LES VREGENS

La solution (finale) à la crise

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Je crois vous avoir souvent raconté être fan de séries. Et notamment de science-fiction.

J’avais regardé l’an dernier la série Trepalium sur Arte : dans un futur proche, la population est séparée en deux par un mur, avec d’un côté, la « Zone », avec 80 % de chômeurs misérables et de l’autre, la « Ville » où vivent les 20 % d’actifs, pas franchement joyeux non plus, d’ailleurs, même s’ils mangent à leur faim.

Et aussi, une petite série brésilienne, Les 3 %, l’histoire d’un monde où vivent d’un côté les riches et de l’autre les pauvres. Pour pouvoir accéder au « paradis », les participants d’un « concours » n’auront qu’une seule chance, et se départageront autour d’épreuves où tout est permis pour évincer « l’adversaire », c’est à dire d’autres comme eux. Mais seulement 3% d’entre eux vont réussir. Peut-être.

Évidemment, ça faisait penser à plein d’autres films plus anciens, Hunger games, Bienvenue à Gattaca, ou Soleil vert. Et plus récemment, Elysium.

Tout ça, c’est de la science-fiction, me direz-vous. Oui, mais. Parfois, comme on dit, « la réalité dépasse la fiction ». En tous cas, pourrait bien nous arriver sous peu un monde comme celui de 1984, du Talon de fer et de Trepalium réunis.

D’abord, il y a deux jours, j’ai reçu mon Diplo de septembre.

Il y avait un article très intéressant d’Olivier Cyran, titré  L’enfer du miracle allemand.

Où l’on découvre la réalité des « jobs centers » allemands, et aussi que les pauvres sont « des parasites » :

Hartz IV : ce marquage social découle du processus de dérégulation du marché du travail, dit Agenda 2010, mis en place entre 2003 et 2005 par la coalition Parti social-démocrate (SPD) – Verts du chancelier Gerhard Schröder. Baptisé du nom de son concepteur, M. Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen, le quatrième et dernier volet de ces réformes fusionne les aides sociales et les indemnités des chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus d’un an) en une allocation forfaitaire unique, versée par le Jobcenter. Le montant étriqué de cette enveloppe — 409 euros par mois en 2017 pour une personne seule — est censé motiver l’allocataire, rebaptisé « client », à trouver ou à reprendre au plus vite un emploi, aussi mal rémunéré et peu conforme à ses attentes ou à ses compétences soit-il. Son attribution est conditionnée à un régime de contrôle parmi les plus coercitifs d’Europe.

Fin 2016, le filet Hartz IV englobait près de 6 millions de personnes, dont 2,6 millions de chômeurs officiels, 1,7 million de non officiels sortis des statistiques par la trappe des « dispositifs d’activation » (formations, « coaching », jobs à 1 euro, minijobs, etc.) et 1,6 million d’enfants d’allocataires. Dans une société structurée par le culte du travail, elles sont souvent dépeintes comme un repoussoir ou une congrégation d’oisifs et parfois pis. En 2005, on pouvait lire dans une brochure du ministère de l’économie, préfacée par le ministre Wolfgang Clement (SPD) et intitulée « Priorité aux personnes honnêtes. Contre les abus, les fraudes et le self-service dans l’État social » : « Les biologistes s’accordent à utiliser le terme “parasites” pour désigner les organismes qui subviennent à leurs besoins alimentaires aux dépens d’autres êtres vivants. Bien entendu, il serait totalement déplacé d’étendre des notions issues du monde animal aux êtres humains. » Et, bien entendu, l’expression « parasite Hartz IV » fut abondamment reprise par la presse de caniveau, Bild en tête.

Où l’on découvre que M. Hartz, initiateur des lois du même nom, même si c’est un bien triste personnage, fait toujours bander les « socialistes », macronistes et autres patrons :

En France, l’artisan des lois qui portent son nom continue de jouir d’une réputation flatteuse. En Allemagne, on n’a pas oublié sa condamnation, en 2007, à deux ans de prison avec sursis et à 500 000 euros d’amende pour avoir « acheté la paix sociale » chez Volkswagen en arrosant des membres du comité d’entreprise de pots-de-vin, de voyages sous les tropiques et de prestations de prostituées. De sorte que plus personne ne veut entendre parler de lui. Pour trouver un auditoire toujours disposé à l’applaudir, l’ex-directeur des ressources humaines se réfugie en France. Le Mouvement des entreprises de France (Medef) l’invite régulièrement, et M. François Hollande, qui l’a reçu lorsqu’il était président, aurait songé à l’inclure parmi ses conseillers. C’est désormais à M. Macron qu’il réserve ses oracles, par presse interposée.

Et en marge de cet article, j’ai lu un entrefilet, titré Heureux les pauvres.

Dont voici quelques extraits :

« La misère, ce n’est pas la pauvreté du porte-monnaie, mais la pauvreté de l’esprit. Les classes inférieures ne manquent pas d’argent, elles manquent de culture. (…) La pauvreté découle de leur comportement, c’est une conséquence de la sous-culture. »

Walter Wüllenweber, éditorialiste, Stern, 16 décembre 2004

« La pauvreté n’est pas qu’une question d’argent. ( ) Ce qui compte pour une famille, c’est de bien savoir dépenser son argent. (…) Un repas dans un fast-food est non seulement moins bon pour la santé, mais aussi plus coûteux qu’un ragoût avec des légumes de saison. »

Renate Schmidt, ministre fédérale de la famille (Parti social-démocrate, SPD), Bild am Sonntag, 27 février 2005

« Seul celui qui travaille doit pouvoir manger. »

Franz Müntefering, président du SPD, vice-chancelier et ministre fédéral du travail et des affaires sociales, devant le groupe SPD au Bundestag, 9 mai 2006

« Si vous vous lavez et que vous vous rasez, vous trouverez un boulot. »

Kurt Beck, président du SPD, s’adressant à un chômeur, Wiesbadener Tagblatt, 13 décembre 2006

« Un chercheur l’affirme : 132 euros par mois, c’est suffisant pour vivre ! »

Titre de Bild, 6 septembre 2008

« Au lieu d’être payés à chômer, les gens devraient faire un travail d’utilité publique. (…) À Berlin, on pourrait recruter vingt chômeurs Hartz IV dans chaque secteur pour contrôler si les propriétaires de chien ramassent les crottes de leurs animaux. (…) Ainsi, on ferait d’une pierre deux coups : les chômeurs y gagneraient une nouvelle occupation, et les Berlinois une nouvelle ville. »

Claudia Hämmerling, députée Verte au Parlement de Berlin, Bild, 6 avril 2010

« Nous fournissons aux employeurs un matériel humain bon marché. »

Un collaborateur d’un Jobcenter berlinois cité par Die Süddeutsche Zeitung, 9 mars 2015

Ensuite, sur les conseils d’un des abonnés de ce blog (Robert Spire, que je remercie au passage) je lis. Ben oui, une grande partie de mon pognon va dans l’achat de livres, certes d’occasion, mais quand même…

Alors, j’ai lu, j’ai découvert un très grand écrivain ? Historien ? Être humain formidable ?

Tout cela à la fois.

Il s’appelle Sven Lindqvist. Il est suédois.

Et jusqu’à ces derniers jours, il était pour moi un total inconnu. De même que Joseph Conrad, dont, honte à moi, je n’avais lu aucun livre, même pas Lord Jim. Dont je viens de découvrir avec émerveillement (littéraire, mais pas seulement) le magnifique Au cœur des ténèbres. Dont je viens de découvrir (autre honte) que le film Apocalypse Now était inspiré. Ben oui, Kurtz, évidemment.

Bref, j’ai lu son livre Exterminez toutes ces brutes. Et je vais sans doute le relire, parce que, pour tout dire, même si je savais déjà beaucoup de choses, je l’ai pris en pleine gueule. Il est très simplement écrit, mais contient tellement de références historiques que cela m’est indispensable.

A travers un voyage du narrateur en terres africaines, le livre parle de la colonisation européenne, notamment en Afrique, mais pas seulement. Le point de départ, et aussi le titre du livre, est fourni par une phrase du livre de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, prononcée par un des personnages. Kurtz, capitaine belge au Congo qui plaçait les têtes d’Africains tués sur la clôture de sa maison, déclarait : « Exterminez toutes ces brutes ».

Car l’essence, la racine, la justification de la colonisation occidentale, c’est l’annihilation totale de personnes considérées comme « brutes », pas finies, pas évoluées (à la différence des blancs européens), en clair, qui n’étaient pas vraiment humains. Des sous-hommes.

Leur extermination rapide était finalement un service à leur rendre : dans cette lutte du plus fort contre le plus faible (une loi de la jungle, mais autorisée), ils n’étaient pas armés – ni culturellement paraît-il, ni surtout militairement – face à la civilisation occidentale. Une sorte de « sélection naturelle » un peu aidée par les européens.

 

 

Car Sven Lindqvist montre que finalement, la seule « supériorité » européenne était d’ordre militaire : des fusils de plus en plus sophistiqués, conçus et fabriqués spécialement pour cette « guerre de civilisation » contre les « sauvages ».

Il cite des récits abominables de cruauté et de barbarie prononcés doctement – et sans soulever la moindre critique – par des « spécialistes » devant toutes sortes de «  sociétés savantes » et d’assemblées princières dans toute l’Europe, devant un public « civilisé ».

Par exemple Frederick Farrar, membre de l’Ethnographical Society de Londres, qui écrivait en 1866 : De même, toutes ces myriades fourmillantes n’ont jamais produit un seul homme dont le nom est d’une quelconque importance dans l’histoire de notre race. Si elles étaient toutes noyées demain par un immense déluge, elles ne laisseraient aucune trace derrière elles, si ce n’est leur trace organique. Et je les appelle des sauvages irrécupérables, parce que bien loin d’être influencées par la civilisation, celle-ci les fait disparaître, aussi sûrement et nettement que la neige bat en retraite sous l’avancée des rayons du soleil.

Ou l’allemand Paul Rohrbach, en 1912 :  Nulle philanthropie ou théorie raciale ne peut convaincre des gens raisonnables que la préservation d’une tribu de Cafres de l’Afrique du Sud est plus importante pour l’avenir de l’humanité que l’expansion des grandes nations européennes et de la race blanche en général.

Les nazis n’ont rien inventé.

Et dans ce livre, il y aussi tout un passage très parlant, où l’auteur – outre la célèbre Controverse de Valladolid – évoque les massacres (le génocide) des populations indigènes du Nouveau-Monde, et leurs raisons :

Chapitre 105

Adam Smith formula la loi qui régit l’offre de main-d’œuvre :

« La demande en hommes, comme celle de n’importe quel produit, règle nécessairement la production des hommes : elle la stimule quand elle va trop lentement et la ralentit quand elle avance trop vite. »

Bien entendu, cette loi s’applique aussi aux Indiens. Ils continuèrent à mourir jusqu’à ce qu’un manque de main-d’œuvre commençât à apparaître en Amérique latine. A ce moment, ils devinrent précieux. Une série de réformes sociales furent entreprises pour protéger les Indiens restants …

Une amélioration des conditions de vie qui par la suite, entraîna logiquement une augmentation de la population.

Sven Lindqvist poursuit :

L’industrie suit les processus d’automatisation pour être concurrentielle sur les marchés internationaux. Les grosses exploitations agricoles se mécanisent ou passent à l’élevage extensif. Une part croissante de la population qui elle aussi, augmente rapidement, devient inadéquate ou superflue du point de vue des employeurs.

Chapitre 106

La loi d’Adam Smith ne s’applique-t-elle pas encore aujourd’hui ? Sur la durée, une société incapable de défendre le droit au travail sera t-elle à même de défendre le droit à vivre ?

Il me paraît évident que certains des facteurs décisifs dans l’émergence de la catastrophe démographique du XVIè siècle [la disparition de 95 % ! de la population native en Amérique du Sud et du Nord] sont à nouveau réunies aujourd’hui en Amérique du Sud, de même que dans plusieurs régions du monde.

La pression de milliards de personnes affamées et désespérées n’est pas encore assez forte pour que les puissants n’envisagent la solution de Kurtz comme la seule humaine, la seule possible, la seule profondément logique. Mais ce jour n’est pas tellement éloigné. Je le vois venir. C’est pour cela que j’étudie l’histoire.

Et nous autres Français, qui aimons tant nous reposer sur « les Lumières », peut-être devrions nous porter un regard un peu plus critique – sans utiliser ce mot de la novlangue, « repentance », parce que je ne suis pas un curé, et vous nous plus, j’imagine – sur notre propre histoire. J’y reviendrai.

Moi, je n’oublierai jamais cette image…

Riss, lui, est soulagé. Un « sauvage potentiel » en moins.

Aujourd’hui, ce sont les gens baptisés « migrants » qu’on laisse mourir aux portes de l’Europe et de l’Amérique blanche, et même si c’est sans le dire, on les aide un peu, pour aller plus vite.

Mais les riens que nous sommes, inutiles et autres « parasites », nous autres européens, nous ne sommes plus à l’abri.

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  1. […] un de mes derniers billets,  je vous parlais, en vrac, de mes lectures, et de ce sentiment grandissant de malaise, mais aussi de […]

  2. […] et sur la solution finale à la crise. […]


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