui doit leur être consacrée. Obligatoirement. Pour les abeilles, les animaux de laboratoire, les taureaux de corrida, les animaux dans les abattoirs, la faune sauvage qui peu à peu disparaît. Nous, les humains, nous sommes responsables. Parce que si les animaux disparaissent, que restera t-il de notre humanité ?

Nous avons créé il y a quelques jours une association, Les Chats de Syros.

Parce que nous, humains, sommes désormais responsables du vivant. Et nous avons mis en ligne une pétition, dont voici le texte  :

Vous savez tous sans doute que la situation en Grèce est grave. A la suite de la crise économique, les gens y sont de plus en plus pauvres. En Grèce, il n’y a déjà plus beaucoup d’argent pour les hommes, alors, évidemment, les bêtes passent largement après …

Malgré tout, là-bas, sur une île des Cyclades, une île appelée Syros, il y a une femme, un peu folle et idéaliste, qui s’occupe depuis huit ans de ceux qui sont toujours les éternels oubliés, les animaux errants. Et en particulier les chats.

Au départ, ils n’étaient que quelques-uns à venir frapper à sa porte, et c’était encore « gérable ». Mais comment en accepter certains, et fermer sa porte aux autres ? Comment « choisir » quel chat sera stérilisé, qui va manger, quel chaton malade va être soigné, et vivre, et qui n’aura pas cette chance ? Un peu comme le choix de Sophie. Il est impossible. Alors, sa porte est grande ouverte, et si elle-même vit simplement, elle continue à accueillir tous les chats. Elle les nourrit, les soigne, les fait stériliser, et en plus, elle les aime.

Voici un exemple de ce qu’elle arrive à faire :

1-p1360391Le chaton, baptisé Copain, arrivé le 20 mai 2013

9-p1360620Le 31 mai 2013

15-p1370074Il y a deux jours

Aujourd’hui, sur Syros, il y a plus de cent chats qui viennent chez elle trouver un refuge. Et leur nombre augmente tous les jours. Attraper des femelles sauvages pour les faire stériliser n’est pas facile, même si elle le fait dès que c’est possible, évidemment. Elle est la meilleure cliente des deux vétérinaires de l’île. Elle est également la meilleure cliente du revendeur d’alimentation pour animaux, car, pour nourrir cent chats, cela coûte environ 1800 euros par mois (0,70 euro/chat/jour). Mais entre les soins, les stérilisations et la nourriture, tout son argent y est passé.

Voilà ce que ça donne…

Sa situation, la sienne et donc celle des chats, est critique. Nous, ses amis, avons créé une association en France, appelée Les Chats de Syros, et un blog, pour faire connaître son action, et demander de l’aide. Les chats de Syros sont aussi sur Facebook.

La présente pétition est adressée aux industriels qui fabriquent la nourriture que nous donnons à nos animaux familiers, chiens et chats.

Au Président de la très ancienne société familiale Mars, désormais Mars Incorporated, dont le siège est à Mac Lean, en Virginie, aux Etats-Unis, et qui est
propriétaire non seulement des barres chocolatées que nous avons tous adoré quand nous étions gamins (mais que secrètement nous continuons d’aimer) mais aussi de Whiskas, Pedigree, Royal Canin, Sheba, Kitekat, et d’autres marques.

Mais aussi au Président de la société Nestlé, sise à Vevey, en Suisse, la plus grande entreprise agroalimentaire du monde, et qui est propriétaire de Friskies, Gourmet et Purina, entre autres.

Ces deux sociétés ont beaucoup oeuvré pour que nos amis à quatre pattes aient la meilleure santé possible : elles ont fait des tests, amélioré sans cesse la qualité de leurs produits. Elles ont créé des fondations, tant au profit du développement durable, qu’au service des animaux.

Elles ont aussi gagné beaucoup d’argent.

Alors, nous leur demandons aujourd’hui solennellement d’en donner un tout petit peu aux chats de Syros. Nous leur demandons de fournir tous les mois à notre amie en Grèce de quoi nourrir sa tribu. Parce qu’un animal bien nourri est un animal en meilleure santé.

S’ils répondent favorablement à notre demande, nous leur vouerons une éternelle reconnaissance.

Alors, si vous aimez les animaux, si vous pensez que les grandes sociétés sont à même de redistribuer un peu l’argent que nous leur faisons gagner tous les jours, aidez-nous, signez la pétition !

http://chatsdesyros.wordpress.com/

Si vous vous sentez concerné, vous pouvez aller la signer : ICI

Et la diffuser au maximum de gens.

Merci.

Written by Gavroche

25 juin 2013 at 18 h 21 min

Publié dans Défense animale

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Le chien d’Andréas

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Andréas a 82 ans. Depuis que ses genoux douloureux ne l’autorisent plus à boucler ses 10 km de footing quotidien, Andréas fait du vélo. Il a toute l’apparence d’un pro : le vtt, le casque, le maillot et le cuissard Lycra avec bandes fluo (c’est vrai qu’il fait sombre dans les sous-bois du parc de la Poudrerie !)

Andréas est plutôt du genre taiseux mais si vous le branchez sur un sujet qui l’inspire il est intarissable : ce jour de 42 où la police française est venue arrêter son père, direction Drancy… ou bien sa rencontre avec Guy Texereau qui lui proposera de l’entraîner pour les championnats de France de semi-marathon…

Guy Texereau

Mais ce matin, lorsqu’il s’arrête près de moi, la mine est triste, les yeux sont rouges. Lire le reste de cette entrée »

Written by Juléjim

10 août 2012 at 22 h 05 min

Philippe Caubère et les « fascistes anti-corrida »

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Vous le savez peut-être : Le Conseil constitutionnel va devoir trancher bientôt sur la constitutionnalité de l’article du code pénal, l’article 521-1, qui autorise les corridas.

Actuellement, cet article qui condamne les sévices graves et les actes de cruauté envers les animaux exempte de sanction les corridas « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée » comme c’est le cas dans le sud de la France.

J’avais déjà donné mon avis sur cette prétendue « tradition », dans un récent billet.

Bref, il y a quelques jours, j’ai été contactée par Frédéric Taddéi himself, pour participer à un débat sur le site qu’il a créé, Newsring…

Le débat en question portait sur « faut-il interdire la corrida ? »

Lien

Et bien sûr, je reçois depuis dans ma boîte mail, les différentes contributions à ce débat…

Et vlatipa que tout à l’heure, je reçois celle de Philippe Caubère.

Voici ce qu’il écrit :

Interdire : cette nouvelle passion, cette nouvelle drogue

08 août 2012, 11:18

Pour moi, ce débat n’existe pas. Car il en masque un autre, beaucoup plus large, plus grave et très actuel : celui de vouloir tout interdire. À cette question, la réponse générale est évidemment toujours la même : «oui, il faut tout interdire». C’est la nouvelle passion mondiale, la nouvelle drogue admise, légale.

Cette passion d’interdire ne concerne plus seulement des pays dirigés par des gouvernements totalitaires, extrémistes, elle est désormais présente partout. On veut trouver une sorte de loi morale bas de gamme, qui est produite par le ressentiment, l’aigreur, la frustration, la haine des autres, de idées des autres, des passions des autres.

Interdire, c’est la négation de tout ce qui m’a toujours constitué : mon éducation personnelle, religieuse, politique, mais également mon expérience de la vie, ce pour quoi j’ai combattu, ce pourquoi je continue à combattre, pour la liberté, pour la démocratie, pour l’art.

Où cela va-t-il nous mener? De quelle guerre civile rêve-t-on? Et quand arrêtera-t’on de vouloir toujours et tout interdire? Faut-il interdire la prostitution? Le foulard? La cigarette? La maladie aussi : la grippe, le cancer, la folie? Faut-il interdire de souffrir, de crier, d’aimer donc, et aussi? Ce débat dépasse de loin, très loin, la corrida.

Par ailleurs, les gens qui veulent que la corrida soit interdite ne cherchent pas le débat, ils crient, ils protestent, avec la même intolérance que ceux qui crient et protestent contre l’avortement, contre les caricatures de Mahomet, les Versets sataniques de Salman Rushdie ou contre ce que les catholiques intégristes (ou pas) appellent « le blasphème » dans l’art…

En fait, il y a ceux qui aiment la corrida, ceux qui ne l’aiment pas, et puis il y a ceux qui veulent simplement interdire, protester, crier, stigmatiser, haïr.

J’ai appris dans ma jeunesse étudiante à Aix qu’on ne discute pas avec les fascistes. Les groupes anti-corrida sont des groupes fascistes, avec des moyens d’action, d’expression, une manière de penser fascistes. On discute avec les démocrates, les gens de bonne foi, mais pas avec les fascistes.

Philippe Caubère, c’est le charmant garçon qui avait publié dans Libération une tribune intitulée : Moi, Philippe Caubère, acteur, féministe, marié et « client de prostituées »

Pour ceux que cette pensée profonde intéresse …

En tous cas, cet article est révélateur : Monsieur Caubère a visiblement eu quelques problèmes avec sa maman :

dès qu’il s’agissait de sexe et de plaisir, elle devenait folle, méchante, abrutie, assassine, moyen-âgeuse. Son discours, d’éclairé, progressiste et anticonformiste, surtout à l’époque, devenait obscurantiste, obscène et mortifère. Et j’ai dû, tout au long de ma longue, si longue adolescence en subir les effets, les tourments, le martyre.

En clair, Monsieur Caubère estime que, du moment qu’il paye, il peut se payer le « spectacle » de la mort d’un animal qu’on torture, ou les « services » d’une prostituée…

Il écrit :

Le ou la prostitué(e) ne fait que dévoiler et assumer le rapport d’argent et de commerce tapi sous n’importe quel rapport amoureux ou sexuel. 

Monsieur Caubère, visiblement, aime la vie, les femmes, et les animaux.

Written by Gavroche

8 août 2012 at 18 h 42 min

paysans…sans terres

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J’en avais causé dans ce petit billet https://cafemusique.wordpress.com/2011/11/04/coup-de-projo-sur-des-gens-de-la-campagne/.

Il y avait Marie-Claire et Florent jeunes paysans du Limousin qui tentent de se dépatouiller des difficultés pour s’installer, et Stéphanie artiste et réalisatrice du Lot, militante et sensible aux combats de ceux qui veulent perpétuer une certaine agriculture, comme elle le dit dans ses documentaires et les textes de son blog.
Aujourd’hui il y a un évènement qui va les réunir, avec plein d’autres gens, sur le plateau de Millevaches, du 10 au 12 août.

lire (et voir) ce billet chez Stéphanie ici :

http://paroledecitoyens.blog4ever.com/blog/lirarticle-155111-9407312.html

Marie-Claire et Florent

Corrida : la véritable histoire

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L’autre matin, j’écoutais l’émission de Jean-Noël Jeanneney, « Concordance des temps », sur France Culture, consacré à la corrida.

Dans cette émission était invité Éric Baratay, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3 depuis 2001, et spécialiste de l’histoire des relations hommes-animaux, principalement aux époques moderne (XVIe-XVIIIe siècles) et contemporaine (XIXe-XXIe siècle).

Il venait pour parler de son livre Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire, paru au Seuil ce printemps. Mais aussi, bien sûr, de la corrida.

Pour justifier la perpétuation de la barbarie taurine, les aficionados prétendent qu’il s’agirait d’une « tradition séculaire ». C’était d’ailleurs l’argument avancé par Nicolas Sarkozy et son ministre de la « Culture » (je sors les banderilles …) pour inscrire la corrida dans le « patrimoine culturel » de la France. J’en avais parlé à deux reprises ici.

Ce qu’est la « culture en France »

Le patrimoine culturel de la France

Dans la réalité, la corrida a des origines :

  • aristocratiques : après l’interdiction des tournois par le pouvoir séculier et par l’Eglise, les chevaliers en armure ont remplacé leurs adversaires humains par des taureaux, qu’il s’agissait de dézinguer à la lance. Ils sont en quelque sorte les ancêtres des picadors d’aujourd’hui. La noblesse guerroyant à cheval, y voyait un excellent moyen de s’entraîner. Elle s’est finalement lassée de ces pratiques, jugées peu civilisées, et les a laissées au bon peuple.
  • Car parallèlement à cette tauromachie le luxe, va débuter une tauromachie pédestre et populaire, juste au moment où les aristocrates se désintéressent peu à peu de leurs petits jeux, à la fin du XVIIIe siècle. Et ce sont les ouvriers des abattoirsqui, avant de tuer les animaux, vont « s’amuser » un peu avec. Histoire de joindre l’utile à l’agréable. Juchée sur les toits, la foule assiste à ce spectacle au grand désarroi des autorités, laïques et religieuses, qui tentent d’interdire pendant deux siècles ces pratiques non pour des raisons humanitaires, mais pour mettre un terme aux dégâts occasionnés, et au « déchainement des passions » populaires.Et peu à peu ce « divertissement » devient une profession à part entière. Les premiers toreros rémunérés sont donc d’anciens employés des abattoirs. De 1730 à 1750, la corrida va se codifier.

Une « invention » espagnole, donc, andalouse plus précisément, (les mêmes qui ont inventé l’Inquisition) dont la « technique » est fixée par le matador Pepe Hillo, dans un traité de 1796, sobrement intitulé La Tauromaquia o el arte de torear de pié y a caballo.

Si la corrida hérite des tauromachies aristocratiques le goût du sang et la recherche de la somptuosité, d’importantes différences sont à mentionner :

  • la création d’un animal spécifique (le taureau de combat)
  • la réapparition des arènes, qui pour beaucoup d’entre elles, servaient jusque là d’habitation aux plus pauvres
  • un but commercial

La technique du combat est élaborée de sorte que la mort de l’animal soit lente, sans quoi il n’y aurait point de spectacle. Il s’agit de « maintenir la vie dans la souffrance », selon la définition que Michel Foucault donne de la torture. Chaque combat dure quinze minutes, et une corrida comprend donc une série de mises à mort (à Madrid, après 1750, on tue six taureaux le matin et douze l’après-midi). Au siècle des Lumières, les récits de voyageurs allemands, anglais et italiens expriment de manière dominante un sentiment de répulsion face à la corrida, « spectacle » obligé pour les voyageurs. Pour les philosophes des Lumières, la corrida « ne devrait avoir que des bourreaux pour apologistes »

Au XIXe siècle, malgré une vive opposition à la corrida, de la part de Victor Hugo, Émile Zola, Victor Schoelcher, ou José Maria de Heredia, tous également opposés à la peine de mort, se construit en France – dans les milieux intellectuels – une « Espagne romantique » dans laquelle les toréadors occupent une place de choix. La corrida entre dans la littérature française, notamment sous la plume de Théophile Gautier, Alexandre Dumas et surtout Prosper Mérimée, ami personnel de l’impératrice Eugénie de Montijo. On constate que le mélange des genres n’est pas nouveau chez nous.

Car après le vote de la loi Gramont , en 1850, qui interdit les mauvais traitements perpétrés en public contre des animaux domestiques, promulguée grâce à la force de l’argument selon lequel la violence envers l’animal comprend en elle-même son extension à l’homme, Napoléon III fera une exception : pour les taureaux de corrida. Il faut dire qu’il était marié à l’impératrice Eugénie. Ça explique.

Et dans la foulée, ce sont les organisateurs de corridas qui vont tenter d’importer la barbarie partout en France : à Paris, à Dunkerque. Devant le peu de succès rencontré, ils vont concentrer leurs efforts dans le sud de la France, qui n’est donc pas vraiment une terre « naturellement » tauromachique…

Avant la Seconde Guerre mondiale sont élaborées toutes sortes de théories. L’Histoire de l’œil (1928) de Georges Bataille met en lumière l’érotisme morbide de la corrida. La mode est au mythe, et une interprétation « sacrificielle » est lancée en France par Henri de Montherlant dans Les Bestiaires (1926), puis par Michel Leiris dans Le Miroir de la tauromachie (1938).

Bon évidemment, tous les deux ont ensuite renié la corrida, qualifiée de « muflerie et sauvagerie » par le premier, de « snobisme » par le second … Comme quoi, tout le monde peut se tromper… Le tout est de le reconnaître.

Bref, tout est mis en place pour trouver des justifications… En un mot comme en cent, la corrida est une activité lucrative parée d’intellectualisme frelaté : « le combat de l’esprit contre la force brute »… le prétendu « danger pour l’homme » (entre 1950 et 2000 : un torero mort pour 45 000 taureaux, un match inégal)

Et on en arrive à notre époque :

En avril 1951, la corrida acquiert dans le droit français un statut dérogatoire : devant tomber sous le coup de la loi contre les actes de cruauté perpétrés en public contre des animaux domestiques, elle bénéficie d’une dérogation « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Sarkozy et son ministre de la « culture » n’ont rien inventé…

Toutes ces théories esthétisantes, ou qui se réfèrent à une prétendue « tradition », ne font que mieux souligner la brutalité de la corrida, car préciser que la violence est “mise en scène” ou “théâtralisée”, c’est reconnaître qu’elle est voulue, organisée, et délibérément exacerbée. Comme le savent les taureaux martyrisés, les sévices qu’on leur inflige ne sont pas fictifs, mais bien réels.

Eric Baratay était donc invité pour parler, pour une fois, de l’animal dans cette triste histoire.

Ainsi, il évoquait les propos d’un commentateur « sportif » des années 50 : « Très belle mise à mort, le taureau donne des signes évidents d’asphyxie, mais il est toujours debout… »

Selon les travaux des vétérinaires depuis trente ans, les taureaux, prétendument « sauvages », ne sont que des animaux domestiques, tout comme ceux qu’on voit brouter paisiblement dans nos prés… Et contrairement aux déclarations des aficionados, ils souffrent.

Le stress de ces taureaux commence avec « l’afeitado », une pratique qui consiste à scier plusieurs centimètres de corne pour éviter tout risque aux toreros, voilà qui démolit le prétendu « acte héroïque » de ces pingouins en costume moule-boules ridicule… Or, les cornes sont au taureau ce que les moustaches sont au chat : elles l’aident à se repérer dans l’espace. Leur mutilation brutale brouille les repères et la coordination de l’animal. Cette opération illégale, pratiquée clandestinement, provoque une intense souffrance, puisque la partie innervée de la corne est mise à vif. Et du coup, le taureau ne s’en servira pas contre son tortionnaire… Imaginez deux secondes qu’on vous lime les dents sans anesthésie…

En Espagne, la confédération des professionnels de la tauromachie, a d’ailleurs fait grève, il y a quelques années, pour s’opposer aux inspections vétérinaires destinées à vérifier, entre autres, que les cornes n’étaient pas sciées, au prétexte que les vétérinaires n’étaient pas assez expérimentés. Mais on peut aussi y voir une simple affaire de gros sous : il faut savoir qu’un matador professionnel gagne jusqu’à un million d’euros par an, et la vente de tickets rapporte plus d’un milliard d’euros chaque année …

Le stress des taureaux continue quand ils sont parqués dans l’attente d’entrer dans l’arène. Dans un espace clos, alors qu’ils vivaient dehors, dans le noir, pour qu’ils soient aveuglés en sortant, ils attendent, entendent les meuglements de leurs congénères qu’on tue, les cris des gens sur les gradins, ils sentent les phéromones de peur et d’angoisse, les odeurs de mort des cadavres qu’on emmène…

Le stress continue encore quand enfin ils sortent : désorientés, puisqu’on leur a coupé les cornes, souvent, pour échapper aux cris, au bruit, ils courent au milieu de l’arène pour s’en éloigner, ou terrifiés, se précipitent sur les gradins …

Et enfin, au cours de ce « spectacle », chaque taureau reçoit en moyenne entre 1,80 m et 2 m d’acier dans le corps. Dans des endroits sensibles, douloureux, leur système physiologique étant semblable à celui des humains…

Car comment se déroule une corrida type ?

Deux picadors montés sur des chevaux aux yeux bandés affaiblissent d’abord le taureau en lui plantant une longue pique entre les épaules, de façon à cisailler le ligament de la nuque et empêcher le taureau de redresser la tête. Ils remuent les piques pour provoquer une hémorragie conséquente.

Et il arrive parfois que les chevaux payent le prix fort. Baratay racontait qu’il y a peu, on remettait les entrailles dans le ventre du cheval blessé, on bourrait tout ça de paille, on recousait, et hop, on le renvoyait dans l’arène… (vous vous souvenez sans doute des terribles images de la mort de Xelim, le cheval du tueur Rui Fernandez à Séville, ce printemps…)

Mais comme le spectacle ne doit pas finir trop vite, il faut que le public en ait pour son fric) les picadors arrêtent avant que le taureau succombe. Ils cèdent la place aux peones, qui continuent la torture à coups de banderilles. Ces harpons, une fois enfoncés dans la chair, vont se balancer à chaque mouvement de l’animal, histoire de lui faire comprendre qui est le patron…

Enfin, quand le taureau n’a plus la force de les poursuivre, le matador (« tueur » en espagnol) peut enfin entrer en scène. Après avoir provoqué quelques charges de la part du taureau épuisé et mourant, il tente de le tuer avec son épée. Souvent, l’arme ne pénètre qu’à demi, transperçant un poumon, sectionnant une artère. Il faut alors achever l’animal en sectionnant la moelle épinière. Comme il arrive que le torero soit maladroit, le taureau est parfois encore vivant quand il est traîné par les cornes hors de l’arène. Pour clore le spectacle, les oreilles et la queue du taureau peuvent aussi être tranchées dans le vif et offertes aux spectateurs.

Tout cela, c’est ce que les aficionados appellent « un acte d’amour » entre le taureau et l’homme.

Alors que le gouvernement Sarkozy avait inscrit cette pratique barbare dans le patrimoine culturel français, un sondage de mai 2010 donne 66 % des français opposés à la corrida. Ce qui étonne, dans une société où la voix des médias, largement favorable à la corrida, fait oublier qu’ils ne sont pas nécessairement le reflet de la pensée du plus grand nombre, mais celui d’une classe sociale encore séduite par l’esthétisation de la violence.

Du pain et des jeux pour le bon peuple, vieille antienne.

Bibliographie :

– Eric BARATAY, Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire, Seuil, 2012.

– Eric BARATAY et Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, La Corrida, PUF, 1995.

– Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Éditions Connaissances et savoirs, 2005.

– Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, La Corrida de A à Z, Alan Suttons eds, 2010.

– Bartolomé BENASSAR, « Pourquoi l’Espagne a inventé la corrida ? », L’Histoire, mars 1993.

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