LES VREGENS

Opération banlieues

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Je viens de terminer la lecture d’un livre dont – est-ce vraiment un hasard ? – on a beaucoup moins parlé que du fameux « Déni des cultures » d’ Hugues Lagrange… Pour lequel comme vous le savez, la délinquance dans les « quartiers » serait causée par des facteurs essentiellement culturels, et non par la misère sociale de ses habitants.

Ce livre s’appelle « Opération banlieues ». Il a été écrit par Hacène Belmessous, qui est journaliste, et chercheur indépendant, auteur de plusieurs ouvrages, déjà, sur le sujet.

Selon lui (et il a des arguments de choc) les fameuses « politiques de la ville » successives, depuis les années 70, visent à rétablir le droit dans les cités… Qualifiées de « zones de non droit ». Mais en fait, derrière les grands discours humanistes, se cache une réalité beaucoup plus discrète, et beaucoup moins noble : la préparation d’une « guerre totale » aux quartiers, transformés en ghettos ethniques, véritables chaudrons sociaux, dont le « traitement » ne relèverait plus que de l’éradication. Par l’armée.


Petit à petit, sous prétexte de « rénovations urbaines », ces quartiers sont tout simplement « reconfigurés » aux normes policières : les nouveaux architectes suppriment les impasses, les « points aveugles », les coursives, et les municipalités installent des caméras.

Depuis l’adoption en 2008 (discrète, là aussi, et sans passer par la case Parlement) du « livre blanc sur la défense ET la sécurité nationale », on a rajouté au texte déjà existant un volet « sécurité intérieure », fusionnant ainsi deux notions jusqu’alors distinctes, et deux métiers différents : le soldat et le policier. Au nom évidemment de la « menace terroriste » associée constamment aux banlieues populaires.

En clair, à travers ce « Livre blanc », on découvre que 10 000 soldats sont prêts à intervenir dans les quartiers face à « une situation grave survenant sur le territoire national. »

Vous pouvez le télécharger ici.

Selon Patricia Adam, députée PS, ce « Livre blanc » n’est ni plus ni moins qu’un « copier-coller » du Patriot Act américain, et les pouvoirs sont concentrés dans un seule main : celle du Président de la République.

« Rien n’empêche aujourd’hui le président, en cas de crise, de faire intervenir l’armée dans les banlieues, ce qui était impossible précédemment. Or, le Parlement n’a aucun moyen de lui demander des comptes, de demander par exemple l’arrêt de l’intervention des forces militaires. »

Et aussi : « N’avoir plus qu’une force de sécurité, qui plus est entre les mains du président, c’est une menace pour la République »… Rassurant, non ?

Les banlieues sont donc devenues les « territoires perdus » de la République. Et l’ennemi intérieur, c’est évidemment l’immigré, illégal ou non, le bronzé, le bougnoule, forcément intégriste, forcément voyou, et la femme musulmane, forcément voilée, au mieux avec un foulard, au pire avec un niqab…

Et cette « guerre » aux cités doit (évidemment) se gagner d’abord dans l’opinion. Politiser les actions policières, instrumentaliser les violences urbaines, et polémiquer sur les femmes qui portent le voile intégral, voilà qui servira à contrôler socialement les banlieues d’abord, le reste du pays ensuite.

Je me rappelle de la naissance de l’association « Ni putes, ni soumises »… C’était juste après l’assassinat particulièrement abominable d’une jeune fille dans une cité.

La « Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité » était partie de Vitry-sur-Seine en hommage à Sohane Benziane, 17 ans, brûlée vive quelques mois plus tôt pour s’être affichée avec son petit ami. C’est le point de départ d’une marche qui, après 23 étapes en France, avait regroupé 30 000 personnes le 8 Mars suivant à Paris. Décidé à briser le silence entourant la condition féminine dans les cités « difficiles », le mouvement dénonçait les violences, les « tournantes » mais aussi les atteintes quotidiennes à la liberté.

Et tout de suite, j’avais trouvé que c’était bien. Je me souviens de la réaction d’une copine de bureau, qui avait été très choquée par le nom donné à l’association, volontairement provocateur. Jusqu’à ce que je lui explique.

Et aujourd’hui, quand je vois ce que cette association est devenue, je me dis que décidément, l’argent, et le pouvoir n’ont pas d’odeur. Et qu’importe les renoncements.

Aujourd’hui, Sihem Habchi, la nouvelle patronne de « NPNS » comme l’association s’appelle désormais, vient de signer une « convention » avec le « ministère de l’immigration et de l’identité nationale »… Paraît-il pour « promouvoir les valeurs de la laïcité » et « l’égalité hommes-femmes » dans les « quartiers »…


15 « ambassadrices » vont en effet être envoyées dans les banlieues, pour convaincre les femmes portant le niqab de l’enlever. Car le problème des banlieues, ce n’est pas la misère (70 % des gens vivent sous le seuil de pauvreté) ou le chômage, c’est le niqab, et les « racailles »…

Alors, on pourrait se dire que Sihem Habchi se verrait bien remplacer Fadela Amara dans le « nouveau gouvernement »…? Mais non, voyons, Sihem Habchi est juste une « grande fille toute simple », prête à laisser parler son coeur…

Entre le style grande gueule « popu » de Fadela Amara (qui loge son petit frère aux frais du contribuable, et dont on attend encore les résultats du « Plan Banlieues »), la jolie petite gueule de Rama Yade (elle est un peu cruche, mais sincère, alors on lui pardonne, hein) et la belle Rachida Dati qui s’habille chez Dior, s’invente des diplômes, et fait un bébé toute seule (mais non, Bernard Laporte n’est pas le père, il l’a dit ét répété de manière très élégante) la petite dernière n’est pas mal non plus…

Comme une grande, elle sait jouer « la beurette reconnaissante », mais attention, hein, prête quand même à pousser un « coup de gueule » pour rappeler à la République que pour libérer les filles des banlieues, il faut « taper dans le tas » !

Et elle cause bien ! D’abord, elle connaît le terrain (forcément, elle en vient) et puis, elle défend une cause tellement noble, la « lutte contre le communautarisme »… Et « les valeurs qui nous ressemblent »… Et d’ailleurs, pour défendre cette cause, elle est prête à tout accepter, même un poste lucratif dans le ministère de M. Besson… C’est dire.

Un joli « féminisme » que celui de Madame Habchi, qui trace des frontières (encore des barrières) entre les quartiers « sensibles », minés par le sexisme et la violence faite aux femmes, et la République française où (pour reprendre l’expression de Sarkozy commentant l’agression de Scheherazade par un « individu pakistanais » en 2005) « les femmes sont libres »… Ne riez pas, car il semblerait que les meurtres que les hommes bien de chez nous commettent contre les femmes bien de chez nous, près de 150 l’an dernier, soient devenus soudains invisibles…

Sans même parler de la « parité » (haha) à l’Assemblée (18 % de femmes) au Sénat (un peu plus de 20 %), ou dans les médias (33 %)… Ou des inégalités criantes qui subsistent dans le « monde du travail », ou les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes…

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le gouvernement démantèle peu à peu les droits sociaux (et avec la « réforme des retraites », là aussi, ce sont les femmes qui sont une fois de plus les perdantes) tout ça dans une atonie générale, une espèce de fascisme mou auquel pas grand monde ne trouve à redire (me fait toujours penser à la grenouille qu’on fait cuire à petit feu), mais en même temps, dans tous ses discours martiaux, notre président, « il en a »… ! Inflexible, qu’il est, le chef.

Alors aujourd’hui, « NPNS » a franchi un cran, Sihem Habchi est à la tête d’un bataillon de gentilles beurettes, prêtes à se faire les auxiliaires des services de police et du puant ministère de l’identité nationale.

Education et dialogue, me direz vous ? Laissez-moi rire… car que restera-t-il à faire pour transformer les femmes en vraies « citoyennes » si elles ne l’enlèvent pas, leur burqa ? Tout bonnement leur envoyer la police pour leur coller une amende et les renvoyer à la maison. Une jolie façon de lutter contre l’exclusion.

Sinistre collaboration.

Et pour finir, un article de Jacques Rancière :

Parmi les films marquants de l’année 2009 figure Vincere, consacré par Marco Bellochio au destin tragique d’Ida Dalser, amante congédiée par Mussolini et enfermée sur son ordre à l’asile. Il y a lieu de s’interroger sur la compassion ainsi suscitée pour celle dont le crime fut non pas d’avoir dénoncé le fascisme mais d’avoir revendiqué la gloire d’être la vraie femme du dictateur et la mère de son fils. Sans doute peut-on en réduire la portée au classique effet Marie-Antoinette : en dehors de tout jugement politique, une femme déchue d’un haut rang attirera toujours plus la compassion que celle dont la misère a toujours été la condition. La tragédie, disait déjà Aristote, est l’histoire de personnages célèbres qui passent par quelque coup de fortune du bonheur au malheur.

Reste que les spectateurs des pièces d’Eschyle ou de Sophocle pouvaient librement compatir aux malheurs d’Agamemnon ou d’Œdipe. Entre ces princes de légende et les citoyens de l’Athènes démocratique, il n’y avait pas de comptes à régler. Il n’en va pas de même pour Marie-Antoinette. On sait que depuis trente ans une campagne idéologique acharnée s’est attachée à montrer dans la Révolution française l’origine des totalitarismes du XXe siècle (donc aussi du fascisme mussolinien) et à criminaliser, à sa suite, tous les mouvements d’émancipation et toutes les luttes sociales du passé.

On accusa d’abord les théories maléfiques et les aspirants dictateurs qui avaient exploité à leur profit la lutte des opprimés. Mais bientôt, c’est à ces derniers qu’on s’en prit directement. C’étaient eux, découvrit-on, les véritables oppresseurs. Un temps vint où toute grève de travailleurs se trouva assimilée à une prise d’otage visant à défendre les avantages de catégories privilégiées. Parallèlement, nombre d’idéologues dénonçaient la «tyrannie» des victimes, exercée par des peuples privés de leur terre ou de leurs droits. On se souvient du triple argument qui répondit à l’image d’un enfant palestinien mort dans les bras de son père : premièrement, il était indigne de faire appel à la compassion dans des problèmes aussi complexes ; deuxièmement, l’enfant était en parfaite santé ; troisièmement, il avait été tué par des balles de son propre camp.

Dès lors que les opprimés d’hier devenaient des privilégiés et des tyrans, il était logique que les puissants prissent le rôle des victimes. C’est cette confiscation qui a été permise par les attentats du 11 Septembre. Le fameux «Nous sommes tous Américains» du directeur d’un journal français pouvait exprimer la compassion pour ceux qui étaient morts ce matin-là dans des conditions horribles. Mais elle marquait tout autant le renversement des choses que sut parfaitement exploiter le prétendu crétin George Bush : la superpuissance américaine devenait la victime par excellence, exerçant sa police mondiale comme défense universelle des victimes. Et tous les pays riches se solidarisaient dans cette entreprise. Les puissants de ce monde, depuis lors, n’en finissent plus de jouer les suppliciés. Tout politicien dont on révèle les médiocres trafics crie au lynchage médiatique et, s’il a quelque renom, un artiste accusé de viol sur mineure est réputé victime d’un lynchage judiciaire. Récemment un philosophe allemand appelait les riches à se révolter contre la «kleptocratie» fiscale organisée par l’Etat pour servir le vil ressentiment des pauvres. Il appelait les mêmes riches, au nom de la culture noble, au don volontaire. Cette seconde partie du programme risque de susciter moins d’enthousiasme que la première.

Il est vrai pourtant que nos dirigeants montrent encore parfois quelque sollicitude pour les victimes à l’ancienne. En témoigne le récent projet de loi sur le port de la burqa. Une telle humiliation imposée aux femmes est inacceptable dans notre république et doit être sanctionnée a dit notre Président. En conséquence de quoi celles qui subissent cette humiliation paieront une amende pour laquelle on a avancé le chiffre de 1 500 euros. On s’étonne qu’il n’ait pas poussé plus loin un principe aussi novateur. Le viol est aussi une humiliation et il y a beaucoup plus de femmes violées en France que de femmes porteuses de la burqa. Il serait donc logique de faire payer une lourde amende à toutes les victimes de viol. On pourrait aussi étendre le principe, en mettant à l’amende toute victime de violence ou d’injustice. A 1 500 euros par injustice, une telle mesure aurait l’avantage annexe de soulager le déficit des budgets publics sans nuire à la compétitivité d’aucune entreprise. Il va de soi que les victimes de lynchages médiatiques ou judiciaires et tyrannies de même sorte en seraient exemptées.

Quelques liens pour aller plus loin

Ni Putes, ni soumises, un appareil idéologique d’Etat

Anatomie de l’opération burqa…


Une Réponse

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  1. […] Comme dit l’ami Korkos, l’occasion de relire l’article que j’avais écrit ici… […]


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