LES VREGENS

Rocard est mort, on s’en fout

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2828303409Un éléphant rose, peut-être, mais un éléphant quand même

Alors voilà, Rocard est mort.

Même si personnellement, je m’en fiche comme d’une guigne, je n’ai pu échapper à la dithyrambe ambiante, partout, au centre, à droite, à gauche (au PS, enfin à droite, quoi), même Mélenchon s’y est mis, au gouvernement, Sarkoléon, Hollande, Valls… Pire encore que l’euro de foutebole, c’est dire. A travers la presse déchaînée, comme dit Le Canard.

Sacré Rocard, en tous cas, même mort, il me fait rire.

Parce que j’ai trouvé dans le numéro du Diplo de juillet, cet article datant de 1973, à l’époque, ce brave Rocard était seulement « secrétaire général du PSU ».

Résister aux sociétés multinationales

Il écrit :

Résultante des intérêts communs de la classe au pouvoir, l’Etat n’exprime plus, lorsque les firmes multinationales dominent, que ce qui leur est commun : la loi du profit. Il n’est plus question pour lui de définir une politique, pas plus régionale qu’économique ou financière (d’ailleurs l’idée même de monnaie nationale, de balance commerciale n’a plus de sens lorsque les échanges entre pays correspondent simplement à des transferts entre unités d’une même firme). Son seul rôle est de maintenir les conditions politiques de fonctionnement du capitalisme en diffusant l’idéologie du profit (par l’information et l’enseignement) et en réprimant ceux qui la remettent en cause (par la police et l’armée).

Un vrai gauchiste, hein.

Et plus loin :

la première tâche d’un gouvernement qui voudrait rompre avec l’évolution que connaît le capitalisme à l’heure actuelle devrait viser d’abord à constituer en Europe une vaste zone où les choix politiques faits par l’ensemble des populations concernées s’opposeraient aux décisions prises par les firmes multinationales en fonction de la seule loi du profit.

C’est sûr qu’après, il a un peu changé son fusil d’épaule, ou changé de veste, passant du t-shirt gauchiste au costard trois pièces. Vous me direz, il n’est pas le seul, y’a qu’à lire le billet d’Antoine Perraud sur Médiapart, consacré aux (très anciens) discours de Mitterrand …

Il faut dire que tous ces admirateurs du « grand homme de gauche » ont un peu la mémoire courte…

La CSG, c’est lui, le massacre des kanaks baptisé « l’affaire de la grotte d’Ouvéa », pour lequel il fut largement complice, la petite phrase « on ne peut accueillir tout la misère du monde » (si, si, même s’il a prétendu le contraire ensuite), etc. Forcément, il faisait partie de tous ceux qui, habitués aux ors de la République, ont continué d’en bénéficier longtemps après leur départ… En vertu du vieux proverbe socialiste « moi d’abord, et pour les sans-dents on verra après, s’il en reste… »

Le cout de nos ministres

La preuve

A rapprocher de ce que vous allez (peut-être) avoir le jour (lointain) où vous serez à la retraite, bande de loosers

Et pis, j’ai trouvé un autre article, vraiment passionnant (et fort instructif) tiré du livre de Daniel Bensaïd, : L’Anti-Rocard, ou les haillons de l’utopie :

Quand Rocard préparait le tournant de la rigueur

Sans commentaire, parce que tout y est. Z’avez qu’à lire.

Bref, Rocard est mort ?

Oui, dans son lit. A 85 balais.

Pendant ce temps, les petits paysans ruinés se suicident, les accidents du travail ne font pas une ligne dans les journaux, la misère est de plus en plus grande, et les migrants continuent à se noyer devant la porte de l’Europe forteresse.

Alors, Rocard est mort, oui, et franchement, on s’en fout.

 

Written by Gavroche

4 juillet 2016 at 18 h 36 min

Publié dans Actualité en France

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Hollande a raison

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 Manifestation du 23 juin 2016 à Paris

La manifestation du 23 juin 2016 à Paris

Je ne cèderai pas, a t-il déclaré cet après-midi à 13 heures.

Pourquoi le ferait-il ?

Les directions syndicales ont gentiment accepté de manifester comme le gouvernement le leur a permis, tout en déclarant sans rire qu’ils avaient « sauvé la démocratie ». C’est simple, Mailly et Martinez, c’est Zorro et Superman réunis.

Du coup, Martinez qui devait manifester à Bordeaux (là où c’était autorisé) l’a finalement fait à Paris, après avoir chanté cocorico, donc.

Les sans-dents ont donc « manifesté » sur un parcours d’un kilomètre et demi, avec des grilles tout autour, après avoir été fouillés, leurs banderoles saisies, ni casque, ni foulard, même pour les journalistes (ceux de Taranis news ont été enchristés d’entrée), et même une béquille (et tant pis pour les handicapés qui voulaient défiler, z’avaient qu’à rester à la maison, ces cons là).

Pendant que de dangereux énergumènes étaient arrêtés avant même d’entrer dans la cage,  les militants de la cégète, eux, ont distribué des fleurs aux poulets :

la CGt révolutionnaire

et leur « service d’ordre » a donné un coup de main pour canaliser un peu les abominables gauchistes inconscients qui trouvaient que c’était pas très marrant de manifester comme lors d’une promenade dans une cour de prison. Ou comme dans un zoo, mais sans qu’il soit même permis de leur jeter des cacahuètes.

Alors voilà, Hollande a raison.

Parce que quand il y a une manif, plus personne ne s’en aperçoit.

Written by Gavroche

23 juin 2016 at 17 h 31 min

La convergence des luttes ?

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Lu dans Politis ce matin un article gentillet, au sujet de « la place de la République privatisée » (par la maison poulaga).

L’article n’est pas franchement virulent, et s’il qualifie Alliance de « syndicat corporatiste », il met en avant Eric Coquerel, un des big boss du Front de gauche, présent sur place (en bonne compagnie… de CRS et de FN réunis) … et les gentils policiers de la CGT, qui eux, veulent « parler avec les gens ».

On a pourtant constaté récemment (c’était les 12 et 17 mai, à Paris) comment le « SO » de la cégète et de FO envisageait le dialogue avec « la racaille ». Musclé, et à coup de barres de fer.

Ici, le 12 mai :

Et le 17 (à partir de 12 mn)

On entend quelqu’un leur crier : « la classe ouvrière, elle est où ? »

Médiapart a d’ailleurs consacré un article sur ce sujet, c’est .

Et comme je suis bonne fille, c’est aussi là : Service d’ordre syndical contre casseurs

Et puis, dans l’article de Politis, je lis ça :

un petit groupe a par la suite incendié une voiture de police, quai de Valmy, alors que deux policiers se trouvaient dans le véhicule. Une enquête a été ouverte pour tentative d’homicide volontaire mais «on ne sait pas à ce stade s’ils en sont sortis par eux-mêmes ou si on les a aidés», a précisé une source proche de l’enquête à l’AFP.

Je suggère donc à « la source proche de l’enquête » de visionner la vidéo qu’on trouve aisément sur le ouèbe. Évidemment, il faudra qu’ils regardent la version originale, et pas celles qui ont été coupées par tous les médias aux ordres :

Il fut un temps où les « services d’ordre » des syndicats protégeaient les manifestants des violences policières. Plus aujourd’hui.

Parenthèse sur une histoire vécue :

Il y a quelques années, lors d’une manif pour nos retraites, à Cahors, on a vu un rassemblement de cégétistes/socialistes et autres rigolos (avec leurs sonos débiles, leurs ballons, leurs drapeaux, leurs slogans à la con, comme quoi, ils n’évoluent pas beaucoup) s’arrêter devant le pont Louis-Philippe, parce qu’il était bloqué par les flics (je me souviens d’un mec en civil, crâne rasé qui jouait avec sa matraque). Et pour cause, juste après le pont, c’était la zone commerciale. Pas question d’aller embêter la maison Carrefour et les cons-sommateurs. 

Comme un seul homme, les syndicalistes ont obéi bien sagement, et ont donc bifurqué au son de la fanfare…

Les seuls qui ont tenté de passer quand même, oh, pas violemment, hein, juste histoire de montrer qu’ils étaient là, c’étaient nos jeunes. Nez à nez avec les flics.   Qui à cette époque sarkozyste, n’étaient pas encore déguisés en robocops. Nos jeunes, abandonnés par toutes ces vieilles badernes, qui ne défendaient plus, finalement, que leur petit pré carré.

J’ai fait la réflexion à un professeur d’histoire (hélas), un « socialiste » qui marchait à côté de moi, « On ne va pas avec eux ? », sa réponse a été : « On ne va pas aller avec ces petits cons, ils sont manipulés par le NPA… »

Alors, avec quelques uns des « vieux », on est allés avec les jeunes, histoire d’être au moins témoins s’ils se faisaient taper dessus… Et je regrette encore aujourd’hui de ne pas avoir mis une grande tarte dans la gueule du prétendu socialiste…

Bref. Pour la « convergence des luttes », on repassera. On ne refera plus la Commune.

Written by Gavroche

20 mai 2016 at 11 h 14 min

Si j’étais le lideur de la cégète

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Bon, vous allez me dire, ça y est, Gavroche a sorti sa boule de cristal. Elle nous l’avait dit, la loi travail passera, épicétou (voir mon précédent billet). D’ailleurs, le petit gros qui nous sert de (p)résidu nous l’a répété hier : « C’est comme ça et pas autrement, et allez hop, à la niche. »

Mais bon, c’est pas pour ça aujourd’hui que je viens vous causer.

C’est que l’autre soir, j’ai encore eu envie de casser la télé. Je sais, ça devient une habitude.

Parce qu’au jité de la 2, l’inénarrable gueule-de-raie- laisse d’or Pujadas « interrogeait » Philippe Martinez, le nouveau boss de la CGT. C’est là :

Extrait du journal de la 2

(au passage, ça m’a rappelé l’interrogatoire de Xavier Mathieu, c’était en avril 2009)

Vous noterez les mots utilisés :

Pour le larbin qui présente le journal, c’est la CGT qui « durcit le conflit » en vue de la « paralysie du pays » et cela alors « qu’il y a de moins en moins de monde dans les rues » (ils sont cons, à la cégète). Cette « radicalisation », est-ce que ce ne serait pas « pour contrer la baisse des scores de la CGT aux élections professionnelles » ?

 

affiche CGT info com

Et ces affiches anti-police, qui ont choqué (qui ont choqué qui, il ne le dit pas) et qui sont un « encouragement pour les casseurs », vous les condamnez ?

Et ce brave Martinez de répondre benoîtement :

Lire la suite »

Rêve général, ouais…

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En ce moment, les médias bien propres prétendent que Hollande aurait « fait naufrage » avec l’abandon de la réforme de la constitution.

Je crois au contraire que le petit gros qui habite l’Élysée est très malin. Contrairement à son apparence de chien aux yeux tristes, ce n’est pas un faible. Lui et ses sbires sont au service des puissants, et ces gens là, la constitution, les migrants, le terrorisme, ils s’en foutent. Ces problèmes là ne sont que des prétextes pour occuper les gogos. Pas pour rien qu’on a parlé que de ça. La constitution, ils s’arrangeront toujours (la preuve, ça a bien marché jusqu’à maintenant), les migrants, ça fait de la main d’œuvre à pas cher pour les négriers français ou européens, quant au terrorisme, c’est nous qui mourrons, eux ont des gardes du corps. Nos morts, leurs guerres.

Le (p)résidu « cède » sur un point, d’façons l’état d’urgence, il existe bel et bien (sauf pour les ploucs de la FNSEA qui eux, ont le droit de mettre le oaï) et il peut-être prolongé « tant que les circonstances l’exigent ».

Il « cède » donc, mais pour mieux « rester ferme » sur un autre sujet, foutrement plus important : faire passer la loi travail, qui fait tellement plaisir à M’sieu Gattaz.

Quitte à nous concocter un joli « remaniement » (à peu près aussi important comme truc que les désormais célèbres « primaires », ça y est, on fait de la « politique » comme les amerlocains) Et au passage, faire taire les (vrais) opposants, à coups de matraque dans la tronche, on le voit avec la multiplication des « évacuations musclées » ou autres « bavures », à peu près systématiquement contre les jeunes, de préférence basanés, ou les écolos-terroristes.

Ben ouais, notre pays est dirigé par de vieux comptables rassis, même s’ils ont la gueule de Macron.

D’ailleurs, la commission européenne vient de faire savoir hier que la loi travail,  c’était vachement bien, et qu’il ne fallait surtout pas écouter le populo, qui ne sait pas ce qui est bon pour lui. Quand on se rappelle comment on a traité le peuple grec (qui avait pourtant élu des gens censés être de gauche) il n’y a pas beaucoup de raisons de croire que nous français serons mieux traités. Nous sommes en démocratie, y paraît.

A moins d’un sursaut ?

Franchement, vous y croyez, vous ?

Parce qu’à part quelques gentilles manifs et rassemblements « d’indignés » ici et là … un peu comme au moment de la « réforme des retraites », quoi.

Mais où sont les Indignados espagnols ? Chez Podemos ? Alors, là, si ce n’était pas si triste, je rigolerais … Podemos, et voilà l’travail…

Ou sont les gentils Occupy amerlocains ? L’occasion de relire Thomas Frank, et son article du Diplo sur le piège d’une contestation sans revendication

Et chez nous, dans les manifs, même la cégète est bien sage, mais représente-t-elle encore les « travailleurs » ?

Tiens, ça m’a rappelé l’attitude des syndicats dans une manif à Cahors, pour les retraites justement, où ils avaient laissé « les jeunes manipulés par le Npa » aller seuls à la rencontre des flics, pendant qu’eux mêmes suivaient l’itinéraire balisé par la préfecture …

A part Merci patron (merci Ruffin, et je m’aperçois que je l’avais senti venir, le truc)…

A part Lordon (mais qui l’écoute, si ce ne sont les convaincus ?) …

Bref, Rêve général c’est joli, mais grève générale, ou soyons-fous, Vive la sociale, c’est mieux.

Et tiens, un article vraiment génial, que je partage, comme une bouteille à la mer, au cas où quelqu’un lirait les liens :

La république

Written by Gavroche

3 avril 2016 at 12 h 13 min

Merci Patron ! Merci Fakir !

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 Fakir-Merci-patron

 

J’ai regardé hier l’émission d’Arrêt sur images consacrée au film de François Ruffin, Merci patron !

Avec un Ruffin tel qu’en lui-même, simple, sans langue de bois, sympa, militant, plein d’énergie (à se demander comment il fait, mais en tous cas de quoi nous donner envie de ne jamais baisser les bras, c’est le but de son film, nous dit-il, et il a raison), proche des « vrais gens » (pourquoi le blog où j’écris ces lignes porte-t-il ce nom-là, d’après vous?).

Et un Lordon qui prend assez peu la parole, mais pour dire l’essentiel.

Ce film, et au-delà, ce qu’on pourra en faire, ce qu’il pourra devenir, où nous emmènera t-il, voilà l’important. That is the question, comme disait l’autre.

Car oui, quand on regarde ces images, la maison de la famille Klur, qui vit avec 400 euros par mois alors que M. Bernard Arnault ne sait plus quoi foutre de son pognon, on se dit que nous, la « petite bourgeoisie cultivée » nous avons consenti, consenti à ce que les trois quarts de la population française vive dans cette misère là. Sans même parler de celle des restes du monde, censée représenter « la guerre de civilisation » chère à M. Huntington. Eux les barbares, contre nous, les civilisés. La guerre de tous contre tous, selon le vieil adage toujours d’actualité « diviser pour régner ». Ou « classes laborieuses, classes dangereuses ».

Nous avons accepté, parce que ça nous arrangeait, confortablement installés dans nos petites vies. On ne nous confondait plus avec la populace. Nos indignations étaient propres sur elles, forcément non violentes même quand les bien nommées « forces de l’ordre » nous tapaient sur la gueule. Nos révoltes étaient « citoyennes », ce n’étaient pas des « émeutes », réservées aux voyous et aux « rats à capuche ». On voulait bien s’indigner, mais pas se salir les mains et l’âme, même quand les circonstances l’auraient exigé.

Même les quatre millions de Charlies de janvier dernier, c’était ça. Les autres, les pas Charlies, pourtant majoritaires, étaient devenus les ennemis, les « complices des terroristes ». Faut dire qu’on nous a dit et répété : (tenter de) comprendre, c’est déjà excuser.

Nous avons cru, crétins que nous sommes, que nous faisions partie de l’élite, alors que nous n’étions que son alibi.

Tout ça m’a fait penser que ça fait quelques décennies que nous considérons « les classes populaires » avec mépris. Nous regardons de haut les Bidochons, en passant par les Dupont la joie, et aujourd’hui, les musulmans restés au Moyen Age et pas féministes pour deux sous, ni laïques comme nous, tous ces pauvres qui trouvent refuge dans la religion, celle de l’islam ou celle du consumérisme, tous ces pauvres qui votent à droite, « comme chacun sait », nous dit la presse aux ordres.

Et ce qui manque à cette gauche, notre gauche (d’ailleurs, droite et gauche, cette notion a t-elle encore un sens?) atone, anesthésiée, c’est une perception partagée de la situation. Une perception partagée entre nous, la petite bourgeoisie intellectuelle pas forcément fortunée, mais en tous cas, cultivée, et tous les autres, les ouvriers, les écolos, et comme le dit Lordon, et ça me paraît essentiel, la jeunesse de banlieue. Celle qu’on a abandonnée. Des Goodyear à Notre Dame des Landes. Des Contis au Testet. Des combats des paysans aux révoltes des banlieues qualifiées d’émeutes pour leur ôter tout caractère politique.

Tiens, j’ai lu un très bon article sur Médiapart, intitulé Ahmedy Coulibaly Retour sur ses années de prison.

Un article qui raconte cette jeunesse perdue, qui parle des enfants du chaos tellement bien décrits par Alain Bertho dans son livre éponyme (un livre vraiment essentiel que tout le monde devrait lire). Cet article, signé Warda Mohamed, raconte sa rencontre (en 2008) avec Ahmedy Coulibaly, dont on connaît aujourd’hui la triste fin. Qui cause drôlement bien, pour un gars supposé inculte. Moi, cet article m’a mis les larmes aux yeux devant ce gâchis organisé.

Leurs guerres, nos morts.

Alors, Merci Patron ! est un film « transclasse », dit Ruffin, pour opérer la jonction « des intellos aux prolos » et lycée de Versailles. De Frédéric Lordon à la famille Klur. Ou comme le disent si bien les copains de Tarnac dans A nos amis, la jonction « entre les anarchistes et les mémés catholiques ». Et comme l’explique Lordon, cette jonction et nos actions futures ne passeront pas par les institutions politiques telles qu’on les connaît aujourd’hui.

Le message d’espoir est là : ensemble, oui, on peut. Les intellos tous seuls ne peuvent rien, les Goodyear et autres Contis non plus.

Et nos élites savent bien que le monde ne peut pas continuer comme ça, que la cocotte minute est en surpression, et que « ça va péter ». Que « les fourches sont prêtes », et qu’elles seront dirigées vers l’oligarchie et ses privilèges. Car ce sont bel et bien « les minorités agissantes qui font tout »… genre une nouvelle nuit du 4 août. L’état d’urgence n’est d’ailleurs pas né de rien, il est né de « leur grande trouille », il n’est pas là pour nous protéger nous, mais pour les protéger, eux. Il est là pour nous séparer.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

Written by Gavroche

22 février 2016 at 16 h 56 min

Bienvenue à Calais

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Je sais bien que je ne devrais plus regarder la télé. Et en particulier les jités. Mais on ne se défait pas de nos vieilles habitudes.

Alors, hier, sur la trois, y’avait comme sujets, outre le froid aux z’états-unis (là-bas, c’est comme chez nous, du coup on est plein d’empathie pour les nioullorquais), les manifs à Calais. Et là, pas d’empathie. Juste « les braves gens excédés ».

24 migrants, montés sur un ferry à destination de l’eldorado angliche, ont « bloqué le port de Calais » pendant des heures. En fait, en écoutant ce qui se racontait, ce sont plutôt les robocops qui ont bloqué le port de Calais pendant des heures, pour aller récupérer manu militari les 24 migrants en question … Une déferlante de poulets pour aller récupérer 24 personnes. Pas un mot sur les conditions de vie de ces gens qui vivent là, sans eau, sans électricité, dans un des pays les plus riches du monde. Dans le pays où un ministre banquier « socialiste » balance à la gueule des chômeurs en fin de droits combien c’est dur d’être un patron.

Puis, le reportage montrait une « famille paniquée ». Laquelle a sorti les fusils.

Voir ici le reportage de la trois, diffusé à midi

J’ai trouvé une vidéo sur le ouèbe, qui n’est pas tout à fait la même que celle – soigneusement expurgée – diffusée dans le journal.

Hier soir, sur la trois, le gars en question, « paniqué », racontait sans rigoler au journaliste qui l’interrogeait, que « c’était juste pour leur faire peur », que l’arme n’était pas chargée… Un pauvre qui s’attaque à plus pauvre que lui.

Soyons rassurés, les migrants en question, et les « terroristes » No Borders qui les accompagnaient, seront jugés ce matin en comparution immédiate. L’allumé de la gâchette, lui, non. Les braves gens qui manifestaient contre les migrants non plus : ceux-là étaient bien propres sur eux. Des blancos. Manquait plus que Valls en tête de cortège.

Alors, Calais, c’est un laboratoire de l’extrémisme qui en dit long sur ce qui nous attend. Sur ce qui attend, surtout, les réfugiés. Pas seulement parce qu’on peut y trouver des frontistes pures souches et autres nationalistes allumés. Non. Calais, c’est la traduction concrète, avant l’heure, des ravages du racisme diffus qui ruisselle jusqu’au lit du prolétariat et qui fait monter la haine entre des galériens laborieux et leurs voisins besogneux.
Calais, c’est le prémisse d’un avenir assombri par des années de stratégies électoralistes basées sur l’insécurité, qui auront permis de banaliser le traitement inhumain des réfugiés. Calais, c’est l’introduction à la fronde réactionnaire qui ne demande qu’à gagner tout le pays. C’est l’avant-goût d’un pays d’extrême droite, comme chantait Mano Solo, un pays où « si t’es pas de la bonne couleur t’es transparent », un pays où « la justice porte le képi, peine de mort au coin de la rue ».

Lien

Voilà. Et ce matin, en pensant à l’état de mon pays, je me suis souvenue du poème de Baudelaire :

Une charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Pour le reste, pour changer le monde, pour le rendre plus juste, on attendra. Le bon vouloir d’un chef, peut-être. Parce que pour la révolution, c’est pas la peine d’y compter : la Grèce est couchée, Podemos s’allie avec ses socialistes, et nous, tous unis derrière Valls et Macron, on est occupés à chasser le muslim et le migrant …

Mise à jour, 26 janvier :

Suite à l’information donnée par l’ami Partageux, j’ai effectivement trouvé QUI étaient les porteurs de fusils. Ils sont des « militants actifs » de l’association d’extrême droite « Sauvons Calais ».

Lien

Sauf que. Ils sont en fait bien plus que ça :

Portrait du « riverain excédé »

Et bien évidemment, notre bonne vieille télé des familles n’en a pas dit un mot …

Written by Gavroche

25 janvier 2016 at 7 h 11 min

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