LES VREGENS

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Monsieur D.

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L’autre jour, mon internet était en panne. Du coup, mon téléphone aussi.

Coup de chance, ici, on est pas en « zone blanche » ou « grise ».

Alors, avec mon vieux téléphone portable (je suis allergique aux aïephones et autres bidules tellement « modernes » que c’est tout juste s’ils ne vous font pas le café, un téléphone c’est fait pour … téléphoner, merde!) j’ai appelé la « hotline ».

M’a toujours fait penser aux Bidochon, comme truc.

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Après quelques minutes d’attente (dix minutes, quand même, à 0,34 euros la minute, elle coute un bras, Line) j’ai pu parler à un être humain.

Monsieur D.

Un accent africain à couper au couteau. Évidemment. De la musique dans la voix, pas comme tous les ceusses qui nous causent à la télé, qui n’en ont aucun, eux, d’accent.

Il a tout vérifié, la ligne, tout ça, bref, il a résolu mon problème en trois coups de cuillère à pot, avec gentillesse, efficacité, et tout et tout. Ça marche même mieux qu’avant, dis-donc.

On a fini par se causer gentiment, par rigoler ensemble, en nous appelant par notre petit nom, moi, Monsieur D. et lui, Madame G.

Il avait promis de me rappeler le lendemain, pour pas que je dépense mes sous avec Madame Hot Line, et il l’a fait.

Alors voilà, je me suis fait un copain au-delà de la Méditerranée, et ça m’a fait vachement plaisir. Ça m’est arrivé aussi un jour, en causant avec un gars qui habitait à Barcelone. Ben ouais, j’ai des copains dans tous les pays du monde, sur la terre qui est un astre.

Et sinon, j’ai lu un bouquin admirable, qui parle de plein de Monsieur D, qui viennent de là-bas, en Afrique. Qui viennent avec leurs femmes et leurs gosses. Qui viennent mourir comme des chiens aux portes de la belle Europe, cette vieille salope égoïste qui prétend représenter « les valeurs de l’humanité ». Ce livre parle d’un type banal, comme moi, comme nous tous, qui soudain, ouvre les yeux.

Ça s’appelle L’opticien de Lampedusa.

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Vous pouvez toujours écouter son auteur, Emma Jane Kirby, qui en parle sur France Inter.

L’autre invité, c’est Gianfranco Rosi, qui vient de faire un film, Fuocoammare, par-delà Lampedusa.

Le lien est là : L’heure bleue, 5 octobre 2016

Moi, les Monsieur D., je les aime, ils sont plus proches de moi, de nous, que tous ces propres-sur-eux qui prétendent nous gouverner. J’ai ouvert les yeux il y a longtemps.

 

 

 

Written by Gavroche

8 octobre 2016 at 12 h 35 min

Bienvenue à Calais

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Je sais bien que je ne devrais plus regarder la télé. Et en particulier les jités. Mais on ne se défait pas de nos vieilles habitudes.

Alors, hier, sur la trois, y’avait comme sujets, outre le froid aux z’états-unis (là-bas, c’est comme chez nous, du coup on est plein d’empathie pour les nioullorquais), les manifs à Calais. Et là, pas d’empathie. Juste « les braves gens excédés ».

24 migrants, montés sur un ferry à destination de l’eldorado angliche, ont « bloqué le port de Calais » pendant des heures. En fait, en écoutant ce qui se racontait, ce sont plutôt les robocops qui ont bloqué le port de Calais pendant des heures, pour aller récupérer manu militari les 24 migrants en question … Une déferlante de poulets pour aller récupérer 24 personnes. Pas un mot sur les conditions de vie de ces gens qui vivent là, sans eau, sans électricité, dans un des pays les plus riches du monde. Dans le pays où un ministre banquier « socialiste » balance à la gueule des chômeurs en fin de droits combien c’est dur d’être un patron.

Puis, le reportage montrait une « famille paniquée ». Laquelle a sorti les fusils.

Voir ici le reportage de la trois, diffusé à midi

J’ai trouvé une vidéo sur le ouèbe, qui n’est pas tout à fait la même que celle – soigneusement expurgée – diffusée dans le journal.

Hier soir, sur la trois, le gars en question, « paniqué », racontait sans rigoler au journaliste qui l’interrogeait, que « c’était juste pour leur faire peur », que l’arme n’était pas chargée… Un pauvre qui s’attaque à plus pauvre que lui.

Soyons rassurés, les migrants en question, et les « terroristes » No Borders qui les accompagnaient, seront jugés ce matin en comparution immédiate. L’allumé de la gâchette, lui, non. Les braves gens qui manifestaient contre les migrants non plus : ceux-là étaient bien propres sur eux. Des blancos. Manquait plus que Valls en tête de cortège.

Alors, Calais, c’est un laboratoire de l’extrémisme qui en dit long sur ce qui nous attend. Sur ce qui attend, surtout, les réfugiés. Pas seulement parce qu’on peut y trouver des frontistes pures souches et autres nationalistes allumés. Non. Calais, c’est la traduction concrète, avant l’heure, des ravages du racisme diffus qui ruisselle jusqu’au lit du prolétariat et qui fait monter la haine entre des galériens laborieux et leurs voisins besogneux.
Calais, c’est le prémisse d’un avenir assombri par des années de stratégies électoralistes basées sur l’insécurité, qui auront permis de banaliser le traitement inhumain des réfugiés. Calais, c’est l’introduction à la fronde réactionnaire qui ne demande qu’à gagner tout le pays. C’est l’avant-goût d’un pays d’extrême droite, comme chantait Mano Solo, un pays où « si t’es pas de la bonne couleur t’es transparent », un pays où « la justice porte le képi, peine de mort au coin de la rue ».

Lien

Voilà. Et ce matin, en pensant à l’état de mon pays, je me suis souvenue du poème de Baudelaire :

Une charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Pour le reste, pour changer le monde, pour le rendre plus juste, on attendra. Le bon vouloir d’un chef, peut-être. Parce que pour la révolution, c’est pas la peine d’y compter : la Grèce est couchée, Podemos s’allie avec ses socialistes, et nous, tous unis derrière Valls et Macron, on est occupés à chasser le muslim et le migrant …

Mise à jour, 26 janvier :

Suite à l’information donnée par l’ami Partageux, j’ai effectivement trouvé QUI étaient les porteurs de fusils. Ils sont des « militants actifs » de l’association d’extrême droite « Sauvons Calais ».

Lien

Sauf que. Ils sont en fait bien plus que ça :

Portrait du « riverain excédé »

Et bien évidemment, notre bonne vieille télé des familles n’en a pas dit un mot …

Written by Gavroche

25 janvier 2016 at 7 h 11 min

La misère est à nos portes, on s’en fout, c’est bientôt Noël

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Des années que ça dure… Dans l’indifférence générale. Et soudain, d’un coup, on ouvre les yeux.  On s’aperçoit que des gens meurent, par centaines, à nos portes…

Voilà ce que j’ai lu aujourd’hui sur le site de Celestissima :

250 migrants Africains, dont 74 Erythréens voulant rejoindre l’Europe afin de demander l’asile politique sont détenus depuis un mois dans le désert du Sinaï  par des trafiquants. Ils sont menacés de mort s’ils ne payent pas chacun la somme de 8000 euros.

L’ultimatum expire aujourd’hui, le 5 décembre 2010, dans la totale indifférence internationale.

Seules des ONG italiennes se se sont jusque là préoccupées du sort des prisonniers. C’est en effet une conséquence directe de la criminelle politique d’immigration menée par Berlusconi. Depuis les accords italo-libyens, sur le contrôle de l’immigration clandestine, les migrants arraisonnés en méditerranée ou arrêtés, sont enfermés dans des centres de rétention en Libye, autrement dit, dans des prisons. C’est pour échapper à la police de Tripoli et se réfugier en Israël que les 250 migrants ont chacun payé 2000 euros à des passeurs. Mais ceux-ci n’ont pas respecté le marché  et retiennent le groupe en otage.

Six migrants ont déjà été exécutés. Il semblerait aussi que les ravisseurs aient déjà emmenés quatre autres personnes dans l’incapacité totale de payer  afin de les contraindre à une ablation d’un rein.
Ce qui indique aussi une monstrueuse complicité avec des structures médicales.
Le père Mussie Zerawi, président de l’association des droits de l’homme Habeshia est en contact téléphonique avec certains otages, les témoignages qu’il rapporte sont glaçants:

« Ils ne nous donnent pas d’eau potable » raconte une femme, nous sommes enchainés comme des animaux » et encore « Certains d’entre nous sont grièvement blessés, ils ont besoin d’être immédiatement soignés, ils ont la tête fracassée et les membres rompus. L’autre soir, quatre d’entre nous qui n’ont aucune famille pouvant payer la rançon ont été emmenés. On va leur prélever un rein pour le vendre. D’autres ont été marqués au fer rouge pour les obliger à téléphoner à leurs familles pour demander de l ’argent.  L’ultimatum est pour dimanche, après, ils nous ferons disparaître. » «Nous sommes enchainés, depuis trois jours nous n’avons rien à manger. Sauvez-nous

Finalement EveryOne, une organisation de défense des droits des humains a fait savoir à l’ONU qu’elle avait déterminé le lieu où sont détenus les otages. Le rapporteur de l’ONU chargé de lutter contre le trafic des êtres humains a confirmé que ce drame serait traité en priorité. D’après l’Ansa, le Mossad aurait aussi été alerté afin d’éviter que les ravisseurs empruntent les tunnels qui joignent l’Egypte et la Palestine.

source: Il Fatto Quotidiano, la Repubblica, Everyone, Tolerance, Fortress Europe, Diritto di critiqua , Informare per resistere

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