LES VREGENS

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« C’est quoi la question ? »

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Il en va de la littérature pour la Jeunesse comme de celle destinée aux adultes : le bon côtoie le moins bon et plus souvent, le pire. Qu’il s’agisse des textes, des thématiques ou des illustrations, les éditeurs et les auteurs de livres pour enfants visent rarement très haut, considérant manifestement les jeunes lecteurs plus comme des consommateurs potentiels que comme de futurs citoyens.

Mais alors, à quoi bon apprendre à lire ? à quoi bon lire des livres, si c’est pour y retrouver la banalité d’un quotidien que d’aucuns s’efforcent de nous présenter tellement « normal », tellement intangible, que beaucoup d’entre nous ne perçoivent même plus l’urgente nécessité d’en changer ?

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Written by Juléjim

6 mars 2014 at 11 h 19 min

Petit récit d’une expérience professionnelle (manière aussi d’écouter un peu de musique)

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J’ai bossé dans une petite maison d’édition régionale mais ayant pignon sur rue depuis le milieu des 70’s. L’éditeur était un vrai passionné. Il passait son temps à lire les manuscrits, recevoir les auteurs ou bien écrire lui-même. Je passais des heures à écouter ses anecdotes passionnantes sur la genèse de tel ou tel ouvrage.
Malgré tout il savait faire preuve d’opportunisme. Plutôt à gauche à l’origine, il n’avait pas hésité à passer à l’autre bord par intérêt financier (subventions), il n’était pas rare qu’il signe un auteur en détestant ses écrits mais juste parce que celui-ci avait un pouvoir quelconque (journaliste influent par exemple, ou encore le bouquin d’un politique). J’assistais quasi quotidiennement à des règlements de comptes verbaux avec d’anciens auteurs, des journalistes ou d’autres éditeurs pour raisons politiques ou financières.
La maison ne roulait pas sur l’or mais le gérant et sa femme s’octroyaient des avantages confortables et l’entreprise vivotait.
Puis le vent a tourné et les subventions ou autres aides se sont envolées, et l’éditeur vieillissant et sa femme décidèrent de se retirer et de vendre le fonds avant le dépôt de bilan qui se profilait.

Le petit jeune qui a repris est arrivé avec sa minuscule expérience dans le domaine, mais avec du fric et des tas d’idées soi-disant innovantes qui allaient dépoussiérer cette vieille maison assoupie. Résultat, il ne lisait aucun manuscrit – exceptés ceux du genre qu’il affectionnait mais il y en avait très peu – et publiait à la va-vite, sur la fois de la réputation d’un auteur, pour griller une maison plus ou moins concurrente, ou encore pour les beaux yeux d’une écrivaine. La seule véritable innovation étant de publier le plus possible en réduisant les coûts au maximum.

Il n’y avait plus aucune ligne éditoriale, ça partait dans tous les sens. Les libraires avaient de plus en plus de mal à comprendre la politique du boss et ne suivaient plus.
L’ambiance en interne entre les six salariés était déplorable, les projets foireux et les magouilles se suivaient, les histoires de coucheries du patron et les complications qu’elles engendraient prenaient le pas sur les préoccupations purement professionnelles, même les soucis judiciaires commençaient à apparaitre.
Le boss passait ses journées à trainer on ne sait trop où, il débarquait en général au bureau en fin d’après-midi pour deux ou trois rendez-vous vite expédiés et faire le « tour du propriétaire », puis il envoyait un stagiaire à l’épicerie du coin et descendait une bouteille de rouge.

J’ai fini par fuir à grandes enjambées cette entreprise, même si (avec le recul et bien loin de tout ça) il y avait parfois un côté sex and drugs and rock’n roll assez jouissif.

Written by alainbu

7 août 2010 at 22 h 11 min