LES VREGENS

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A propos de l’article d’Aude Lancelin

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J’ai lu hier cet article d’Aude Lancelin chaudement recommandé par un de mes amis, qui au passage, ne pourra plus dire que j’ignore ses recommandations…  (à vrai dire, je l’aime bien, la dame. Faut dire qu’elle est la compagne de Frédéric Lordon, et que j’avais lu son dernier livre, Le Monde libre, avec intérêt).

Un article certes bien écrit.

Mais :

– même s’il n’est pas inintéressant, mon principal reproche est qu’il ne raconte rien que nous ne sachions déjà.

– et qu’il exonère quelque peu beaucoup les journalistes de leur responsabilité.

Car à quoi bon parler à longueur d’articles et de journaux télévisés de « responsabilité » (celle des pauvres, celle des chômeurs, celle des jeunes de banlieue (aka les musulmans tous terroristes) qui font rien qu’à pas vouloir s’intégrer, celle des riens, et autres feignants, celle des jaloux (© Macron, ça vient de sortir), si on s’estime soi-même une « victime » et qu’on n’entend être responsable de rien ?

la plupart des journalistes n’ayant pas une claire conscience de l’idéal professionnel qu’ils sacrifient en se faisant les défenseurs d’un système des médias devenu profondément vicieux dans son fonctionnement, et dangereux dans ses implications démocratiques. La plupart n’agissent pas avec l’intention de nuire. Eux-mêmes sont en effet devenus, via l’instruction reçue dans les écoles de journalisme, ou la formation sur le tas dans les open spaces des rédactions contemporaines, le produit d’une vision javélisée de ce métier qui ne leur permet plus d’accéder au sens que celui-ci pouvait avoir, lorsque la grande presse d’opinion existait encore.

En clair, ils ont fait Sciences-Po et les écoles de journalisme, et sont formatés, les pôvres. C’est pas leur faute. Ben voyons. Et ça me fait penser, que moi aussi (parfaitement) j’ai fait Sciences-Po. A Aix. C’est vrai que je n’ai tenu qu’un an. Faut dire que Patrick Menucci (ben oui, le petit gros qui prétend aujourd’hui à la mairie de Marseille) était sur le banc avec moi. Forcément, une telle promiscuité, ça donne pas envie. Bref. Je ne suis pas devenue socialiste, et je ne n’appelle pas Laurent Delahousse ou Catherine Matausch, heureusement pour moi.

Plutôt que des Judas, beaucoup de journalistes sont en effet désormais des estropiés de ce système. Si on laisse de côté la fine pellicule des éditorialistes surpayés et fanatiquement dévoués à la perpétuation de ce dernier, la précarisation galopante de la profession est désormais une réalité.

Et on passe de « la plupart » à « beaucoup »… Pour passer dans la suite du texte à « les journalistes ».

Quant à la « fine pellicule » des éditorialistes et autres présentateurs de jités… Sont-ils les seuls à défendre « le système ? J’ai quand même des doutes. En lisant les articles de la PQR (qui doit regorger de smicards) ou même ceux des journaux nationaux bien installés…

Normalement, on a ce que l’on appelle le libre arbitre. On a le choix (en principe). Et surtout, on a eu le bac, on a fait des études dites supérieures, on est censé avoir une culture. Oui, c’est un gros mot, aujourd’hui. On est censé écrire sans faute d’orthographe, ni de grammaire. On est censé avoir lu et écouté. On est censé être curieux. Méfiant. On est censé chercher, croiser les sources.

Alors expliquer l’apathie (pour le moins) de presque tous les journalistes par une espèce d’harmonie préétablie leibnizienne, pardon, mais ça me fait doucement rigoler. D’abord parce que l’explication est un peu courte (sans doute que citer Leibniz fait sérieux) et ensuite, parce qu’effectivement, les milliardaires propriétaires attendent bel et bien « un retour sur investissement », la presse n’étant pour eux qu’une entreprise comme une autre , même si elle est aussi un bel instrument de propagande pour défendre leurs intérêts, et ceux des politiques qui sont à leur service.

D’ailleurs, l’ordonnance du 26 août 1944 avait pour objectif de sanctuariser la presse vis-à-vis des puissances de l’argent et de l’influence de l’État, tout en assurant l’indépendance des journaux et leur transparence, afin que la presse devienne « une maison de verre ». La Fédération nationale de la presse française (FNPF), adopte en novembre 1945 une « Déclaration des droits et des devoirs de la presse », qui affirme que « la presse n’est pas un instrument d’objet commercial mais un instrument de culture ».

La presse a pour mission de « donner des informations exactes, défendre des idées, servir la cause du progrès humain ».

(Source : wikipédia)

Un peu plus loin, Madame Lancelin donne un exemple plus concret des raisons de l’apathie (pour le moins) des journalistes : ils se taisent, parce que oui, faut bien manger et payer son loyer à la fin du mois. Et ça, c’est rédhibitoire, et … parfaitement compréhensible aux béotiens que nous sommes.

Enfin, curieusement, elle ne parle pas de ce qui reste du service public : où là aussi, même si les milliardaires ne sont pas (officiellement) aux manettes, les journalistes sont aux ordres. Avec une bonne vieille recette pour endormir le populo, occuper l’antenne avec une « info » qui n’intéresse pas grand monde, un exemple parmi d’autres, le jité d’hier soir (je sais, je me fais du mal) :

– Harvey Machin qui a sauté un max de starlettes (comme si Hollywood découvrait … l’Amérique)

– les incendies en Californie que y’a beaucoup de morts et de disparus (dans le pays le plus puissant du monde, mais ça on le dit pas)

(à croire que c’est le jité des US)

– le sport (cocorico on a gagné, ou snif bouh, on a perdu)

– on est pas si mal chez nous, vu que c’est pire ailleurs : les gens meurent à Raqqa (et désormais les syriens sont appelées « forces démocratiques » et plus « valets à la solde de Bachar »).

– et nous, on a eu Jean Rochefort que peuchère il avait vachement la classe

– Macron a traité les autres de jaloux, et ça a (paraît-il) suscité « des commentaires » (mais on ne saura jamais lesquels),

etc.

Bref. On a beau être dans un pays démocratique (rire … jaune), on en est pas moins en prison.

 

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Written by Gavroche

15 octobre 2017 at 11 h 35 min