LES VREGENS

Piketty : un capitalisme sans Histoire et « à visage humain »

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J’ai lu cette semaine l’article de Lordon dans le Diplo, à propos du dernier pavé (1000 pages !) de Thomas Piketty, modestement et sobrement intitulé Le capital au XXIème siècle, que j’avais commencé à lire, si, si, et qui m’est tombé des mains, tellement ce qu’il écrit est finalement convenu, et …

Sans dangersans danger

J’avoue que d’emblée, moi, je me méfiais, et de Piketty (se rappeler d’où il vient, où il écrit, et quels sont ses amis politiques) et de cette espèce d’unanimisme de la presse déchaînée autour de son livre, gage en soi de totale innocuité, comme pour tout ce qu’elle choisit de célébrer passionnément.

Comme le dit Lordon avec ironie, il faudrait vraiment que « le monde ait changé de base » pour que Libération, L’Obs, Le Monde, L’Expansion et aussi le New York Times, le Washington Post, etc., communient à ce degré de pâmoison en quoi que ce soit de sérieusement dérangeant.

On ne saurait mieux dire.

Et puis tiens, l’article, le v’là. Espérons que M’sieu Lordon me pardonnera de diffuser et de partager ses analyses sans son autorisation. C’est moi qui ait souligné certaines phrases en gras. C’est qu’il dit beaucoup mieux que moi ce que je pense.

Et n’oubliez pas, si vous pouvez, d’acheter Le Diplo. C’est bien le seul aujourd’hui à faire entendre une voix un peu discordante.

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Les pattes de colombe

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Ça me désole lorsque des amis et amies ressentent l’impérieuse nécessité de devoir pointer, encore une fois, les errements des manchots[1] qui nous gouvernent – ou plutôt, qui nous dirigent. Oh, bien sûr, c’est sans doute de salubrité publique, du dessillement salutaire. Quoique que peut-on y faire, à part aller épisodiquement mettre sagement des petits papiers dans des boîtes[2] en espérant que «cette fois-ci sera la bonne»? Espérant notre Tsípras ou Orbán (pour ne pas faire de jaloux) à nous, l’homme (ou la femme, suivez mon regard) providentiel(le)? Pour ma part, je vais arrêter de faire semblant d’y croire.

 

Mais je ne suis pas pessimiste ni résigné du tout, bien au contraire, j’ai amplement la patate. Pendant que d’aucuns se focalisent et s’affligent sur nos élus de pseudo-alternances qui font tous la même politique, nous enfonçant dans ce débilitant néolibéralisme qui rend de jour en jour plus apparent qu’ils se torchent le cul avec ce qu’ils nous vendent pour de la démocratie[3], cette dernière se (ré)invente ailleurs, localement, hors de leur pouvoir ou même de leur regard, sans parler de leur compréhension. Un de ces processus prend appui sur le capitalisme qui a permis sa germination, tout en s’émancipant cependant de la plupart de ses contraintes et défauts. Et ceci, paradoxalement, au sein même de ce qui fait le fer de lance du système, les… entreprises.

Ce 24 février est passé sur Arte le documentaire Le Bonheur au travail. La chaîne en a peut-être mesuré l’importance, comme je le fais, puisqu’au lieu de permettre d’y accéder à +7 jours, comme pour tout ses autres programmes, elle l’a laissé pendant +60 et il y est toujours visible pour encore une quinzaine. Si vous ne l’avez pas vu, je vous y encourage plus que vivement.

Qu’y voit-on? Des entreprises et même des administrations qui n’ont pas le fonctionnement qu’on leur suppose généralement, que celui-ci soit jugé plus ou moins bon ou agréable. Ces organismes d’un nouveau genre ont comme principales caractéristiques 1) une remise à plat (littéralement) de la hiérarchie, 2) l’absence de stratégie programmée au profit d’une évolution collective basée sur la raison d’être[4] de l’entreprise et 3) la plénitude[5] de ses employés. Tout ça donne le «bonheur au travail», ce dont témoignent à l’évidence ceux qu’on y entend.

Néanmoins, ce dernier point, qui offre son titre au documentaire, est tout à fait anecdotique – même s’il est évident qu’il est plus souhaitable d’être heureux que malheureux. Parce que ce n’est pas une énième variation de techniques de management ou une habile manipulation de l’angle alpha. C’est un nouveau paradigme d’organisation sociale qui révolutionne autant les rapports humains, professionnels, entrepreneuriaux que notre appréhension[6] du monde, et même la conception qu’on peut avoir de soi-même. C’est un véritable changement d’état de conscience comme l’a pu être le passage du mysticisme à la raison au cours du Siècle des Lumières.

Je me garderais bien de commenter davantage les implications de ce bouleversement, parce que je ne suis qu’à la moitié du livre de Frédéric Laloux, qui l’analyse finement: Reinventing organizations et qu’il faudra certainement que je relise pour comprendre tous les tenants et les aboutissants – dont il dit lui-même qu’il n’est pas sûr de mesurer complètement les caractéristiques, processus et pratiques, ni même avoir de certitude sur ses implications. Ledit ouvrage n’est pour l’instant disponible qu’en anglais, mais une traduction française est annoncée pour ce printemps. En attendant, vous avez une conférence, quoiqu’elle n’aborde que très superficiellement l’étendue et la singularité du changement en cours, donnant cependant des indices sur son originalité.

Les événements les plus importants arrivent sur des pattes de colombe

Ceux qui me connaissent savent mon attachement à une conférence que Michel Serres a donnée en janvier 2011 qui m’avait retourné le cerveau[7] où il disait: «Les événements les plus importants arrivent sur des pattes de colombe». J’ai l’heur de penser que ce qui naît dans ces organisations est bien une lame de fond, prenant de l’ampleur, qui va radicalement transformer nos sociétés de l’intérieur. Je trouve ça enthousiasmant, une lumière éclatante dans la purée de pois de nos temps troublés, pour qui a les yeux pour la voir.

Quand on vous dit ironiquement «On vit une époque formidable», prenez-le au premier degré: on vit vraiment une époque formidable. Et le plus formidable, c’est que ça n’a que peu à voir avec la technologie, l’internet ou ce genre de choses, même s’ils y ont certainement un rôle, mais celui-ci ne semble que marginal et facilitateur, voire accélérateur. L’essence réside en l’humain et sa capacité à progresser et, surtout, sa capacité à communiquer, à rencontrer.

Je suis les liens que je tisse

Avec les mots du grand Albert Jacquard: «Je suis les liens que je tisse».

↑ [1] J’aurais pu mettre «pingouins» mais ceux-ci ne sont pas, contrairement à ce que beaucoup croient, les créatures auxquelles ils veulent faire référence; et puis il faut dire que le double sens de «manchots» est très approprié ici.

↑ [2] Dans des «urnes», quel mot bien choisi puisqu’il signifie aussi et, à mon sens, surtout: «Vase qui sert à conserver les cendres des morts». Si c’est pas un indice, ça…

↑ [3] Qui n’en est pas, putain. Pourquoi oublie-t-on qu’un des principaux instigateurs de la première constitution, Sieyès, disait et répétait même: «Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.» (Discours du 7 septembre 1789) Merde, quoi.

↑ [4] Autrement dit, la «volonté générale» de Rousseau, opposée à la «volonté de tous» qui n’est que la somme des volontés individuelles. «La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point.» (Du contrat social livre III, chapitre 15)

↑ [5] Pleinitude n.f. État de ce qui est dans sa totalité, dans son intégralité.

↑ [6] Dans son sens philosophique, du latin apprehendere ‘saisir’: «Compréhension, saisie des objets de pensée par l’esprit».

↑ [7] Enfin, «les» cerveaux, vous comprendrez si vous regardez la conférence de Laloux ou lisez son bouquin :)

Written by gemp

12 avril 2015 at 14 h 44 min

Publié dans Non classé

Ce socialisme-là

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Socialisme version Hollande
En ce moment, je n’écris guère. Plus vraiment envie, déjà dit beaucoup de choses, et l’impression de causer dans le désert.

A la place, je lis, je deviens contemplative du printemps qui arrive, malgré tout. Les cerisiers en fleurs, les insectes qui sortent enfin de l’hiver. Les oiseaux qui boudent les mangeoires (quoique …) et préparent leurs nids. Les grues cendrées de retour. Les chevreuils qui sont enfin en paix ou à peu près, vu que les bas du front ont rangé leurs fusils.

Malgré la terre devenue une poubelle, malgré le fascisme qui s’étend comme un nuage noir à peu près partout, le printemps s’annonce.

Ma campagne électorale (rire) s’est terminée. Faut dire que j’y suis allée un peu à reculons, et seulement parce qu’on me l’a demandé (gentiment). Perso, je n’y croyais guère, et je n’y crois toujours pas. Les gens (en tous cas les ceusses qui sont quand même allés mettre leur bout de papier dans la boîte) ont voté pour ceux qui sont là depuis quarante ans. « On sait ce qu’on a … », comme dit le proverbe. Et puis, la droite « républicaine » (comme si l’UMP avait encore quelque chose de républicain) n’était pas là, le FN a donc raflé les voix. Raté pour le très hypocrite « ni-ni » de l’autre nabot.

Le printemps, donc. Même pluvieux, ça remonte un peu le moral. Et depuis quelques jours ma foi, le soleil est là, la porte est ouverte, putain, 26° et les apéros sur la terrasse. Que demande le peuple, hein ?

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Alors, pour changer, j’ai lu Orwell. Magnifique et roboratif, évidemment. Et tellement d’aujourd’hui. Dans ses livres, il pose une question fondamentale : pourquoi le socialisme ne triomphe-t-il pas partout ? C’est vrai, qui peut en bonne logique être contre un monde plus juste, plus fraternel, qui pourrait être opposé au partage des richesses ? Qui pourrait être pour la misère, pour le cynisme des nantis et pour la guerre ? A priori, personne.

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Le peuple ? Quel peuple ?

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Ores, doncques, le peuple existerait, et nos gouvernants s’en seraient aperçus la semaine dernière. Étonnant, quand on sait comment ils considèrent généralement « le peuple », en ne respectant jamais ce qu’ils promettent lors des foires électorales, et en s’asseyant joyeusement sur la volonté dudit peuple, quand ce crétin ne vote pas bien.

Donc, tarari, tarara, « le peuple était dans la rue » la semaine dernière, en rangs serrés derrière ses « élus », de droite et « de gauche », français et étrangers, et ce fut une belle leçon « d’unité nationale ».

Relativisons.

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Written by Gavroche

18 janvier 2015 at 13 h 33 min

Je suis Siné

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Pour détendre un peu l’atmosphère lourdingue de ces derniers jours, quelques extraits du dernier numéro (spécial) de Siné mensuel :

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Voilà, voilà … Et si vous ne voulez pas l’acheter, volez-le !

Written by Gavroche

15 janvier 2015 at 14 h 04 min

Mohamed va à l’école

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Depuis quelques jours, les réponses du gouvernement aux événements de la semaine dernière fusent dans les médias.

Le terrorisme, ce serait donc la faute à l’école, où  on ne peut plus enseigner la Shoah.

A moins d’être doté du QI d’une amibe, ou d’avoir été élevé dans un bocal de formol, il faudra m’expliquer comment le moindre gamin aurait pu échapper à cet enseignement. Mais passons.

Ce serait la raison pour laquelle  des élèves ont « bafoué » la minute de silence  en hommage aux victimes, ils ont donc été signalés à la police.

 

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C’est donc l’école qui trinque… 

Forcément, avec toute cette bande de fonctionnaires grassement payés, hein…

Un homme un peu simplet et alcoolisé aurait « rigolé de l’attentat ».  Six mois ferme. 
Ce que je racontais dans un précédent billet se vérifie : les cons en taule, ça créera des emplois. Dans la police, chez les matons, et dans le bâtiment pour construire des prisons.

D’aucuns proposeraient même de  « traiter » les irréductibles.  Sans précision sur le traitement en question, mais on peut supposer que le gnouf serait une des solutions.

Bref, on est Charlie ou rien.

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Written by Gavroche

15 janvier 2015 at 13 h 09 min

Des crayons, vraiment ?

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Ces derniers jours, on a vu fleurir partout ce genre de dessins :

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Sur ces dessins, des terroristes masqués (les lâches), armés, et forcément musulmans, c’est à dire arabes. Et forcément islamistes et barjots. Les mêmes dessins, chez nous …

danziger-cartooning-for-peaceet ailleurs…

En gros, il s’agirait d’opposer la barbarie des uns (en fait la barbarie des « autres ») contre notre si belle civilisation. L’obscurantisme qui tue, face à nos « Lumières » censées éclairer le monde, et seulement grâce à des stylos. La noire censure, face à la désormais fameuse « liberté d’expression ».

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Written by Gavroche

13 janvier 2015 at 15 h 11 min

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