LES VREGENS

Archive for the ‘histoire’ Category

Piketty : un capitalisme sans Histoire et « à visage humain »

with 3 comments

J’ai lu cette semaine l’article de Lordon dans le Diplo, à propos du dernier pavé (1000 pages !) de Thomas Piketty, modestement et sobrement intitulé Le capital au XXIème siècle, que j’avais commencé à lire, si, si, et qui m’est tombé des mains, tellement ce qu’il écrit est finalement convenu, et …

Sans dangersans danger

J’avoue que d’emblée, moi, je me méfiais, et de Piketty (se rappeler d’où il vient, où il écrit, et quels sont ses amis politiques) et de cette espèce d’unanimisme de la presse déchaînée autour de son livre, gage en soi de totale innocuité, comme pour tout ce qu’elle choisit de célébrer passionnément.

Comme le dit Lordon avec ironie, il faudrait vraiment que « le monde ait changé de base » pour que Libération, L’Obs, Le Monde, L’Expansion et aussi le New York Times, le Washington Post, etc., communient à ce degré de pâmoison en quoi que ce soit de sérieusement dérangeant.

On ne saurait mieux dire.

Et puis tiens, l’article, le v’là. Espérons que M’sieu Lordon me pardonnera de diffuser et de partager ses analyses sans son autorisation. C’est moi qui ait souligné certaines phrases en gras. C’est qu’il dit beaucoup mieux que moi ce que je pense.

Et n’oubliez pas, si vous pouvez, d’acheter Le Diplo. C’est bien le seul aujourd’hui à faire entendre une voix un peu discordante.

Lire le reste de cette entrée »

Vive la Commune !

with 5 comments

Le 18 mars 1871, c’était il y a 142 ans, le peuple prenait le pouvoir à Paris.

La reddition ayant été signée le 1er septembre 1870, le Second Empire s’effondre comme un château de cartes. Sous la pression populaire, et pour éviter une révolution, la République est proclamée. C’est Adolphe Thiers qui devient premier ministre.

Et pour restaurer « l’ordre républicain » (1), il faut d’abord désarmer Paris. Le gouvernement est décidé à rétablir son autorité, avant que les députés, d’abord installés à Bordeaux, ne se réunissent à Versailles (2). Il ne s’agit pas seulement de récupérer les canons, mais d’arrêter les meneurs révolutionnaires…

Lire le reste de cette entrée »

Mais où est passé l’esprit de 45?

with 3 comments

Il ne s’agit pas du Conseil national de la Résistance et de Stéphane Hessel, mais du dernier film de Ken Loach, un documentaire, auquel le Guardian consacre un long article et des interviews :

1945 : l’année où l’Angleterre s’est tourné vers le socialisme, l’assurance maladie et les nationalisations.

victoire d'Attlee en juillet 45

victoire d’Attlee en juillet 45

  Lire le reste de cette entrée »

Written by florence

3 mars 2013 at 12 h 12 min

M. Lehasard

with 14 comments

M. Lehasard est un drôle de type. Vraiment. Il joue avec les évènements et les circonstances de la vie comme on joue aux dés, aux cartes ou à la roulette.

  Lire le reste de cette entrée »

Written by Juléjim

3 février 2013 at 11 h 16 min

Bons baisers de 1912

with 7 comments

Tim Thorpe a toujours entendu parler de « la lettre du 12.12.12 ». Enfant, dans les années 70, il écoutait la famille commenter l’ambitieuse lettre de son arrière-arrière-grand-père adressée « aux siens » de dans 100 ans, et il a fini par en recevoir sa photocopie. La puissance du message d’outre-tombe de Guy Wood, rédigé le 12 décembre 1912, fascine toujours ses descendants. Pour certains, comme Tim Thorpe, il a fait naître un intérêt pour l’histoire qui a décidé de leurs études et de leur carrière.

Tim Thorpe et son trésor

Tim Thorpe et son trésor

Lire le reste de cette entrée »

Written by florence

22 décembre 2012 at 23 h 03 min

Après avoir vu « Après Mai » d’Olivier Assayas.

with 4 comments

S’il y a quelque chose de réussi dans ce dernier film autobiographique d’Olivier Assayas c’est bien d’avoir évité le piège d’un regard nostalgique ou passéiste. Dans « L’ignorance » Milan Kundera écrit : « Le retour, en grec, se dit « nostos ». « Algos » signifie « souffrance ». La nostalgie est donc la souffrance causée par le désir inassouvi de retourner. »

L’objectif d’Assayas, dans « Après Mai » n’est pas de décrire ou d’analyser avec minutie Mai 68, ni même l’esprit de mai ; son but est d’élucider ce qui l’a conduit à devenir cinéaste. Son personnage principal, Gilles, jeune lycéen adolescent, est travaillé par des influences diverses, politiques, culturelles, artistiques, sentimentales.

Lire le reste de cette entrée »

Written by Juléjim

16 novembre 2012 at 17 h 49 min

 » Et j’ai une maman, comme tout le monde ! … »

with 4 comments

Cette évidence, pour ne pas dire ce lieu commun, c’est Vincent Lindon qui n’a pas craint de la rappeler tout récemment lors de sa participation à l’émission « Comme on nous parle » sur france-inter. Il était en promotion pour le dernier film de Stéphane Brizé « Quelques heures de printemps ». J’ai vu le film, j’ai aimé ce qu’il suggère et la façon avec laquelle Brizé présente les choses en les contextualisant. C’est pourquoi je pardonne volontiers cette facilité de langage de la part de Vincent Lindon qui sait si bien incarner les taiseux à l’écran mais qui se révèle un fieffé bavard sur les ondes radio ou devant les caméras de télévision. D’ailleurs, là, au cours de l’émission, il l’a même revendiqué en incitant tout le monde à se parler, à communiquer, à se dire « je t’aime ». Avant qu’il ne soit trop tard. Un peu façon Louis Chedid.

 

Lire le reste de cette entrée »

Written by Juléjim

24 septembre 2012 at 17 h 39 min

Des Gitans d’Amérique, des Indiens volants, et des chanteurs de Calypso…

with 2 comments

Le New York de Joseph Mitchell est parfois très exotique. Morceaux choisis.

Roi des Gitans (1942) Ce texte est écrit à partir de plusieurs conversations avec un chef de clan gitan rencontré en 1936.

« Les rois gitans sont auto-proclamés. Personne ne sait combien il y a de Gitans à New York, entre 7000 et 12000. Les deux tiers touchent des allocations. Les rois s’y connaissent : ils savent comment mettre leurs familles sur les listes. La plupart des adultes sont illettrés, très peu d’enfants vont à l’école. Ils se marient dès l’enfance, pour la plupart vers douze-treize ans. Les vieux sont chaudronniers, pour les restaurants et les hôtels, la plupart des jeunes sont mécaniciens. Ce sont les femmes qui gagnent vraiment de l’argent, comme diseuses de bonne aventure.

Une Gitane de New York photographiée par Joe Schwartz dans les années 30

Lire le reste de cette entrée »

Written by florence

23 août 2012 at 18 h 01 min

Publié dans Culture, Etats-Unis, histoire

Tout consigner, toujours

with 7 comments

Joseph Mitchell est vraiment un personnage très mystérieux, à jamais caché derrière ses écrits, qui parlent à peine de lui. Enfin, qui sait ?

1908-1996


Lire le reste de cette entrée »

Written by florence

18 août 2012 at 11 h 04 min

Le peuple révolutionnaire

with 6 comments

On a beaucoup parlé ces derniers temps, de « commémorations » historiques.

Comme Sarkozy revisitait (révisait?) l’histoire à sa sauce, on se souviendra de la colonisation-finalement-assez-sympa-contrairement-à-ce-qu’on-nous-avait-dit-jusque-là, des africains pas entrés dans l’histoire, du plateau des Glières et de Guy Môquet (oui, il a osé, mais les cons, ça ose tout, rappelez-vous…) etc, maintenant que c’est le changement, enfin y paraît, et bien on continue joyeusement sur la même lancée : ainsi, Bertrand Delanoë célèbre « l’historien » Laurent Deuch dans les écoles, à la télé et ailleurs on entend causer du « génocide » vendéen (n’ayons pas peur des mots…), l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, qui devait diriger l’expo sur Camus à Aix en Provence, vient d’être viré comme un malpropre (il l’a appris par la presse) et remplacé par le « philosophe » Michel Onfray-tout-pour-passer-à-la-télé…

Comme quoi, l’époque à les philosophes et les historiens qu’elle mérite. Avec Houellebecq dans la catégorie littérature…

Et bien sûr, on a « commémoré » la Révolution… 14 juillet, 4 août, etc.

Et sur Médiapart, j’ai lu sur certains fils, les remarques et commentaires de gens estampillés « de gauche » : selon ces commentateurs, la Révolution, en fait, ça craint un max. Et évidemment, de se référer à François Furet… selon lequel, les élites bienveillantes de 1789 se seraient vu « confisquer le pouvoir » par le peuple en 1793 … Et évidemment, le peuple étant forcément barbare, cela aurait amené la Terreur…

Car l’abolition des privilèges, la prise de la Bastille, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, bon, tout ça c’est bien gentil … Mais les Révolutionnaires de 89 auraient « fait le lit » des « Terroristes » de 1793 … Ils auraient « fait le jeu » de Napoléon Bonaparte.

Parfaitement.

Un peu comme les « révolutions arabes » en ce moment. La démocratie en fait, certains n’y sont pas vraiment prêts, on le voit bien, comme « là-bas », où les gens votent franchement comme des cons : comme à Gaza en 2006, les tunisiens, les égyptiens, les lybiens ont « mal voté », ils ont choisi les fous de Dieu (bien la peine qu’on leur envoie des militaires pour les « libérer », tiens).

Comme nous avions « mal voté » lors du référendum de 2005. Heureusement que nos élus-élites avaient pu rattraper le coup en 2008, à Versailles. Tout un symbole.

Et ça a été pareil en 1848. D’accord, il y a bien eu l’abolition de l’esclavage, le suffrage « universel » (sans les femmes, évidemment), mais après on s’est quand même tapé dix-huit ans de Napoléon III (vous plaignez donc pas, nous, on a eu Naboléon que pendant cins ans)

Et rebelote le 4 Septembre 1870. La République est proclamée (ce sera la IIIème), et devinez de qui on hérite : Adolphe Thiers… Le massacreur des Communards.

C’était bien la peine de faire tout ce pataquesse pour un aussi brillant résultat. La République, le suffrage universel, tout ça…

Conclusion de tout cela, pour les commentateurs « avertis » : surtout ne changeons rien, on sait ce qu’on a, on sait pas ce qu’on pourrait avoir de pire. Et les « gens simples », hein, vous m’avez compris : mieux vaut éviter de leur demander vraiment leur avis, des fois qu’il leur viendrait l’idée de le donner, ou même, encore pire, de prendre vraiment le pouvoir…

Sauf qu’en réalité, que je sache, jamais le pouvoir, même « éclairé » n’a jamais rien donné aux misérables : il a bien fallu que le peuple, en France comme ailleurs, aille arracher de haute lutte ses maigres conquêtes…Et qu’il paye cher les libertés fondamentales et l’État de droit … parce qu’en face, ceux dont les intérêts poussent à réprimer durement toute protestation sont toujours là… Et qu’on assiste aujourd’hui, dans l’indifférence générale – voire la complicité – de nos braves gens « de gauche » à un joli retour en arrière…

En bonus, un petit texte édifiant de Gilles Deleuze, qui dit bien mieux que moi ce que je pense :

« Les Nouveaux Philosophes ont découvert que les révolutions tournaient mal … Faut vraiment être un peu débile. Ils ont découvert ça avec Staline. Ensuite, la voie était ouverte. Tout le monde a découvert, par exemple, à propos de la révolution algérienne : « Tiens… Elle a mal tourné parce qu’ils ont tiré sur les étudiants ». Mais enfin, qui a jamais cru qu’une révolution tournait bien ? Qui ? On dit : « Voyez les Anglais, au moins ils s’épargnent de faire des révolutions. » C’est absolument faux ! Actuellement, on vit dans une telle mystification… Les Anglais, ils ont fait une révolution, ils ont tué leur roi. Et qu’est-ce qu’ils ont eu ? Cromwell… Et le romantisme anglais, c’est quoi ? C’est une longue méditation sur l’échec de la révolution. Ils n’ont pas attendu Glucksmann pour réfléchir sur l’échec de la révolution stalinienne. Ils l’avaient.

Et les Américains ? On ne parle jamais d’eux, mais les Américains ont raté leur révolution au moins autant, sinon pire, que les Bolcheviques. Faut pas charrier… Les Américains, même avant la guerre d’Indépendance, ils se présentent comme… mieux qu’une nouvelle nation. Ils ont dépassé les nations, exactement comme Marx le dira du prolétaire. Ils ont dépassé les nations : les nations, c’est fini, ils amènent le nouveau peuple. Ils font la vraie révolution. Et, exactement comme les marxistes compteront sur la prolétarisation universelle, les américains comptent sur l’émigration universelle. C’est les deux faces de la lutte des classes. C’est absolument révolutionnaire. C’est l’Amérique de Jefferson, c’est l’Amérique de Thoreau, et c’est l’Amérique de Melville… Tout ça, c’est une Amérique complètement révolutionnaire qui annonce le nouvel homme, exactement comme la révolution bolchevique annonçait le nouvel homme. Bon, elle a foiré. Toutes les révolutions foirent. Tout le monde le sait : on fait semblant de le redécouvrir, là. Faut être débile !

Alors, là-dessus, tout le monde s’engouffre. C’est le révisionnisme actuel : il y a Furet qui découvre que la révolution française, c’était pas si bien que ça. Très bien, d’accord : elle a foiré aussi, et tout le monde le sait ! La révolution française, elle a donné Napoléon. On fait des découvertes qui, au moins, ne sont pas très émouvantes par leur nouveauté. La révolution anglaise, elle a donné Cromwell… La révolution américaine, elle a donné quoi ? Elle a donné Reagan. Ça ne me parait pas tellement plus fameux.

Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? On est dans un tel état de confusion… Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n’a jamais empêché, ça n’a jamais fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires ! On mélange deux choses absolument différentes : d’une part, les situations dans lesquelles la seule issue pour l’homme c’est de devenir révolutionnaire, et d’autre part, l’Avenir de la Révolution. Les historiens, ils nous parlent de l’Avenir de la révolution, l’Avenir des révolutions. Mais ce n’est pas du tout la question ! Alors, ils peuvent toujours remonter aussi haut pour montrer que si l’Avenir a été mauvais, c’est que le mauvais était déjà là depuis le début, mais le problème concret, c’est : comment et pourquoi les gens deviennent-ils révolutionnaires. Et ça, heureusement, les historiens ne l’empêcheront pas.

C’est évident que les Africains du Sud, ils sont pris dans un devenir révolutionnaire. Les Palestiniens, ils sont pris dans un devenir révolutionnaire. Si on me dit après : « Vous verrez, quand ils auront triomphé… Si leur révolution réussit, ça va mal tourner ! »… D’abord, ce sera pas les mêmes. Ce ne seront pas du tout les mêmes genres de problèmes. Et puis, bon : ça créera une nouvelle situation, à nouveau il y aura des devenirs révolutionnaires qui se déclencheront… L’affaire des hommes, dans les situations de tyrannie, d’oppression, c’est effectivement le devenir révolutionnaire, parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Quand on nous dit après « Ah, ça tourne mal », on ne parle pas de la même chose. C’est comme si on parlait deux langues tout à fait différentes : l’Avenir de l’histoire et le devenir actuel des gens, ce n’est pas la même chose. »

Written by Gavroche

11 août 2012 at 17 h 45 min