LES VREGENS

Archive for the ‘histoires de la violence ordinaire’ Category

A mes amis

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Salauds de pauvres !

L’autre matin, une amie, une qui me ressemble, une que j’aime, m’a téléphoné. Je ronronnais tranquille devant mon écran à écrire une bafouille inintéressante, et son appel m’a littéralement réveillée. Moi qui croyais être tellement démotivée que rien ne pouvait plus m’atteindre, ben le truc, ça m’a même sacrément mis en rogne.

Elle a reçu récemment un papelard des « services sociaux » du coin, qui aurait reçu un « signalement » (l’autre mot pour « dénonciation ») concernant ses gosses, et qui donc, la convoque, elle et son mari, pour « lui prodiguer des conseils » (passque faut pas déconner, si on laisse les ploucs élever leurs enfants tous seuls, et pis quoi encore) et autres joyeusetés concernant leur éducation et tout ça.

M’a fait penser aux enfants volés chez les britiches, tiens. Simplement parce qu’ils étaient des gosses de pauvres.

A revoir en replay

Bientôt, les pauvres, là-bas, on les stérilisera, d’entrée. Et ça pourrait bien venir par chez nous, la preuve. Toujours ça d’allocs en moins à leur filer, aux « assistés ».

Alors, certes, mon amie est pauvre.

Elle bosse pourtant beaucoup (mais alors vraiment beaucoup, du genre de 7 heures du mat jusqu’au soir 23 h, voire davantage si nécessaire) et son mari aussi. Voilà pour la légende des « pauvres-qui-sont-tous-des-feignants-même-que-c’est-leur-faute ». Ils ont une ferme en bio dans le coin, ils s’occupent de leur terre, soignent leurs bêtes, payent des crédits de fous, vivent dans un mobil-home parce la priorité, c’est la ferme, pour la maison, ils verront plus tard, et ils ont deux petits.

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La campagne du referendum, telle que les grecs l’ont vécue

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AUJOURD’HUI, MES PRIERES AUX DIEUX DE L’OLYMPE TIENNENT EN UN MOT : OXI

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Zigeuner Knabe

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Une rose, un jour

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J’ai lu la mort d’une petite fille de deux mois. Elle s’appelait Francesca, en hommage à notre terre qui fut jadis d’accueil de tous les déshérités.

Elle a vécu dans la rue, et elle y est morte.  Pas de place  au chaud pour elle.

Un bébé qu’un maire a refusé d’accueillir dans la terre de son village. Parce que les parents de Francesca ne payaient pas d’impôts. Alors…  Pas de place pour elle en terre de France.

Partout, j’ai lu qu’elle était « une petite rom ».

Pour moi, elle était juste un petit bébé humain.

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Vous avez dit violence ?

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violence
Comme vous le savez, le dernier week-end d’octobre, un jeune homme de 21 ans est mort, tué par la police. Il s’appelait Rémi Fraisse. Durant plusieurs jours, les forces de « l’ordre » ont utilisé des armes de guerre contre les manifestants opposés à la construction d’un barrage controversé en plein milieu de la zone humide du Testet, dans le Tarn.

Rémi Fraisse n’était pourtant qu’un simple botaniste, spécialiste de « la renoncule à feuilles d’ophioglosse ». Voilà qui devait sans doute justifier l’usage disproportionné de la force. Le gouvernement « socialiste » était très occupé à pleurer la mort d’un grand patron, et il a gardé le silence, un silence total, pendant deux jours, alors qu’il savait depuis le début pourquoi et comment Rémi était mort.

En bons relais de la parole gouvernementale, la plupart des politiques et des médias ont alors abondamment parlé de la responsabilité des militants, censés être de dangereux énergumènes, des violents, des drogués, des poivrots, des anarchistes, des « terroristes verts ».

Moi, cette mort m’a fait penser à ND-des-Landes, aux manifestations à la mémoire de Rémi Fraisse à Toulouse, à Marseille, et à celles plus anciennes en faveur des droits du peuple palestinien, toutes interdites, et/ou violemment réprimées par ceux qu’on appelait jadis les « gardiens de la paix ». Mais aussi à toutes ces morts anonymes, depuis des années, au cours de courses poursuites avec la police, où dans les commissariats, toutes ces morts « accidentelles », pour lesquelles personne n’a jamais été inquiété, et encore moins condamné. Toutes ces morts dont les victimes étaient des pauvres dans leur quasi totalité. Et le plus souvent des jeunes.

Pourtant, les manifestations et les saccages de bâtiments et d’installations publics par les agriculteurs de la FNSEA n’ont jamais été réprimées, celles des célèbres et mal nommés Bonnets rouges non plus. Ni celles des manifestants de droite, voire d’extrême-droite au cours de la « Manif pour tous ».

Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ?

Tout simplement parce que la cause première de cette violence, c’est d’abord celle exercée par un système à l’agonie. Peut-on encore croire que le vieux système néolibéral va céder sans violence une once de son pouvoir, même sous la contrainte d’un vote prétendu démocratique ? Rappelons-nous comment nos « représentants » se sont assis sur la volonté du peuple, à Versailles, en 2008.

Ce système a parfaitement compris où était l’ennemi, et qui sont ceux qui un jour, le feront tomber.

Nos politiques font tout pour retarder l’échéance fatale, et d’ailleurs, la seule chose qu’ils proposent encore dans leurs programmes électoraux, c’est de retenir le désastre, d’essayer de limiter la casse, pour que le système ne s’effondre pas tout de suite. Pour qu’il nous reste encore un peu d’espoir, histoire de ne pas nous révolter… Eux-mêmes n’y croient plus, pourquoi donc, nous les sans-dents, leur ferions-nous confiance ? Quant à l’environnement, la nature, la beauté, ils n’ont jamais rien fait pour les préserver, et ne feront jamais rien, à part des promesses.

C’est vrai partout dans le monde et pas seulement chez nous : Égypte, Turquie, Syrie, Espagne, États-Unis, etc, il y a de plus en plus souvent des gens qui essaient de prendre au sérieux la seule question qui vaille, la simple question de leur vie, de notre vie. Il y a des gens qui se retrouvent sur les places, dans les rues, sur les ZAD, dans les manifs, et même dans les émeutes. Ces gens, ce sont nos enfants. Ce sont les jeunes. Des jeunes qui ne vont plus voter (à quoi bon choisir entre la peste et le choléra) mais qui ont choisi de se défendre quand la police aux ordres leur balance des grenades, les tabasse, les mutile ou les tue.

En 2012, j’avais lu une tribune du Monde. Trois zadistes de NDDL écrivaient :

Les partisans de la non-violence semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendus, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre.

Dans notre monde malade, où le mot démocratie n’est plus qu’une vaste blague, il y a deux solutions : soit on rentre chez soi et on abandonne, soit on résiste.

Nos résistants en 40, tellement oubliés aujourd’hui, le savaient bien. Eux n’ont jamais renoncé. Ils étaient appelés « terroristes ».

Mandela lui-même, aujourd’hui célébré par les puissants, fut lui aussi un « terroriste ». Antonio Gramsci, lui, écrivait depuis sa prison : « Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. » Même Gandhi, pourtant apôtre de la non-violence, le disait : « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence. »

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Paroles, paroles

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Le réalisme, c’est le bon sens des salauds.
Georges Bernanos

Le véritable esprit de 1789 consiste à penser, non pas qu’une chose est juste parce que le peuple la veut, mais qu’à certaines conditions le vouloir du peuple a plus de chances qu’aucun autre vouloir d’être conforme à la justice.
Simone Weil

 

Curieusement, dans notre monde, malgré le sentiment d’injustice voire la colère de la majorité des gens, malgré la surabondance d’infos, même dans les médias dominants, sur les méfaits du capitalisme mondialisé, sur la corruption généralisée de nos gouvernants,  malgré la révélation des « affaires », rien ni personne ne bouge.

Vous me direz, à la différence des états totalitaires, où on a juste le droit de la fermer, nous au moins, dans nos démocraties libérales, on a le droit de râler, de critiquer, d’exprimer notre ras-le-bol, de manifester, et d’ailleurs on ne s’en prive pas.

On a le droit d’exprimer notre désaccord, à condition qu’il soit « citoyen ».

Et si on le fait, c’est garanti sur facture, même dans les médias dominants, on va parler ad nauseam de notre « grogne », qui sera exhibée et largement commentée par les chiens de garde du pouvoir.

Il faut dire que chez nous, la « liberté d’expression » est sacrée, même celle des militants du FN et même celle des racistes de tout poil, y compris parmi les élus, y compris ceux « de gauche ». Et de ressortir la phrase de Voltaire que tout le monde connaît.

Et ne vous avisez pas de penser ne serait-ce qu’un instant à la limiter, cette fameuse liberté d’expression, vous seriez instantanément qualifié d’abominable « crypto-facho »…

Ne dites pas non plus que si cette « grogne » se transforme en actes, cela vous paraît justifié. Vous seriez alors considéré comme un vil populiste.

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Corrida : la véritable histoire

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L’autre matin, j’écoutais l’émission de Jean-Noël Jeanneney, « Concordance des temps », sur France Culture, consacré à la corrida.

Dans cette émission était invité Éric Baratay, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3 depuis 2001, et spécialiste de l’histoire des relations hommes-animaux, principalement aux époques moderne (XVIe-XVIIIe siècles) et contemporaine (XIXe-XXIe siècle).

Il venait pour parler de son livre Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire, paru au Seuil ce printemps. Mais aussi, bien sûr, de la corrida.

Pour justifier la perpétuation de la barbarie taurine, les aficionados prétendent qu’il s’agirait d’une « tradition séculaire ». C’était d’ailleurs l’argument avancé par Nicolas Sarkozy et son ministre de la « Culture » (je sors les banderilles …) pour inscrire la corrida dans le « patrimoine culturel » de la France. J’en avais parlé à deux reprises ici.

Ce qu’est la « culture en France »

Le patrimoine culturel de la France

Dans la réalité, la corrida a des origines :

  • aristocratiques : après l’interdiction des tournois par le pouvoir séculier et par l’Eglise, les chevaliers en armure ont remplacé leurs adversaires humains par des taureaux, qu’il s’agissait de dézinguer à la lance. Ils sont en quelque sorte les ancêtres des picadors d’aujourd’hui. La noblesse guerroyant à cheval, y voyait un excellent moyen de s’entraîner. Elle s’est finalement lassée de ces pratiques, jugées peu civilisées, et les a laissées au bon peuple.
  • Car parallèlement à cette tauromachie le luxe, va débuter une tauromachie pédestre et populaire, juste au moment où les aristocrates se désintéressent peu à peu de leurs petits jeux, à la fin du XVIIIe siècle. Et ce sont les ouvriers des abattoirsqui, avant de tuer les animaux, vont « s’amuser » un peu avec. Histoire de joindre l’utile à l’agréable. Juchée sur les toits, la foule assiste à ce spectacle au grand désarroi des autorités, laïques et religieuses, qui tentent d’interdire pendant deux siècles ces pratiques non pour des raisons humanitaires, mais pour mettre un terme aux dégâts occasionnés, et au « déchainement des passions » populaires.Et peu à peu ce « divertissement » devient une profession à part entière. Les premiers toreros rémunérés sont donc d’anciens employés des abattoirs. De 1730 à 1750, la corrida va se codifier.

Une « invention » espagnole, donc, andalouse plus précisément, (les mêmes qui ont inventé l’Inquisition) dont la « technique » est fixée par le matador Pepe Hillo, dans un traité de 1796, sobrement intitulé La Tauromaquia o el arte de torear de pié y a caballo.

Si la corrida hérite des tauromachies aristocratiques le goût du sang et la recherche de la somptuosité, d’importantes différences sont à mentionner :

  • la création d’un animal spécifique (le taureau de combat)
  • la réapparition des arènes, qui pour beaucoup d’entre elles, servaient jusque là d’habitation aux plus pauvres
  • un but commercial

La technique du combat est élaborée de sorte que la mort de l’animal soit lente, sans quoi il n’y aurait point de spectacle. Il s’agit de « maintenir la vie dans la souffrance », selon la définition que Michel Foucault donne de la torture. Chaque combat dure quinze minutes, et une corrida comprend donc une série de mises à mort (à Madrid, après 1750, on tue six taureaux le matin et douze l’après-midi). Au siècle des Lumières, les récits de voyageurs allemands, anglais et italiens expriment de manière dominante un sentiment de répulsion face à la corrida, « spectacle » obligé pour les voyageurs. Pour les philosophes des Lumières, la corrida « ne devrait avoir que des bourreaux pour apologistes »

Au XIXe siècle, malgré une vive opposition à la corrida, de la part de Victor Hugo, Émile Zola, Victor Schoelcher, ou José Maria de Heredia, tous également opposés à la peine de mort, se construit en France – dans les milieux intellectuels – une « Espagne romantique » dans laquelle les toréadors occupent une place de choix. La corrida entre dans la littérature française, notamment sous la plume de Théophile Gautier, Alexandre Dumas et surtout Prosper Mérimée, ami personnel de l’impératrice Eugénie de Montijo. On constate que le mélange des genres n’est pas nouveau chez nous.

Car après le vote de la loi Gramont , en 1850, qui interdit les mauvais traitements perpétrés en public contre des animaux domestiques, promulguée grâce à la force de l’argument selon lequel la violence envers l’animal comprend en elle-même son extension à l’homme, Napoléon III fera une exception : pour les taureaux de corrida. Il faut dire qu’il était marié à l’impératrice Eugénie. Ça explique.

Et dans la foulée, ce sont les organisateurs de corridas qui vont tenter d’importer la barbarie partout en France : à Paris, à Dunkerque. Devant le peu de succès rencontré, ils vont concentrer leurs efforts dans le sud de la France, qui n’est donc pas vraiment une terre « naturellement » tauromachique…

Avant la Seconde Guerre mondiale sont élaborées toutes sortes de théories. L’Histoire de l’œil (1928) de Georges Bataille met en lumière l’érotisme morbide de la corrida. La mode est au mythe, et une interprétation « sacrificielle » est lancée en France par Henri de Montherlant dans Les Bestiaires (1926), puis par Michel Leiris dans Le Miroir de la tauromachie (1938).

Bon évidemment, tous les deux ont ensuite renié la corrida, qualifiée de « muflerie et sauvagerie » par le premier, de « snobisme » par le second … Comme quoi, tout le monde peut se tromper… Le tout est de le reconnaître.

Bref, tout est mis en place pour trouver des justifications… En un mot comme en cent, la corrida est une activité lucrative parée d’intellectualisme frelaté : « le combat de l’esprit contre la force brute »… le prétendu « danger pour l’homme » (entre 1950 et 2000 : un torero mort pour 45 000 taureaux, un match inégal)

Et on en arrive à notre époque :

En avril 1951, la corrida acquiert dans le droit français un statut dérogatoire : devant tomber sous le coup de la loi contre les actes de cruauté perpétrés en public contre des animaux domestiques, elle bénéficie d’une dérogation « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Sarkozy et son ministre de la « culture » n’ont rien inventé…

Toutes ces théories esthétisantes, ou qui se réfèrent à une prétendue « tradition », ne font que mieux souligner la brutalité de la corrida, car préciser que la violence est “mise en scène” ou “théâtralisée”, c’est reconnaître qu’elle est voulue, organisée, et délibérément exacerbée. Comme le savent les taureaux martyrisés, les sévices qu’on leur inflige ne sont pas fictifs, mais bien réels.

Eric Baratay était donc invité pour parler, pour une fois, de l’animal dans cette triste histoire.

Ainsi, il évoquait les propos d’un commentateur « sportif » des années 50 : « Très belle mise à mort, le taureau donne des signes évidents d’asphyxie, mais il est toujours debout… »

Selon les travaux des vétérinaires depuis trente ans, les taureaux, prétendument « sauvages », ne sont que des animaux domestiques, tout comme ceux qu’on voit brouter paisiblement dans nos prés… Et contrairement aux déclarations des aficionados, ils souffrent.

Le stress de ces taureaux commence avec « l’afeitado », une pratique qui consiste à scier plusieurs centimètres de corne pour éviter tout risque aux toreros, voilà qui démolit le prétendu « acte héroïque » de ces pingouins en costume moule-boules ridicule… Or, les cornes sont au taureau ce que les moustaches sont au chat : elles l’aident à se repérer dans l’espace. Leur mutilation brutale brouille les repères et la coordination de l’animal. Cette opération illégale, pratiquée clandestinement, provoque une intense souffrance, puisque la partie innervée de la corne est mise à vif. Et du coup, le taureau ne s’en servira pas contre son tortionnaire… Imaginez deux secondes qu’on vous lime les dents sans anesthésie…

En Espagne, la confédération des professionnels de la tauromachie, a d’ailleurs fait grève, il y a quelques années, pour s’opposer aux inspections vétérinaires destinées à vérifier, entre autres, que les cornes n’étaient pas sciées, au prétexte que les vétérinaires n’étaient pas assez expérimentés. Mais on peut aussi y voir une simple affaire de gros sous : il faut savoir qu’un matador professionnel gagne jusqu’à un million d’euros par an, et la vente de tickets rapporte plus d’un milliard d’euros chaque année …

Le stress des taureaux continue quand ils sont parqués dans l’attente d’entrer dans l’arène. Dans un espace clos, alors qu’ils vivaient dehors, dans le noir, pour qu’ils soient aveuglés en sortant, ils attendent, entendent les meuglements de leurs congénères qu’on tue, les cris des gens sur les gradins, ils sentent les phéromones de peur et d’angoisse, les odeurs de mort des cadavres qu’on emmène…

Le stress continue encore quand enfin ils sortent : désorientés, puisqu’on leur a coupé les cornes, souvent, pour échapper aux cris, au bruit, ils courent au milieu de l’arène pour s’en éloigner, ou terrifiés, se précipitent sur les gradins …

Et enfin, au cours de ce « spectacle », chaque taureau reçoit en moyenne entre 1,80 m et 2 m d’acier dans le corps. Dans des endroits sensibles, douloureux, leur système physiologique étant semblable à celui des humains…

Car comment se déroule une corrida type ?

Deux picadors montés sur des chevaux aux yeux bandés affaiblissent d’abord le taureau en lui plantant une longue pique entre les épaules, de façon à cisailler le ligament de la nuque et empêcher le taureau de redresser la tête. Ils remuent les piques pour provoquer une hémorragie conséquente.

Et il arrive parfois que les chevaux payent le prix fort. Baratay racontait qu’il y a peu, on remettait les entrailles dans le ventre du cheval blessé, on bourrait tout ça de paille, on recousait, et hop, on le renvoyait dans l’arène… (vous vous souvenez sans doute des terribles images de la mort de Xelim, le cheval du tueur Rui Fernandez à Séville, ce printemps…)

Mais comme le spectacle ne doit pas finir trop vite, il faut que le public en ait pour son fric) les picadors arrêtent avant que le taureau succombe. Ils cèdent la place aux peones, qui continuent la torture à coups de banderilles. Ces harpons, une fois enfoncés dans la chair, vont se balancer à chaque mouvement de l’animal, histoire de lui faire comprendre qui est le patron…

Enfin, quand le taureau n’a plus la force de les poursuivre, le matador (« tueur » en espagnol) peut enfin entrer en scène. Après avoir provoqué quelques charges de la part du taureau épuisé et mourant, il tente de le tuer avec son épée. Souvent, l’arme ne pénètre qu’à demi, transperçant un poumon, sectionnant une artère. Il faut alors achever l’animal en sectionnant la moelle épinière. Comme il arrive que le torero soit maladroit, le taureau est parfois encore vivant quand il est traîné par les cornes hors de l’arène. Pour clore le spectacle, les oreilles et la queue du taureau peuvent aussi être tranchées dans le vif et offertes aux spectateurs.

Tout cela, c’est ce que les aficionados appellent « un acte d’amour » entre le taureau et l’homme.

Alors que le gouvernement Sarkozy avait inscrit cette pratique barbare dans le patrimoine culturel français, un sondage de mai 2010 donne 66 % des français opposés à la corrida. Ce qui étonne, dans une société où la voix des médias, largement favorable à la corrida, fait oublier qu’ils ne sont pas nécessairement le reflet de la pensée du plus grand nombre, mais celui d’une classe sociale encore séduite par l’esthétisation de la violence.

Du pain et des jeux pour le bon peuple, vieille antienne.

Bibliographie :

– Eric BARATAY, Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire, Seuil, 2012.

– Eric BARATAY et Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, La Corrida, PUF, 1995.

– Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Éditions Connaissances et savoirs, 2005.

– Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, La Corrida de A à Z, Alan Suttons eds, 2010.

– Bartolomé BENASSAR, « Pourquoi l’Espagne a inventé la corrida ? », L’Histoire, mars 1993.

le site de la FLAC

Léros – les gens et la collecte

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Il est 20h, je parque la voiture, comme toujours, je stresse à l’idée de ne pas trouver l’adresse, 13 rue des Thermopyles, pas moins, mais c’est facile : un grand local d’angle ouvert sur la rue, rempli de sacs plastique pleins, de cartons et de gens à la bonne bouille… ouf, ils m’aident à porter mes sacs. Ils me servent un grand verre d’eau glacée. On discute.

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