LES VREGENS

Posts Tagged ‘chômage;travail;licenciement;bons sentiments

le mal de mère

with 13 comments

Jacqueline claqua sa portière, posa lourdement les mains sur le volant et soupira longuement avant de démarrer le moteur de sa Peugeot.
Pour sûr, elle ne s’y attendait pas à celle-là.
Depuis 3 semaines qu’elle avait commencé à faire le ménage chez ces gens là, on peut dire que jusque là, tout s’était bien passé.
C’est la coiffeuse du village qui les avait mises en relation, elle savait Jacqueline sérieuse, et puis elle trouvait intéressant de se faire bien voir auprès de l’adjoint au nouveau maire. Faut dire que la coiffeuse, Marie-Claude, était plutôt pour l’autre liste, celle du notaire et des commerçants, pas pour celle des socialos et du docteur qui avait finalement gagné. Alors, Marie-Claude, en tant que trésorière de l’union commerçante, et au nom du bon voisinage, voulait faire un peu oublier ses prises de positions passées. « Faut être adaptable quand on est dans le commerce ! » disait souvent son mari. Bref, quand la femme de l’adjoint lui avait dit, en causant, qu’elle cherchait une femme de ménage, Marie-Claude avait tout de suite pensé à Jacqueline et avait arrangé l’affaire, et c’est comme ça que Jacqueline avait obtenu ce nouveau travail.
Ça n’avait pas été pas facile pour Jacqueline : après 15 ans passés à faire du conditionnement en usine, elle avait été licenciée quand la direction américaine avait décidé de remplacer toutes les chaînes manuelles par des chaînes automatisées, plus rentables.
Les anciens bancs de conditionnement avait été déménagés dans l’usine de Pologne qu’ils venaient de racheter et ici, deux techniciens suffisaient maintenant.
Et Jacqueline et les copines : terminé.

Avec les indemnités du licenciement, Jacqueline s’était donc payé le permis. Sûr qu’il en fallait du courage à 45 ans pour le faire, c’est ça aussi qui avait plu à Marie-Claude : « Dans la vie, quand on veut, on peut ! », qu’il disait souvent son mari. Et aussi, il avait dit « Hein Jacqueline, le monde appartient ceux qui ont une auto ! » et ça, ça l’avait bien fait rigoler.
Le reste de sa prime de licenciement était passé dans sa Peugeot.
Et elle travaille depuis comme femme de ménage.
Avec ce nouvel employeur, ça se passait bien. Le soir, quand la femme de l’adjoint rentrait à la maison, elle lui proposait même un café et elle lui demandait si tout c’était bien passé, et tout ça sur le temps de travail, payé.
Alors, aujourd’hui, Jacqueline se sentait un peu perdue.
La semaine dernière, Jacqueline lui avait dit un peu sa vie. Comment elle avait quitté tôt l’école pour aller travailler, son mariage à 22 ans, avec le premier homme qui s’était intéressé à elle, les 4 enfants.
Et puis aussi, elle avait dit les tracas de la vie.
Seule avec les enfants toute la semaine, parce que Jean-Paul était chauffeur poids lourd. La grande obligée de s’occuper de ses petits frères pendant que Jacqueline est à l’usine, le travail en équipe, les roulements, le sommeil et les fins de mois difficiles…
Alors, bon, quand le petit, Anthony, a commencé à avoir des problèmes, à avoir de mauvaises fréquentations, elle en avait eu du souci, surtout que Jean-Paul a cette époque là n’avait plus de boulot, plus de permis. « L’alcool… » avait soufflé Jacqueline, avec une petite grimace entendue.
Du souci oui avec Anthony, elle en avait. Des vols, des bagarres, et puis la drogue, les gendarmes, les mises à l’épreuve….
Là, il était revenu à la maison, mais il recommençait ses histoires.
Du souci, oui ça en faisait du souci pour Jacqueline.
Elle lui avait dit tout ça la semaine dernière, à la femme de l’adjoint, en prenant le café.

Alors ce soir, quand la femme de l’adjoint lui avait dit qu’elle en avait discuté avec son mari et qu’ils ne pouvaient pas la garder, elle ne s’y attendait Dieu pas, ça non.
Oh, bien sûr, ils n’avaient rien à lui reprocher question ménage, mais voilà, avec les problèmes de drogue de son fils, ils ne sentaient pas rassurés qu’elle ait la clef de leur maison avec elle. On ne sait jamais, s’il venait à prendre la clef et à les cambrioler…
« Alors, bon, vous comprenez  Jacqueline, on est obligé d’arrêter. Mais ne vous inquiétez pas, je vais vous faire tous les papiers pour les Assedic, et puis on reste amies bien sûr. Un autre petit café Jacqueline ?».

Publicités

Written by lenombrildupeuple

15 décembre 2010 at 19 h 11 min