LES VREGENS

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Que crève le vieux monde !

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Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !


La voix claire de l’enfant et la voix cassée du vieillard entonnent la même ballade : la ballade des vœux et souhaits. L’ouvrier à son patron, le débiteur à son créancier, le locataire à son propriétaire disent la ritournelle de la bonne et heureuse année. Le pauvre et la pauvresse s’en vont par les rues chanter la complainte de la longue vie.

Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !

Il faut que l’on rie ! Il faut que l’on se réjouisse. Que toutes les figures prennent un air de fête. Que toutes les lèvres laissent échapper les meilleurs souhaits. Que sur toutes les faces se dessine le rictus de la joie.

C’est le jour du mensonge officiel, de l’hypocrisie sociale, de la charité pharisienne. C’est le jour du vernis et du convenu.

Les faces s’illuminent et les maisons s’éclairent ! Et l’estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est façade, tout est leurre, tout est tromperie ! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous reçoit est un blasphème ou une moquerie.

Dans la curée âpre des appétits, c’est l’armistice, c’est la trêve. Dans l’âpre curée des batailles, c’est le jour de l’an.

On entend l’écho qui répète la voix du canon et qui redit le sifflet de l’usine. La mitrailleuse fume encore et encore ; la chaudière laisse échapper la vapeur. L’ambulance regorge de blessés et l’hôpital refuse des malades. L’obus a ouvert ce ventre et la machine à coupé ce bras. Les crimes des mères, les pleurs des enfants font retentir à nos oreilles l’affreuse mélodie de la douleur, toujours la même.

Le drapeau blanc flotte : c’est l’armistice, c’est la trêve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les lèvres bégaient des mots d’amitié : ricanements d’hypocrisie et de mensonges.

Bonne vie à toi, propriétaire qui me jettera sur le pavé de la ville sans t’occuper du froid ou de l’averse ?

Bonne vie à toi patron qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps après la dure maladie que je contractai à ton service ?

Bonne vie, bonne année à vous tous, boulangers, épiciers, débitants qui enserrez ma misère de vos péages honteux et qui tenez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes désirs.

Et bonne vie et bonne santé à tous, mâles et femelles, lâchés à travers la civilisation : bonne année à toi, ouvrier honnête, à toi, maquereau régulier, à toi, catalogué du mariage, à toi, inscrit aux livres de police, à vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma liberté, contre mon individualité.

Ah ! Ah ! bonne vie et bonne santé.

Vous voulez des vœux, en voilà.

Que crève le propriétaire qui détient la place où j’étends mes membres et qui me vend l’air que je respire !


Que crève le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.

Que crèvent ces loups âpres à la curée qui prélèvent la dîme sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps !

Que crèvent les catalogués de tous sexes avec qui les désirs humains ne se satisfont que contre promesses, fidélités, argent ou platitudes !

Que crève l’officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui obéit ; que crève le député qui fait la loi et l’électeur qui fait le député !

Que crève le riche qui s’accapare une si large part du butin social, mais que crève surtout l’imbécile qui prépare sa pâtée.

Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !

Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d’entre vous devine partout l’hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux apparaît à tout pas. Ce jour-là, c’est la répétition d tous les autres jours de l’an. La vie actuelle n’est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perpétuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l’obséquiosité du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.

La caresse de la putain a comme équivalent le sourire de la femme mariée. Et la défense du maquereau est pareille à la protection de l’époux. Truquages et intérêts.

Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute vérité, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un âpre souhait :

Que crève le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses préjugés qui empoisonnent l’air et empêchent de respirer.

Que les hommes décident tout à coup de dire ce qu’ils pensent. Faisons un jour de l’an où l’on ne se fera pas de vœux et de souhaits mensongers, mais où, au contraire, on videra sa pensée à la face de tous.

Ce jour-là, les hommes comprendront qu’il n’est véritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosphère de lutte et d’antagonismes. Ils chercheront à vivre d’autre façon. Ils voudront connaître les idées, les choses et les hommes qui les empêchent de venir à plus de bonheur. La Propriété, la Patrie, les Dieux, l’Honneur courront risque d’être jetés à l’égout avec ceux qui vivent de ces puanteurs.

Et sera universel ce souhait qui semble si méchant et qui est pourtant rempli de douceur :

Que crève donc le vieux monde !

Albert Libertad
L’anarchie, 27 décembre 1906.

Written by Gavroche

2 janvier 2014 at 22 h 01 min

Tous à la messe, bande de mécréants !

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Mais pas avec n’importe quel curé, et pas n’importe où …

Written by Gavroche

3 février 2013 at 19 h 08 min

Publié dans humour, Musique

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Le peuple révolutionnaire

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On a beaucoup parlé ces derniers temps, de « commémorations » historiques.

Comme Sarkozy revisitait (révisait?) l’histoire à sa sauce, on se souviendra de la colonisation-finalement-assez-sympa-contrairement-à-ce-qu’on-nous-avait-dit-jusque-là, des africains pas entrés dans l’histoire, du plateau des Glières et de Guy Môquet (oui, il a osé, mais les cons, ça ose tout, rappelez-vous…) etc, maintenant que c’est le changement, enfin y paraît, et bien on continue joyeusement sur la même lancée : ainsi, Bertrand Delanoë célèbre « l’historien » Laurent Deuch dans les écoles, à la télé et ailleurs on entend causer du « génocide » vendéen (n’ayons pas peur des mots…), l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, qui devait diriger l’expo sur Camus à Aix en Provence, vient d’être viré comme un malpropre (il l’a appris par la presse) et remplacé par le « philosophe » Michel Onfray-tout-pour-passer-à-la-télé…

Comme quoi, l’époque à les philosophes et les historiens qu’elle mérite. Avec Houellebecq dans la catégorie littérature…

Et bien sûr, on a « commémoré » la Révolution… 14 juillet, 4 août, etc.

Et sur Médiapart, j’ai lu sur certains fils, les remarques et commentaires de gens estampillés « de gauche » : selon ces commentateurs, la Révolution, en fait, ça craint un max. Et évidemment, de se référer à François Furet… selon lequel, les élites bienveillantes de 1789 se seraient vu « confisquer le pouvoir » par le peuple en 1793 … Et évidemment, le peuple étant forcément barbare, cela aurait amené la Terreur…

Car l’abolition des privilèges, la prise de la Bastille, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, bon, tout ça c’est bien gentil … Mais les Révolutionnaires de 89 auraient « fait le lit » des « Terroristes » de 1793 … Ils auraient « fait le jeu » de Napoléon Bonaparte.

Parfaitement.

Un peu comme les « révolutions arabes » en ce moment. La démocratie en fait, certains n’y sont pas vraiment prêts, on le voit bien, comme « là-bas », où les gens votent franchement comme des cons : comme à Gaza en 2006, les tunisiens, les égyptiens, les lybiens ont « mal voté », ils ont choisi les fous de Dieu (bien la peine qu’on leur envoie des militaires pour les « libérer », tiens).

Comme nous avions « mal voté » lors du référendum de 2005. Heureusement que nos élus-élites avaient pu rattraper le coup en 2008, à Versailles. Tout un symbole.

Et ça a été pareil en 1848. D’accord, il y a bien eu l’abolition de l’esclavage, le suffrage « universel » (sans les femmes, évidemment), mais après on s’est quand même tapé dix-huit ans de Napoléon III (vous plaignez donc pas, nous, on a eu Naboléon que pendant cins ans)

Et rebelote le 4 Septembre 1870. La République est proclamée (ce sera la IIIème), et devinez de qui on hérite : Adolphe Thiers… Le massacreur des Communards.

C’était bien la peine de faire tout ce pataquesse pour un aussi brillant résultat. La République, le suffrage universel, tout ça…

Conclusion de tout cela, pour les commentateurs « avertis » : surtout ne changeons rien, on sait ce qu’on a, on sait pas ce qu’on pourrait avoir de pire. Et les « gens simples », hein, vous m’avez compris : mieux vaut éviter de leur demander vraiment leur avis, des fois qu’il leur viendrait l’idée de le donner, ou même, encore pire, de prendre vraiment le pouvoir…

Sauf qu’en réalité, que je sache, jamais le pouvoir, même « éclairé » n’a jamais rien donné aux misérables : il a bien fallu que le peuple, en France comme ailleurs, aille arracher de haute lutte ses maigres conquêtes…Et qu’il paye cher les libertés fondamentales et l’État de droit … parce qu’en face, ceux dont les intérêts poussent à réprimer durement toute protestation sont toujours là… Et qu’on assiste aujourd’hui, dans l’indifférence générale – voire la complicité – de nos braves gens « de gauche » à un joli retour en arrière…

En bonus, un petit texte édifiant de Gilles Deleuze, qui dit bien mieux que moi ce que je pense :

« Les Nouveaux Philosophes ont découvert que les révolutions tournaient mal … Faut vraiment être un peu débile. Ils ont découvert ça avec Staline. Ensuite, la voie était ouverte. Tout le monde a découvert, par exemple, à propos de la révolution algérienne : « Tiens… Elle a mal tourné parce qu’ils ont tiré sur les étudiants ». Mais enfin, qui a jamais cru qu’une révolution tournait bien ? Qui ? On dit : « Voyez les Anglais, au moins ils s’épargnent de faire des révolutions. » C’est absolument faux ! Actuellement, on vit dans une telle mystification… Les Anglais, ils ont fait une révolution, ils ont tué leur roi. Et qu’est-ce qu’ils ont eu ? Cromwell… Et le romantisme anglais, c’est quoi ? C’est une longue méditation sur l’échec de la révolution. Ils n’ont pas attendu Glucksmann pour réfléchir sur l’échec de la révolution stalinienne. Ils l’avaient.

Et les Américains ? On ne parle jamais d’eux, mais les Américains ont raté leur révolution au moins autant, sinon pire, que les Bolcheviques. Faut pas charrier… Les Américains, même avant la guerre d’Indépendance, ils se présentent comme… mieux qu’une nouvelle nation. Ils ont dépassé les nations, exactement comme Marx le dira du prolétaire. Ils ont dépassé les nations : les nations, c’est fini, ils amènent le nouveau peuple. Ils font la vraie révolution. Et, exactement comme les marxistes compteront sur la prolétarisation universelle, les américains comptent sur l’émigration universelle. C’est les deux faces de la lutte des classes. C’est absolument révolutionnaire. C’est l’Amérique de Jefferson, c’est l’Amérique de Thoreau, et c’est l’Amérique de Melville… Tout ça, c’est une Amérique complètement révolutionnaire qui annonce le nouvel homme, exactement comme la révolution bolchevique annonçait le nouvel homme. Bon, elle a foiré. Toutes les révolutions foirent. Tout le monde le sait : on fait semblant de le redécouvrir, là. Faut être débile !

Alors, là-dessus, tout le monde s’engouffre. C’est le révisionnisme actuel : il y a Furet qui découvre que la révolution française, c’était pas si bien que ça. Très bien, d’accord : elle a foiré aussi, et tout le monde le sait ! La révolution française, elle a donné Napoléon. On fait des découvertes qui, au moins, ne sont pas très émouvantes par leur nouveauté. La révolution anglaise, elle a donné Cromwell… La révolution américaine, elle a donné quoi ? Elle a donné Reagan. Ça ne me parait pas tellement plus fameux.

Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? On est dans un tel état de confusion… Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n’a jamais empêché, ça n’a jamais fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires ! On mélange deux choses absolument différentes : d’une part, les situations dans lesquelles la seule issue pour l’homme c’est de devenir révolutionnaire, et d’autre part, l’Avenir de la Révolution. Les historiens, ils nous parlent de l’Avenir de la révolution, l’Avenir des révolutions. Mais ce n’est pas du tout la question ! Alors, ils peuvent toujours remonter aussi haut pour montrer que si l’Avenir a été mauvais, c’est que le mauvais était déjà là depuis le début, mais le problème concret, c’est : comment et pourquoi les gens deviennent-ils révolutionnaires. Et ça, heureusement, les historiens ne l’empêcheront pas.

C’est évident que les Africains du Sud, ils sont pris dans un devenir révolutionnaire. Les Palestiniens, ils sont pris dans un devenir révolutionnaire. Si on me dit après : « Vous verrez, quand ils auront triomphé… Si leur révolution réussit, ça va mal tourner ! »… D’abord, ce sera pas les mêmes. Ce ne seront pas du tout les mêmes genres de problèmes. Et puis, bon : ça créera une nouvelle situation, à nouveau il y aura des devenirs révolutionnaires qui se déclencheront… L’affaire des hommes, dans les situations de tyrannie, d’oppression, c’est effectivement le devenir révolutionnaire, parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Quand on nous dit après « Ah, ça tourne mal », on ne parle pas de la même chose. C’est comme si on parlait deux langues tout à fait différentes : l’Avenir de l’histoire et le devenir actuel des gens, ce n’est pas la même chose. »

Written by Gavroche

11 août 2012 at 17 h 45 min

La liberté ou la mort

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Dans l’indifférence quasi générale, les « représentants du peuple » grec viennent de vendre leur pays et leur peuple à la finance.

Voilà la sale gueule du ministre des finances grec

La prochaine « aide » de la troïka va servir à rembourser les intérêts de la « dette grecque » aux copains de Lukas Papademos chez Goldman Sachs et consorts.

Tous ces beaux messieurs bien gardés par la police aux ordres.


Pendant ce temps, le peuple meurt.


Toutes les images que j’ai vues m’ont fait penser à Gavroche, mon petit frère par delà le temps, mort sur une barricade le 6 juin 1832 …


On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute …

Incontournable :

Okeanews

Anthropologie du présent vidéos émeutes à Athènes

Edit 15 h 36 :

Gavroches de tous les pays...

katastroïka, le film

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ô, pauvres grecs, que peut-on faire ?

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C’est où qu’on en est ?

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Vous avez dû le remarquer, notre mètre-et-talons fait rien qu’à réécrire l’Histoire. Et croyez-moi, ce n’est pas par hasard. 

Il y a d’abord eu le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance, et Jaurès repris en boucle dans les discours… Puis le bon vieux temps des colonies, l’Afrique « pas entrée dans l’Histoire »…

Puis la lettre de Guy Môquet, jeune, très jeune militant communiste, mort en 1941, à 17 ans..

Puis le « parrainage » des enfants morts dans les camps par les écoliers de France…

Et puis, tout récemment, la « décision » du big boss de célébrer « tous les militaires morts pour la France », allez hop, tout ça le même jour : le 11 novembre… Il paraît que les Zétazunis le font déjà, alors, on va faire pareil.

Moi, je pleure sur le sort des malheureux poilus, dont les noms fleurissent par millions sur les monuments aux morts de nos villages, tous morts pour rien, dans une guerre atroce, où ils n’avaient rien à défendre que les intérêts impérialistes des puissants…

Je pleure sur les résistants à l’occupant nazi. Je pleure sur Jean Moulin. Je pleure sur les millions de morts civils de la guerre.

Mais je ne pleure pas sur les militaires de carrière qui ont choisi d’aller en Afghanistan. Ni sur les paras tortionnaires en Algérie. Ni sur les militaires de l’Indochine.

Mais moi, je connais un peu l’Histoire. Et j’ai de la chance.

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Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

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Demain, après-demain, un jour viendra, peut-être ...

J’ai lu tout récemment un article brillantissime de Serge Quaddrupani dans Article 11. Parce que l’urgence, aujourd’hui, à mon sens, elle est là : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

On va voter en 2012 (enfin, ceux qui y croient encore) une poignée d’entre nous va aller manifester derrière les bannières d’un syndicat, on va signer des pétitions sur le ouebe, râler devant les jités, s’énerver, se préparer un bon vieil ulcère d’estomac, ou un mal au dos carabiné, en vertu du principe : « j’en ai plein le dos », et ça va servir à quoi ?

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Le racisme, cet ennemi de si longue date …

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A l’époque où je ne savais pas encore si je ferais instit… ou chanteur de rock, je passais beaucoup de temps dans une ancienne ferme sarthoise, tout près de la commune de Malicorne. C’est là que nous répétions avec le groupe dont j’étais le chanteur, un peu guitariste et percussionniste à l’occasion. Le groupe avait une audience régionale, essentiellement dans l’ouest hexagonal, et il arrivait que des visiteurs, amateurs de musique pop’, passent quelques heures avec nous, le temps d’une répèt’. Un jour est arrivé un jeune couple d’étudiants ; ils avaient entendu et vu le groupe dans une boîte de Laval. Lire le reste de cette entrée »

Written by Juléjim

27 février 2011 at 15 h 59 min

Nelson Mandela, tel qu’en lui-même.

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Il y a quelques semaines ma fille aînée m’a offert un livre que j’ai reçu comme une sorte de geste symbolique, un message d’amour qu’adresse une jeune femme à son père, plus tout jeune. La force symbolique du message tient dans un prénom et un nom : Nelson Mandela. Car choisir d’offrir un livre de cet homme-légende, ou qui parle de l’oeuvre de sa vie, ce n’est pas insignifiant, et le destiner à son propre père encore moins.

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Il existe une autobiographie de Nelson Mandela intitulée « Un long chemin vers la liberté », paru en 1994. Ce best-seller est présenté comme un ouvrage collectif dont le manuscrit original a été rédigé à la prison de Robben Island par un « conseil éditorial » auquel appartenait Ahmed Kathrada, camarade, ami et compagnon de cellule. « Conversations avec moi-même. Lettres de prison, notes et carnets intimes » se veut un prolongement de ce travail autobiographique, tout en le concentrant sur l’homme Mandela. « Conversations avec moi-même nous donne accès à l’homme au-delà de sa figure publique, et cela à travers ses archives personnelles. »(précise Verne Harris, chef du projet éditorial, en introduction)

Et l’on a en effet le sentiment d’avoir approché « la légende » au plus près de l’intime, au terme de la lecture de cet ouvrage de 500 pages. On ne résume pas une légende, une icône, en quelques phrases. D’où la difficulté d’évoquer ce livre fait de lettres adressées pour l’essentiel à des proches et des membres de la famille, de notes personnelles griffonnées à la hâte faisant office d’aide-mémoire et de réflexions consignées dans des carnets à priori non destinés à être publiés.

A l’évidence, l’écriture constitue un outil de la pensée et de la réflexion pour cet homme privé de liberté pendant près de 30 années. « Mettez vos pensées en ordre par la réflexion, la plume à la main. Appropriez-vous la puissance de la plume. Lisez, lisez, lisez chaque jour, la plume à la main. » (N.M) C’est évidemment l’un des premiers aspects de sa personnalité qui me frappe et que je m’empresse de souligner. Lire le reste de cette entrée »

Insurrection

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— Alors petit, tu rêves ?

Il regarda avec surprise Marcel qui l’apostrophait et lui adressa un petit sourire contrit avant de reprendre la cadence de la batteuse et d’enfourner dans la gueule de la machine les aiguilles à ballot.

Oui, il rêvait, pourtant autour de lui la machine tapait et les hommes criaient. Mais en ce début d’après-midi d’été, il s’était pris à repenser à l’avenir qu’il s’était souhaité.

A ses 14 ans, il avait annoncé à ses parents qu’il voulait devenir boulanger, mais ses parents avaient pensé qu’avec son handicap, cette poliomyélite qui lui avait mangé toute force dans la jambe gauche, ce n’était pas une bonne idée et puis, de toute façon, ils ne connaissaient pas de boulanger qui cherchait un apprenti, alors…

Il était gentil Marcel. Pas comme ce salaud de Boulet.

Tap – tap – tap, claquait avec régularité la machine.

Il le voyait le salaud de Boulet, là-haut. Le colosse trônait au sommet de la batteuse comme si le monde lui appartenait.

Chaque fois qu’ils se croisaient, ce salaud le toisait de toute sa hauteur, et immanquablement le petit avait droit à une insulte : « fainéant », « bon à rien », « merdeux » « avorton », et souvent « boîteux ».

«Boiteux ! », « boiteux ! », « boiteux ! »…Il devait le sentir ce salaud de Boulet qu’il détestait qu’on lui dise ça, et sûrement que c’est ça qui plaisait à ce salaud.

Cette semaine là, ils battaient le blé dans une ferme du côté de Rebrainville, c’était à 20 km de chez ses parents mais la veille Marcel lui avait déconseillé de rester dormir dans la grange avec les autres gars de batterie : «  Boulet veut te faire ta fête, petit, tu devrais renter chez toi ce soir ».Il ne savait pas trop ce que l’autre comptait lui faire mais au ton de Marcel, il avait décidé de suivre son conseil et de rentrer. Pourtant, 20 km, en vélo, en pédalant sur une seule jambe, après les 10 heures de travail, ça ne l’emballait pas, mais il avait senti qu’il n’avait pas vraiment le choix.

Alors, la veille au soir, il avait repris son vélo. Il en était fier de son vélo. Rouge qu’il était. Ses parents avaient rechigné, c’est que ça en coûte des sous, mais bon, c’était pour travailler, et puis son grand frère avait soutenu l’idée. Il était écouté des parents Gaston, surtout depuis 4 ans qu’il était revenu de la guerre, auréolé de ses faits d’armes dans la résistance. Il avait d’ailleurs offert au petit un ceinturon pris sur un boche.

Mais, la veille, alors que la nuit tombait, en empoignant son vélo, il découvrit que le guidon et la selle étaient tartinés de merde. Il en avait plein les mains maintenant.

Le salaud, le salaud.

Il éructait, il pleurait.

Tant bien que mal, il essuya son vélo avec des brins de mauvaises d’herbes.

Chez lui, il n’avait rien dit à ses parents, à quoi bon. Il s’était couché directement, la main sur le ceinturon pour se réconforter. Dimanche, quand Gaston viendra, il lui en parlera se promit-il.

Aujourd’hui, il s’était appliqué à ne pas croiser l’autre salaud. Surtout, ne pas lui montrer ses yeux rouges de fatigue et de misère. Pas question d’abandonner sa fierté.

Un liquide lui coula dans le cou.

Instinctivement il rentra la tête dans les épaules tandis que le rire de Boulet éclatait. Le petit leva la tête vers lui, ce salaud se tenait debout, hilare, il avait à la main la gamelle dans laquelle il urinait pour ne pas avoir à descendre de la machine.

La gamelle était vide, ce salaud se marrait.

La pisse.

Il lui avait versé sa pisse sur la tête.

La rage remonta.

— Fumier ! hurla-t-il.

— Oh, ta gueule, boiteux. C’est pour rire.

— Tu me le paieras, tu verras, tu me le paieras.

Boulet cessa de rire.

— Quoi ? Tu t’es vu ? Tu veux qu’j’te casse l’aut’ patte ?.

Et il se remit à rire plus fort encore, prenant les autres à témoins de sa bonne blague.

Le petit s’éloigna pour ne plus entendre les rires moqueurs, trouva la fontaine et se passa de l’eau sur les cheveux, le cou et le visage, essuyant larmes et pisses mêlées.

La batteuse s’était arrêtée. Les hommes s’affairaient autour.

Le petit retourna vers la machine, l’œil noir, il clopina vivement.

Boulet était penché sur un engrenage.

Le petit attrapa la burette et de toute sa force et de toute sa rage, lui asséna un coup de burette à huile sur le crâne.

Boulet s’affala au sol, le petit se jeta sur lui et assis sur son ventre, il le cogna. Gauche, droite, gauche, droite.

Ban – ban – ban, tapait avec régularité le petit.

Dans le nez, dans les yeux, dans la bouche de Boulet, qui ne réagissait plus.

Boulet n’aurait désormais plus de dent, le petit avait les phalanges en sang, mais déjà Marcel et Raymond le ceinturaient et l’empêchaient d’accomplir son œuvre.

— Laissez-moi, j’vais l’tuer, j’vais l’tuer !! Hurlait le petit.

Mais Marcel et Raymond ne le laissaient pas.

Bientôt, sa colère retomba, laissant la place à l’excitation.

— J’l’avais dit que je l’aurais, j’l’avais dit.

Marcel le tenait toujours fermement.

— Oui, mais s’il va aux flics, tu iras en taule…

Written by lenombrildupeuple

16 novembre 2010 at 19 h 02 min