LES VREGENS

Comprendre l’irrésistible ascension du FN… pour mieux la combattre ?

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A ce jour nous sommes encore une majorité de citoyens à ne pas considérer le Front National comme étant « un parti comme les autres », à ne pas être dupe, ni de son ADN d’extrême droite, ni des pulsions fascisantes, anti-démocratiques et anti-républicaines de ses principaux leaders et cadres, actuels comme passés. Et c’est heureux !

Mais le FN avance sur le terrain de l’opinion publique, ses « idées » et même ses propositions se banalisent, choquent de moins en moins… ça nous inquiète, ça nous agace, ça nous divise parfois, lorsqu’il s’agit de trouver la meilleure riposte, la façon la plus efficace de porter la contradiction et de faire tomber le masque de la supercherie, de la démagogie. Plusieurs s’y sont essayés, peu ont réussi à faire reculer cette machine à produire du faux-semblant.

Dans sa livraison de décembre 2013, le magazine Sciences Humaines (n°254) consacre un dossier de six pages au Front National et aux raisons de son ascension, à la rubrique « Comprendre ».

SHn.254

Le magazine présente une synthèse des principales approches, analyses et conclusions que proposent les quelques chercheurs en science politique qui ont récemment renouvelé par leurs études le débat sur le FN et son évolution : « Comment expliquer le succès d’un parti qui s’est toujours situé à la marge du système politique, mais qui entend jouer les premiers rôles dans la compétition électorale ? »

Traditionnellement, le vote FN était analysé et expliqué selon deux facteurs principaux :

1- une sensibilité et une perméabilité de l’électorat frontiste à certains thèmes porteurs tels que l’immigration, l’insécurité, le chômage et la baisse du pouvoir d’achat.

2- l’expression d’un ras-le-bol, un discours anti-élite rejetant « l’establishment », contestant l’hégémonie des grands partis de gouvernement.

 Aujourd’hui, si le vocabulaire a évolué, la cible reste la même : quand Jean-Marie tançait « l’établissement » sa fille Marine dénonce « l’UMPS » sensé incarner la collusion d’une élite politicienne, incapable mais néanmoins responsable du « déclin français ».

Peu de changement donc, en terme de discours et de stratégie, de la part d’un parti qui persiste et signe en rejetant le « système » ; par contre, l’électorat, lui a évolué. Selon Pascal Perrineau, une part importante de l’électorat est touché par un « désenchantement démocratique ». Le « tous pourris » nourrit à la fois l’abstentionnisme et le vote « anti-système ».

Pour Michel Wieviorka « le FN apparaît comme la seule expérience politique que les Français n’auraient pas encore tentée. »

Devant cette évolution des attentes de l’électorat, pour passer de la contestation à l’adhésion (aux idées et propositions programmatiques du FN), un « nouveau » FN se profile…

 Sylvain Crépon

Parmi les nouveaux chercheurs en science sociales qui travaillent sur cet « objet politique non encore clairement identifié », le sociologue Sylvain Crépon apporte une contribution particulièrement intéressante en étudiant le renouvellement générationnel du FN. Les nouveaux sympathisants, nés dans les années 1960-1980, voire 1990, ignorent, le plus souvent, l’ancrage historique du parti dans l’extrême droite française. Ainsi, le parti se montre plus ouvert, au niveau du discours, envers les homosexuels et les femmes. Le vote féminin en faveur du FN fait une percée notable aux dernières élections présidentielles !

De la même façon, une recherche sur l’évolution de l’électorat ouvrier, conduite par un jeune doctorant, Florent Gougou, révèle que ce sont les nouvelles générations d’ouvriers (nées après 1975, et plus encore après 1978) qui votent le plus FN ! Explication : ces jeunes électeurs ayant toujours connu l’immigration et le FN, sont conduits tout naturellement à en banaliser le vote !

Sylvain Crépon, avec une enquête de terrain qui croise la méthodologie et les outils d’analyse de la sociologie et de l’ethnographie, arrive aux mêmes constats.

La dédiabolisation orchestrée par Marine Le Pen fonctionne donc bien auprès de certains !

 maison_mineur

Le géographe Christophe Guilluy et l’économiste Laurent Davezies ont de leur côté étudié les effets politiques de la recomposition des territoires sur fond de crise économique. Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne, loin s’en faut ! Ainsi, dans l’Est et le Nord, la désindustrialisation (charbon, textile…) a laissé un tel sentiment d’abandon au sein des populations ouvrières, que le FN n’a pu qu’en bénéficier !

Le récent exemple d’Hénin-Beaumont est emblématique, voire tristement prophétique… Solidarités ouvrières dissoutes, populations précarisées sous perfusion sociale, commerces de proximité disparus au profit de zones commerciales déshumanisées, jeunesse d’origine immigrée frappée massivement par le chômage…

Et les villages ruraux ne sont pas épargnés par le phénomène de déliaison sociale, d’autant moins que nombre de Français, issus de la classe moyenne, s’installent à la campagne, faute de mieux, ne pouvant plus  se loger en ville, voir même en proche banlieue. C’est ainsi que le FN attire progressivement ces classes moyennes, touchées par un sentiment de déclassement.

Dans l’Yonne, l’Aisne, l’Eure et la Picardie, territoires proches de l’Ile de France, le FN réalise depuis longtemps de « bons » scores !

En outre, en dénonçant aujourd’hui le retrait de l’Etat, qui supprime les services publics (poste, gendarmerie) par mesure d’économie, le FN séduit de nouveaux électeurs : ouvriers agricoles, employés de bureaux, fonctionnaires…

 ***

Ce ratissage en règle des victimes de la modernisation sociale et de la mondialisation économique et financière par le Front National en France, et par les partis nationalistes équivalents en Europe ou dans le reste du monde, est comme un cancer qui rongerait le corps social de l’humanité, mais on peut  craindre pire encore.

Jean-Pierre Le Goff analyse les facteurs anthropologiques qui induisent le comportement politique. En détruisant les emplois, le déclin économique met en danger les solidarités quotidiennes, le bon voisinage, les processus d’intégration communautaire… Le discours « national-populiste » que diffuse le FN oppose des laissés-pour-compte (les perdants de la mondialisation) à des élites (des traîtres ayant cédé aux injonctions du grand marché européen). Mais le national-populisme se déplace également sur le terrain du culturel : la France serait en « insécurité culturelle ». L’euro a détruit le franc, bientôt les clochers et les bistrots disparaîtront à leur tour derrière… les mosquées et les fast-foods halal ! (voir l’affaire des minarets chez nos voisins suisses…).

Autrement dit, selon Pierre-André Taguieff (inventeur de la formule « national-populiste ») ce n’est plus seulement l’immigration et ses immigrés que stigmatiserait le « nouveau » FN mais la religion musulmane toute entière, qui mettrait en danger l’identité de la France !

 ***

henin-beaumont

Sylvain Crépon a mené une enquête approfondie à Hénin-Beaumont, qu’il considère comme étant « le laboratoire du nouveau lepénisme ». Il a accordé un court entretien à SH. A la question « Qui sont les militants et sympathisants du FN à Hénin-Beaumont ? Comment comprendre leur adhésion à un parti marqué à l’extrême droite ? il répond ceci :

« Les militants que j’ai rencontrés dans le cadre de mon enquête de terrain ont presque tous un parent ou un grand parent ayant été mineur de fond dans la région. Près des trois quarts viennent de familles socialistes ou communistes. Beaucoup évoquent avec nostalgie cette gauche d’antan avec ses modes chaleureux de socialisation, ses luttes,et ses espoirs de lendemains qui chantent… La désindustrialisation, les affaires, mais aussi un recrutement toujours plus élitiste ont contribué à couper les partis de gauche de la région de cette base ouvrière qui, de son côté, a pu se sentir abandonnée, voire trahie. Ne pouvant se résoudre à voter pour la droite, incarnation du patronat toujours honni, nombre d’ouvriers de la région ont pu être séduits par un FN dont les représentants locaux partagent l’histoire, la condition et l’origine sociale, cultivent une sociabilité très forte, responsabilisent et rétribuent, ne serait-ce que symboliquement, les militants dévoués. »

***

Mais alors qu’est-ce qui pourrait perturber, voire faire échouer cette avancée, qui semble inexorable ? Le point faible, le talon d’Achille de la stratégie d’accession au pouvoir de Marine Le Pen et de ses cadres new look pourrait provenir de cette difficulté à former en quantité et qualité suffisante les futur(e)s élu(e)s de la Nation :

 « Il est d’ailleurs intéressant de noter que de nombreux cadres  confient en aparté leur crainte que le FN gagne trop de municipalités en 2014, ayant bien conscience qu’ils n’ont pas suffisamment de cadres formés pour pouvoir gérer efficacement. »(Sylvain Crépon)

Autre problème, celui du recrutement des adhérents. Sylvain Crépon décrit le moment convivial qui suit chaque réunion : « Le pot convivial représente l’un des uniques moments de sociabilité pour plusieurs militants d’origine populaire »… »

Jean-Vincent Holeindre, qui signe le dossier pour SH, précise : « Le FN offre de la sorte un espace de socialisation particulièrement attractif pour des individus en quête de reconnaissance sociale et politique, mais aussi de sociabilité authentique. En revanche, il n’existe aucune culture du débat dans ce parti. Les adhérents n’ont pas leur mot à dire sur le contenu du programme. Ils sont soignés, formés, valorisés, mais leurs idées comptent peu. »

Vous aviez dit : « démocratie ? écoute ? respect du Peuple de France ? république ? … »

Comme quoi ce qui peut constituer un motif d’inquiétude pour les uns, s’inverse en un vague mais fervent espoir pour les autres. Sans verser dans un pessimisme désespérant, il faut aussi tenir compte de la puissante nocivité des médias, radios et télévisions confondues, lorsque ceux-ci font le choix de diffuser des émissions bas de gamme aux heures de grande écoute, accentuant encore, s’il en était besoin, l’abrutissement général des esprits, au nom du droit au « divertissement », bien entendu ! Afin de ne pas noircir le tableau, je ne dirai rien de la façon souvent univoque et binaire avec laquelle nous sommes sensés être informés au quotidien… ce qui n’aide pas forcément à une meilleure compréhension du monde complexe dans lequel nous vivons.

*****

Bibliographie SH

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9 Réponses

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  1. Un bémol …

    Non, le FN n’est pas devenu « le parti des ouvriers ».

    Prétendre le contraire est une manière de décrédibiliser les classes populaires, toujours considérées comme « dangereuses ».

    Le seul « parti » gagnant dans notre pays, c’est l’abstention.

    le vote fn chez les ouvriers

    Gavroche

    17 novembre 2013 at 12 h 09 min

    • « le FN n’est pas devenu « le parti des ouvriers ».  »
      *********************
      Je ne me souviens pas avoir écrit ou fait dire ça à quiconque dans mon billet. Même si personne ne peut plus nier aujourd’hui la part importante du vote ouvrier dans le vote frontiste, pas même toi j’espère.
      Si c’est le passage sur le travail de Florent Gougou qui te fait dire ça, j’ai retrouvé un article de presse où il précisait sa pensée sur ce point :

      « …il convient d’être prudent sur la composition sociologique de l’électorat du Front national. En 1995, un sondage fit l’effet d’une bombe en révélant que 30 % des ouvriers entendaient voter pour le FN. Le parti de Jean-Marie Le Pen revendiquait aussitôt le titre de « premier parti ouvrier de France ».
      Pour Florent Gougou, cette orientation du vote populaire vers le FN ne permet pas pour autant de parler d’une « prolétarisation du parti ». Les analyses manquent pour évaluer ce que représente vraiment le monde ouvrier au sein d’un électorat très hétéroclite. Selon ce chercheur, il serait trompeur de voir dans le FN un parti ouvrier comme a pu l’être le parti communiste de l’après-guerre. » (in La Croix.fr du 26/06/13)

      Juléjim

      17 novembre 2013 at 13 h 54 min

      • C’est sûr que ça va mieux en le disant… Cela dit, cette opinion transpire malgré tout dans tout l’article de sh, et pas seulement de la part de Sylvain Crépon. Parce que « les militants fils de mineurs », c’est quoi, d’après toi ? Ils étaient combien ? L’article ne le dit pas.

        Ce que j’ai personnellement constaté, moi qui viens du sud de la France, c’est que les électeurs bas du front sont surtout des petits commerçants, et des vieux. Ceux qu’on voit régulièrement dans les meetings.

        Par ailleurs, je fréquente depuis peu des mosellans (cf les références à mes « accueillis » dans mes précédents billets), pauvres, fils de pauvres, de mineurs, d’ouvriers, et de paysans, aucun n’a émis d’idées d’extrême droite… En revanche, aucun ne vote : la politique non seulement ne les intéresse pas, mais elle ne les concerne pas.

        Ce que je pense fondamentalement, c’est que nous avons d’un côté « le peuple », « la France d’en bas », et de l’autre des élites économiques, mais aussi intellectuelles (pas forcément « de gauche », mais celles-là en font aussi partie) pour lesquelles agiter le chiffon brun du le vote populaire pour le FN est aussi une manière de maintenir leurs privilèges…

        Mais ce n’est que mon avis.

        Gavroche

        17 novembre 2013 at 16 h 26 min

  2. Intéressant mais en définitive, rien de neuf sous le soleil…

    des pas perdus

    17 novembre 2013 at 14 h 04 min

    • Mais… vous auriez voulu quoi ? des « solutions » clés en main ? Je considère que ce dossier de SH est éminemment d’utilité publique en tant que démarche informative. Tout le monde a un avis sur le FN, ses électeurs, ses dirigeants toussa toussa… mais il y a de très fortes disparités entre les gens en terme de niveau d’information. Sans parler du niveau de réflexion…

      Juléjim

      17 novembre 2013 at 14 h 41 min

  3. @ Gavroche
    « Ce que je pense fondamentalement, c’est que nous avons d’un côté « le peuple », « la France d’en bas », et de l’autre des élites économiques, mais aussi intellectuelles (pas forcément « de gauche », mais celles-là en font aussi partie) pour lesquelles agiter le chiffon brun du le vote populaire pour le FN est aussi une manière de maintenir leurs privilèges… »
    **************************
    Oui mais fais gaffe quand même, parce que l’opposition Peuple d’en bas/élites d’en haut c’est aussi l’avis et le discours du FN. Alors quoi ?

    Je ne suis pas certain que ta population statistique mosellane puisse rivaliser avec les données sur lesquelles ont travaillé Crépon et/ou Gougou ,où quelque chercheur que ce soit d’ailleurs, qui veuille être crédible ne serait-ce qu’auprès de ses pairs de la communauté scientifique.

    De même qu’être suspicieux dès qu’un chercheur émet des conclusions qui heurtent mes propres idées me paraît assez faiblard sur le plan méthodologique. A moins d’être anti-science, voire anti-intellectuel, ce qui n’est pas ton cas j’espère ?
    Quant au 1er parti ouvrier de France, l’abstention, dont tu sembles te réjouir qu’il soit encore plus en tête de gondole que le FN, préviens-moi lorsqu’il aura un programme politique cohérent, de gauche si possible, avec des propositions de réformes et des mesures alternatives convaincantes. J’aviserai, je te le promets.

    Sinon, on peut aussi garder la tête dans le sable et attendre la grande insurrection qui tarde décidément à venir, du moins du « bon » côté.

    😦

    Juléjim

    17 novembre 2013 at 17 h 34 min

    • Dommage une telle réponse…

      J’aurais donc « le même avis que le FN », et « je semble » me réjouir du niveau élevé de l’abstention… ?

      Et en plus d’être quelque part dans le secret de mon âme, anti-intellectuels… Tout ça, plus une méthode faiblarde…

      C’est ma fête aujourd’hui. :-))

      Bon, pas grave, pas très envie de paul et mickey, comme disait l’autre.

      (Re)lis Michéa. Il raconte tout ça bien mieux que moi.

      Gavroche

      17 novembre 2013 at 19 h 20 min

      • Je suis désolé de te répondre de cette manière l’amie mais ton aveuglement persistant m’agace profondément. Même si je comprends ta tristesse jusqu’à la partager. Dans ma propre famille, sur 5 enfants d’origine ouvrière, nous ne sommes plus que deux à voter et être de gauche, les trois autres votent à droite et sans voter FN les idées et le programme du FN ne les choquent vraisemblablement pas plus que ça ! Je n’ai pas enquêté mais je fais l’hypothèse que nous sommes aujourd’hui nombreux dans ce cas. Les milieux populaires et la classe ouvrière (ou ce que le nouveau capitalisme en a fait) ne sont pas des classes « dangereuses », elles sont « en danger » ! C’est ce que dit et montre cet article de SH.
        Quand tu évoques « l’article de SH » d’ailleurs…dis-moi, tu es abonnée à ce magazine où bien c’est de mon billet dont tu parles ? Je fais la synthèse d’un dossier de 6 pages et j’espère ne pas avoir trahi la pensée de ceux qui s’y expriment. Mais c’est toujours possible. Je réaffirme ce que j’ai dit plus haut, ce dossier qui présente une mise à jour de l’état des lieux du FN et de son électorat me paraît utile à tous ceux qui s’inquiètent de la montée en puissance de ses idées et orientations politiques.
        Par contre, pour avoir lu Michéa, je ne vois pas en quoi un tel philosophe qui fait de l’analyse socio-économique et de la morale politique serait plus éclairant qu’un sociologue, qu’un ethnographe ou un géographe pour comprendre l’attrait qu’exerce le FN sur les milieux populaires. A part être complémentaires.

        Encore ceci : la droite a été au pouvoir récemment de 2002 à 2012. La gauche de gouvernement socialiste merdouille lamentablement dans quasi tous les domaines c’est rien de le dire. Mais la situation hexagonale, européenne et même planétaire est aussi passablement merdique sur le plan financier, économique et éco-climatique ! S’adonner au hollande-bashing comme se complaisent à le faire les battus d’hier de concert avec les déçus d’aujourd’hui ne changera rien à la situation. Tournons nos visages et nos cœurs vers le Front de Gauche me diras-tu ! Je suis partant… mais j’aimerais avant que l’on m’explique pourquoi tant d’électeurs d’Hénin-Beaumont, qui ont eu l’opportunité de voter FdG, ont préféré soit s’abstenir, soit voter FN ? C’est aussi parce que je me pose cette question que le travail d’un Sylvain Crépon m’intéresse tant.

        Juléjim

        18 novembre 2013 at 16 h 00 min

  4. Un point de vue sur le racisme, vu d’ici et d’ailleurs, par l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou.
    A la question : « Craignez-vous une montée de la xénophobie en Europe, notamment en France ? »
    il répond ceci :

    « Je ne découvre pas la xénophobie en Europe. Dans mon pays d’origine, le Congo-Brazzaville, on a souvent houspillé les « Zaïrois », les Congolais d’en face, en les traitant de tous les noms d’oiseaux et en les accusant de manger le pain des pauvres Congolais. Il y eut d’ailleurs, à la fin des années 1970, une chasse aux « Zaïrois » pour les rapatrier chez eux ! Pensez aussi à l’attitude des Ivoiriens et leur théorie de « l’Ivoirité » qui n’est pas aussi éloignée du principe des « Français d’abord » que prône le Front national en France. Ils s’en sont pris aux Burkinabés et ont considéré certains de leurs propres compatriotes comme des étrangers tout simplement parce qu’ils n’étaient pas de la même ethnie. J’ai vécu plus de quinze ans en Europe, et cela fait longtemps que celle-ci a désigné – directement ou indirectement – l’immigré comme l’ennemi numéro un, la cause de ses malheurs. Ce qui est aggravant en France, c’est cette reconnaissance d’une liberté, d’une égalité et d’une fraternité sur le papier mais qui, dans la pratique, demeure lettre morte.  »

    (in Mediapart le 19/11/13 entretien réalisé par Jean-Christophe Riguidel)

    Juléjim

    19 novembre 2013 at 16 h 02 min


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