LES VREGENS

Les nouveaux esclaves

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Dans un de mes derniers billets,  je vous parlais, en vrac, de mes lectures, et de ce sentiment grandissant de malaise, mais aussi de colère et de révolte, de rage même, devant le spectacle que montre notre monde. Celui d’aujourd’hui.

Face à la majorité d’une « populace » résignée, endormie, manipulée, les « élites » (ou les 1 %, ou les 10%, ou les riches et les puissants, ou l’oligarchie et son troupeau de valets, ou quel que soit le nom qu’on leur donne) sont toutes puissantes.

Cela s’est vu récemment de manière encore plus claire avec les petites phrases des uns et des autres, à commencer par le type qui se prend (et tout à fait sérieusement) pour Jupiter, en passant par tous les autres, politiques, patrons (baptisés « entrepreneurs »), médiacrates et autres « représentants » élus, qui ne représentent plus qu’eux mêmes.

Et puis, l’autre jour, je lisais que ça y est, cocorico, les JO allaient avoir lieu à Paris. Un symbole de la déconnexion des élites comme le raconte ce billet, dont l’auteur rappelle que désormais, l’utilisation du mot « olympique » n’est plus libre de droits (il n’y a pas de petits profits) et que le sport n’est plus qu’une affaire de pognon et de sponsors, et de pub pour aller avec.

Et tout ça pour une somme faramineuse.

Quelle famille de érémistes ou de smicards pourra s’offrir une place au stade ?

Et puis, ce matin, j’ai lu le remarquable billet de Caleb Irri, intitulé « Que vaut l’esclave du capitalisme ? ».

Extrait :

On peut s’accorder facilement sur le fait que les inégalités de revenus engendrent des inégalités sociales mais il est plus difficile d’intégrer la philosophie qui sous-tend cette réalité : pour ceux qui font partie des 1%, ou des 10% si on veut être large, ils considèrent que leur réussite est le gage de leur supériorité : ils le méritent. Par extension (et aussi un peu pour apaiser leur conscience), ceux qui n’ont pas réussi ne le méritent pas : ils sont inférieurs. Lorsque le décalage est trop grand, il apparaît que certains Hommes ne valent rien aux yeux de certains autres. Des fainéants, des gens qui ne sont rien.

Leur conception du monde et des Hommes est si éloignée de celle de la majorité que nous avons du mal à l’entendre, mais elle réside pourtant bien là : ceux qui crèvent de faim dans ce monde en sont responsables, et c’est tant pis pour eux ; de toutes les manières il n’y a pas assez pour tout le monde.

Nous, les riens et autres « feignants » sommes devenus les nouveaux esclaves de notre temps. Si les migrants meurent par milliers en Méditerranée, ce n’est pas grave : ça fera de la place pour les autres. Si en Grèce, la population crève de misère, ce n’est pas grave : ils l’ont mérité, car ce sont des perdants. Si l’Afrique et le Tiers-monde (pudiquement rebaptisé « pays émergents ») dépérissent, c’est la faute de ses habitants qui font trop d’enfants (voir mes précédents billets), etc.

C’est cette même logique qui a justifié la traite, l’esclavage voire le génocide d’êtres humains jugés inférieurs.

D’abord pour des raisons religieuses : par exemple, les juifs comme déicides et peuple sans terre, de même que les natifs d’Amérique du Nord, ou les noirs comme descendants de Cham, maudit par Noé, dans le livre de la Genèse, et voué à l’esclavage. Cette interprétation est toujours en cours dans certains Etats américains, où dans la population blanche, elle a justifié l’esclavage, la ségrégation et le Ku Klux Klan.

Ensuite, à partir de la fin du XVe siècle, pour des raisons biologiques, beaucoup plus « acceptables ». Comme par hasard, cette date est aussi celle à laquelle la colonisation occidentale a commencé, entraînant la mise en place de la traite négrière à destination des colonies.

Jusqu’à cette époque, l’humanité toute entière constituait une unité face à Dieu, le seul être supérieur, comme en attestent les débats théologiques de l’époque sur l’âme des Indiens (la Controverse de Valladolid) ou des femmes, le rejet de la différence et les hiérarchies sociales s’appuyaient sur une justification religieuse, ou étaient basées sur un ordre sacré.

A partir du XVe siècle, l’homme ne se réfère désormais qu’à lui-même pour se déterminer. Les différences entre les hommes se parent désormais des oripeaux de la justification biologique, elles sont désormais logées dans le corps des hommes eux-mêmes. Et la conception même de la Nature change : elle devient mesurable, quantifiable, réductible à des lois accessibles à la raison humaine. Et domesticable à l’infini, grâce au « progrès ». C’est l’essor de la « science moderne » et de la « Raison ».

Les scientifiques européens s’acharneront à le mettre en évidence à partir du XVIIIe siècle, tout au long du XIXe siècle et au cours de la première moitié du XXe siècle. Un exemple : dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt date l’apparition de l’antisémitisme (qu’elle différencie de l’antijudaïsme, basé sur des critères religieux) du début du XIXe siècle.

De même, la « racialisation » du système de castes en Inde débute aussi après la colonisation britannique.

Car le développement de l’esclavage est bel et bien lié au durcissement et la diffusion du racisme.

L’esclavage colonial se développe paradoxalement à une époque où, en Europe, l’humanisme, la philosophie des Lumières et la théorie du droit naturel devraient logiquement mener à sa condamnation. Le racisme permet ainsi de refuser à certaines populations le bénéfice de droits fondamentaux reconnus à l’Homme en général, au motif qu’il y aurait une hiérarchie entre les races.

Le développement de l’esclavage et de la science moderne sont également concomitants : alors que le Blanc est considéré comme « naturellement » supérieur par les médecins, le tempérament des Noirs est par contraste déclaré « pathologique » ; il est porteur de maladies spécifiques, que seule la soumission au régime de travail imposé par les colons peut atténuer, mais difficilement guérir, puisqu’elles sont « liées à sa nature » …

Et ça m’a fait penser aux films des Yes Men, je vous en parlais déjà dans ce billet.

Oui, la mort des pauvres est acceptable, du moment que l’humanité « progresse ». Et les profits avec. Alors, évidemment, si on accepte la mort des êtres humains, par avance, vous pensez bien que la misère, les délocalisations, les reculs sociaux, « le grand bond en arrière », on n’en a pas grand chose à secouer non plus …

Et tiens, j’ai lu hier sur le site geohistoire un billet qui montrait un exercice de mathématiques dans l’Allemagne nazie :

Un aliéné coûte quotidiennement 4 marks, un invalide 5,5 marks, un criminel 3 marks. Dans beaucoup de cas, un fonctionnaire ne touche que 4 marks, un employé 3,65 marks, un apprenti 2 marks. Faites un graphique avec ces chiffres. D’après des estimations prudentes, il y a en Allemagne environ 300.000 aliénés et épileptiques dans les asiles. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 aliénés et épileptiques. Combien de prêts aux jeunes ménages à 1000 marks pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ? »
(Manuel scolaire nazi, cité par A. Grosser, Dix leçons sur le nazisme, Fayard, 1976).”

Voici comment la jeunesse allemande apprenait les mathématiques durant le IIIème Reich. Ici, aliénés, invalides et criminels sont associés, sans distinction. Cette population est considérée comme nuisible, autant d’un point de vue social qu’économique. Vous comprendrez aisément quelle est la stratégie du régime pour faire des « économies ».

Et voilà ce que j’ai trouvé sur un manuel de mathématiques d’aujourd’hui :

C’est toujours vrai aujourd’hui : il y a sur terre ceux qui méritent de vivre et les autres.

Mais une société peut-elle vivre en considérant 99 % comme inutiles ?

Extrait :

Laurent Alexandre explique :

On ne sauvera pas la démocratie si nous ne réduisons pas les écarts de QI. Des gens augmentés disposant de 180 de QI ne demanderont pas plus mon avis qu’il ne me viendrait à l’idée de donner le droit de vote aux chimpanzés.

 

Une Réponse

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  1. […] Du coup, ça m’a rappelé deux de mes récents billets sur les nouveaux esclaves […]


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