LES VREGENS

Soldes : la Grèce vendue pour pas cher …

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Comme je vous le disais hier, le gouvernement grec a vendu son peuple aux marchés. Passé le coup de sang (enfin, non pas vraiment) une petite analyse…

Le but de la manœuvre (en tous cas le but affiché), c’est de "réduire le budget de l’État" de 2,3 milliards d’euros, dont  :

- 1,07 milliards en moins pour les dépenses de médicaments
Sachant que les grecs  ne peuvent déjà plus se les payer, et que les hôpitaux ne disposent même plus de simple aspirine.

- 300 millions en moins pour la défense …
A comparer avec le chiffre précédent, et sachant que le principal fournisseur des grecs, c’est … l’Allemagne

C’est même toujours toujours d’actualité … D’après une source du journal allemand Zeit online, "Si la Grèce reçoit en mars la prochaine tranche d’aide, il y a une vraie opportunité de conclure un nouveau contrat d’armement."

- 400 millions en moins dans les "dépenses publiques" …
sans précisions…

- 200 millions en moins dans les dépenses des institutions étatiques…

- 50 millions en moins dans le paiement des heures supplémentaires des médecins publics

Sur Okeanews, j’ai lu qu’une infirmière a eu le bonheur de recevoir 2.80€ de salaire pour le mois de janvier…

- 250 millions de moins dans les frais généraux des ministères …

Là, on a juste envie de rire, quand on sait combien gagne un député grec… Et qu’ils refusent de voir leur paye diminuée…

les avantages des députés grecs

- 40 millions de moins pour les familles nombreuses …
Salauds de pauvres qui font rien que se reproduire. J’ai l’air de rire, mais vous verrez qu’il se trouvera de bonnes âmes pour dire aux gens d’arrêter de faire des gosses…

Concrètement, ça va donner :

- une réduction de 20 à 25% des salaires, le minimum étant actuellement de 761€ brut / mois, il serait donc autour de 470€ net / mois, quant aux jeunes de moins de 25 ans, censés être "l’avenir d’un pays", ce sera encore 10% de moins, soit autour de 400€ par mois …

- une réduction de 20% des retraites de plus de 1.000 euros par mois

- une réductions de 20 à 30% des retraites complémentaires de plus de 150 euros par mois

- des licenciements dans les forces armées, la santé et l’éducation pour les employés précaires, en tout 15 000 postes seront supprimés dans la fonction publique en 2012,  et  la réduction de la masse salariale de 150 000 salariés dans le secteur public est programmée entre 2012 et 2015

- des coupes drastiques dans les salaires élevés de l’état (c’est ce qui est annoncé, en tous cas, mais pas pour les députés, donc…) mais surtout l’abolition du droit des salariés pour un poste permanent (suppression des CDI)

- l‘ouverture (remarquez comme ce mot est joli…) immédiate des professions fermées et des heures de travail, en clair, plus de limitation du temps de travail

- mise en place de zones économiques spéciales assorties d’incitations fiscales pour l’investissement et le travail, en clair création de zones où les patrons auront tous les droits, et les salariés seront "taillables et corvéables à merci".

- extension de la flexibilité du travail avec les entreprises et les contrats personnels.

- privatisations immédiates des entreprises publiques DEPA, DESFA, OPAP, EYDAP (compagnie des eaux d’Athènes), EYATH et de Hellenic Petroleum …

Tout ça, pour arriver à "une croissance positive" en 2013… Honnêtement, je ne sais pas s’ils ont fait appel à Madame Soleil pour croire à cette "prédiction", vu les circonstances…

Et puis, dans cet excellent article d’Alternatives économiques, signé Karine Berger, on peut lire :

« Tu aimerais, dis, une petite fille à trois dollars, disais-je à Jack. – Shut up, Malaparte. – Ce n’est pas cher après tout, une petite fille pour trois dollars. Un kilo de viande d’agneau coûte bien plus cher. » Curzio  Malaparte décrit en 1945 l’incommensurable honte d’être vainqueur et la dérive d’une Italie prête à se vendre, sans grande résistance, à ses nouveaux maîtres. Ce soir, c’est la Grèce qui subit cette humiliation infinie. Et c’est l’Europe toute entière qui peut faire sienne ce précepte de « La Peau » : « Quand on est lâche, il faut être lâche jusqu’au bout ».

Alors, comment l’Europe prétend-elle "sauver la Grèce" ?

Il y a eu déjà un premier plan "de sauvetage" à 110 milliards (2 mai 2010), qui a transformé la dette privée en dette vis-à-vis des Etats européens et du FMI, tout bénéf donc pour les banques, qui se sont débarassés de la patate chaude au profit des contribuables européens…

Un deuxième plan de 130 milliards, c’est celui qui fait  l’objet du marchandage actuel, où soit la Grèce accepte un certain nombre de "mesures" (le psychodrame avec la troika a porté sur un effort supplémentaire de 350 millions, d’après l’auteure de l’article*) soit elle fait défaut en mars, car elle n’aura pas les 14 milliards nécessaires à son échéance.

Le pire, c’est que tous ces milliards ne serviront même pas à rembourser les emprunts de la Grèce, mais juste à faire face aux échéances… Cet argent n’est là que pour permettre de reconduire des lignes de crédit qui arriveraient à expiration. Genre, un joli petit crédit revolving … Tout cela, "éventuellement". Et à condition que la Grèce renonce peu ou prou à son autonomie politique … Sous tutelle, ça s’appelle.

Et les résultats de cette brillante politique, menée depuis trois ans ?

La dette grecque est passée de 263 milliards en 2008 à 355 milliards en 2011. Le Pib grec est lui passé de 233 milliards à 218 milliards. Le chômage de 8% à 18%.Et avec un taux d’intérêt officiel à 32%, il va de soi que la Grèce ne peut plus se financer du tout sur les marchés. Et pour longtemps. Car le poids de la dette sur la création de richesse n’a jamais cessé d’augmenter. Jamais. Et sauf annulation massive de la dette, la dynamique enclenchée continuera désormais jusqu’au défaut.

Mais nos médias ne disent rien là-dessus.

On en est là : du chantage sur la souveraineté d’un pays pour une dette qui de toute façon ne sera jamais remboursée. Pour arriver à "passer le cap" de la prochaine échéance,  on demande toujours plus à la Grèce.

Et ça me fait irrésistiblement penser à ce paysan de mes amis, qui arrache sa vigne d’AOC Cahors pour toucher la subvention, et finir l’année…

Petite parenthèse technique (et lumineuse) :

Une dette est contractée avec de l’argent fictif, les institutions autorisées à créer de la monnaie (grosso modo les banques commerciales mais il n’y a pas qu’elles) font du crédit en créant de la monnaie. En revanche les intérêts de cette dette sont remboursés (un Etat ne rembourse en pratique jamais le capital) avec du « vrai » argent grâce à la croissance économique qui crée de la « vraie » richesse… Tout va bien tant que le taux de croissance est supérieur au taux d’intérêt : on crée plus de richesse qu’on en a à rembourser. Tout dérape quand le taux d’intérêt devient plus élevé que le taux de croissance économique. Il se trouve que en Grèce du fait à  la fois des plans d’austérité extrêmes, et de la panique, il n’y a pas de la croissance mais de la récession : le PIB diminue d’année en année… Dans le même temps le taux d’intérêt s’envole… y compris (et c’est peut-être le plus scandaleux)  celui réclamé par les pays européens et le FMI. Mécaniquement, il y a gonflement du ratio de la dette sur PIB : c’est la spirale infernale dans laquelle est actuellement happée la Grèce.

Au stade où nous en sommes, il n’y aura plus de remboursement possible : il faut soit faire défaut (on ne remboursera pas), soit permettre à un acteur qui peut – lui – récréer de l’argent à volonté, de racheter cette dette. Il s’agit de la monétisation par la BCE. Il n’y a pas d’autres solutions. Tant que la spirale continue, promettre des garanties supplémentaires revient véritablement à remplir un tonneau des Danaïdes.

Mais pourquoi les dirigeants européens sont-ils prêts à sacrifier la Grèce pour rien ?

D’abord, il faut bien le dire, ils n’y comprennent pas grand chose. Non seulement ils ne sont pas économistes, mais ils sont incultes. Imaginez deux secondes Sarkozy discuter économie avec Lordon… Déjà qu’avec La Princesse de Clèves il a du mal…

Ensuite, et ça prouve aussi à quel point le sens de l’humain a disparu des radars de ces gens-là, ils s’en foutent. Quand la Grèce crèvera pour de bon, la plupart d’entre eux ne seront probablement plus là. Ce qui se passera dans 5 ans n’est pas directement de leur ressort.

La conséquence est là : il n’y a plus grand-chose qui pourra stopper le défaut unilatéral grec. Soit en mars, soit à un autre moment. Donc la faillite du pays. Pas  la faillite de l’Etat, la faillite d’un pays, celle de toutes ses banques, la ruine de tous ceux qui ont encore quelques sous sur leur compte, la banqueroute de ses entreprises etc… la probabilité pour que la démocratie survive dans un pays subissant un tel choc est historiquement inférieure à une sur deux.

En fait ce n’est plus le sujet principal. Le sujet c’est la capitulation de l’Europe. La honte et l’hypocrisie auront sans doute déjà emporté l’Union européenne quand la Grèce sortira de son chaos politique. Les jeux sont faits : le jour où les deux principaux dirigeants européens ont accepté d’attendre jusqu’à 4 heures du matin, dans la pièce à côté, que 3 banquiers veuillent bien se mettre d’accord sur un abandon de dette, l’Europe a capitulé. Elle a accepté de vendre une petite fille pour 3 dollars.

Merci à Okeanews, et à Karine Berger, d’Alternatives économiques.

Edit, 15 février 2012 :

* Cette somme de 330 millions est confirmée par l’article de Médiapart, disponible ici :  L’Allemagne veut pousser la Grèce vers la sortie

Comme  l’Europe  l’a  exigé,  le  parlement  grec  a approuvé dimanche le programme de réformes établies par la Troïka, au prix d’une révolte sociale et d’une explosion politiques aux conséquences incalculables. Et  les  325  millions  d’euros  d’économies,  jugés manquants  par  les  Européens  lors  de  la  dernière réunion, devraient être trouvés d’ici à mercredi. « Les Grecs font le nécessaire pour que tout soit sur la table, lors de l’Eurogroupe », assure-t-on à Bruxelles.

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Written by Gavroche

14 février 2012 à 19 h 40 min

5 Réponses

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  1. Les soldes c’est fini

    • Pour la grande braderie des peuples européens, elles ne font que commencer… Hélas.

      Gavroche

      14 février 2012 at 21 h 21 min

  2. //Mais pourquoi les dirigeants européens sont-ils prêts à sacrifier la Grèce pour rien ?///

    Pour rien ? Vous plaisantez ?

    Il s’agit pour eux et pour leurs commanditaires du capitalisme sauvage de casser tout ce qui ressemble à des acquis sociaux, tout ce qui fait qu’un peuple n’est pas un ramassis d’esclaves soumis ! Là, actuellement, lle MEDEF met le champagne ua frais !

    athalouk

    14 février 2012 at 20 h 07 min

  3. [...] tranquillement dans notre dos, c’est notre indépendance budgétaire et le fait que demain, la Troïka pourra nous saucer à la Grecque si cela lui chante sans que nous ne puissions (en principe) nous y opposer. Ce qui est [...]

  4. […] tranquillement dans notre dos, c’est notre indépendance budgétaire et le fait que demain, la Troïka pourra nous saucer à la Grecque si cela lui chante sans que nous ne puissions (en principe) nous y opposer. Ce qui est […]


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